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Coupe du monde 2026 : l’Irak, une renaissance à l’abri de la terreur

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40 ans après sa dernière Coupe du monde, la sélection irakienne a repris des couleurs, loin de la torture que subissaient ses joueurs sous Saddam Hussein.

Mohanad Ali a 25 ans. Il est trop jeune pour avoir connu l’Irak sous Saddam Hussein. Il est assez âgé pour savoir qu’encore aujourd’hui l’Irak ne prospère pas, qu’il n’est pas épargné par les missiles et autres drones qui ont traversé le Moyen-Orient ces derniers mois. Mais, ce mardi 31 mars, Mohanad Ali est heureux. Il s’assied sur la pelouse, mains sur les genoux, lève les bras et hurle en direction du ciel. L’attaquant, numéro 10 dans le dos, savoure le retour de sa nation en Coupe du monde, au terme d’un barrage intercontinental remporté contre la Bolivie (2-1) à Monterrey (Mexique).

En Amérique du Nord, l’Irak ne vit que son deuxième Mondial après celui de 1986, déjà au Mexique. Le pays n’avait pas dépassé le premier tour (défaites contre le Paraguay, la Belgique et le Mexique). S’est ensuivi un désert sportif. Et une catastrophe humaine, perpétuée sous le régime de Saddam Hussein (1979-2003), impulsée par son fils Oudaï Hussein, un temps président de la Fédération de football et du Comité national olympique irakien.

À lire aussi «Le meilleur match de tous les temps» : France-Brésil 1986, quand les Bleus enchantaient le monde

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« Quand Oudaï était mécontent d’un joueur, il le faisait transférer dans un centre militaire. Le sportif était humilié, il devait ramper dans la boue ou était obligé de courir devant une voiture, des heures durant », a raconté Habib Jafar, ancien international (71 sélections, 16 buts), au journal Le Monde  en mai 2003, un mois après la chute du régime. Sharar Haidar, ancien défenseur, détaillait au Nouvel Obs  les sévices suite à une défaite en match amical contre la Jordanie : « On nous attrapait par les jambes, on nous traînait sur le dos et quand le sang apparaissait, on devait se rouler dans le sable, puis sauter dans une eau croupie. »

68 heures pour rallier le Mexique en mars

En parallèle des tortures infligées, la sélection irakienne était pénalisée par le contexte géopolitique, qui aboutira à la première guerre du Golfe (1990-1991), et n’a pas été inscrite à quatre Coupes d’Asie entre 1980 et 1992. Ce trophée continental, elle l’a décroché une fois, en 2007, avec un football minimaliste (7 buts en 6 matchs). « Peu de gens nous imaginaient franchir la phase de groupes », avait confié le capitaine Younis Mahmoud. L’exploit d’éliminer la Corée du Sud en demi-finale (0-0, 4-3 aux tirs au but) avait entraîné l’envahissement des rues à Bagdad, dans l’allégresse. Jusqu’au moment où deux véhicules piégés ont explosé. Bilan : 50 morts et 135 blessés.

Les garçons ont dû voyager environ 68 heures pour y arriver, dont 26 heures de bus de Bagdad à Amman

Graham Arnold, sélectionneur de l’Irak

C’est la triste réalité de l’histoire du football irakien, dont le présent conserve les cicatrices du passé. En mars dernier, le conflit au Moyen-Orient a obligé l’équipe à voyager en car jusqu’en Jordanie, afin de pouvoir prendre l’avion pour le Mexique. « Les garçons ont dû voyager environ 68 heures pour y arriver, dont 26 heures de bus de Bagdad à Amman. Et ils sont restés coincés en Jordanie pendant vingt-huit heures à cause des bombes qui explosaient autour d’eux »relatait le sélectionneur Graham Arnold dans un entretien à l’AFP début juin. Le 31 mars, après la qualification pour le Mondial 2026, le premier ministre, Mohammed Chia al-Soudani, a déclaré les deux jours suivants fériés, pour le plus grand bonheur des 46 millions d’habitants.

La joie des Irakiens après avoir marqué contre la Norvège à la Coupe du monde 2026. SUSA / Icon Sport

« La pression est sur la France pour gagner »

En Amérique, l’équipe est arrivée avec le statut de Petit Poucet du groupe de la mort (France, Sénégal, Norvège). Son effectif ne comporte aucune star, malgré un joueur formé à Manchester United (Zidane Iqbal, milieu de terrain de 23 ans), et d’autres éparpillés dans des clubs aux quatre coins du globe (Danemark, Chypre, Indonésie, Thaïlande, Arabie saoudite…). Elle a été largement battue par la Norvège pour son entrée en lice (4-1), mais le score est trompeur. Erling Haaland et les siens ont buté pendant quarante-cinq minutes sur les Lions de Mésopotamie, solidaires, disciplinés et à l’agressivité bien dosée.

Elle doit une partie de sa résilience à son sélectionneur et chef de file : Graham Arnold, 62 ans, ancien attaquant australien (54 sélections, 19 buts), en poste depuis mai 2025 et pour qui « chaque match qualificatif a été une question de vie ou de mort ». Il sait ce que c’est que d’affronter les Bleus : il dirigeait l’Australie au Mondial 2022, où la France avait lancé son épopée jusqu’en finale par une victoire (4-1, doublé d’Olivier Giroud). « Toute la pression est sur la France pour gagner, disait Arnold auprès de la Fifa en février, n’évoquant alors qu’une hypothétique présence de l’Irak au Mondial. Je me fiche de ce que disent les gens : il n’y a rien de mieux que d’aller à une Coupe du monde. Une fois qu’on y sera, on n’aura rien à perdre, alors on jouera sans peur, on surprendra le monde et on en profitera. »

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