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Les langues minoritaires seront à l’honneur lors du premier Festival international de poésie de Québec (FIP). À compter de ce soir, c’est en version originale que les auteurs non francophones de la programmation présenteront leurs textes accompagnés de sous-titres sur la scène de la Maison de la littérature et à la Charpente des fauves.
Marie Blay et Natalie Fontalvo ont imaginé ce qui deviendrait le FIP en septembre 2024 en prenant part au Festival international de poésie de Kistrech, au Kenya. « À la fin, les autres poètes nous ont lancé : “Quand est-ce que vous nous invitez chez vous ?” » relate Natalie Fontalvo. « Nous leur avons répondu qu’il n’y avait pas de festival à Québec, mais qu’on allait en créer un… C’était une blague, mais on a commencé à y penser pour vrai ! »
Pour le duo il n’était pas question de présenter un festival dans la langue de Shakespeare, comme le veut la coutume à l’international. « Que ce soit au Kenya, en Italie ou en Roumanie, on nous demande de nous exprimer en anglais parce que c’est plus simple et on comprend pourquoi maintenant avec les enjeux de traduction du FIP », explique Marie Blay.
Ce défi logistique en vaut la peine, comme l’a montré la libération spontanée de la parole survenue à Kistrech en 2024. « À la fin du festival, des poètes se sont mis à parler dans leur langue de création et il y a eu une bouffée d’air frais », raconte Marie Blay. « On s’est dit qu’on pourrait permettre aux auteurs de s’exprimer dans la langue de leur choix au lieu de prioriser l’anglais, que tout le monde comprend un peu et parfois pas trop. »
Poésie punk
La moitié des poètes du FIP sont originaires du Québec. Les autres sont arrivés dans la capitale depuis le Chili, la Catalogne, les Asturies, le Pays basque, la Slovénie, la Palestine et les pays de l’Europe francophone. Les Africains brillent toutefois par leur absence dans cet événement imaginé sous le soleil du Kenya.
« Il y en avait dans notre budget utopique, mais nous avons été rattrapées par la réalité financière, regrette Marie Blay. Dans leur cas, il n’y avait pas de possibilité d’être subventionné par le pays d’origine. » Les contraintes budgétaires ont également eu une incidence sur la durée et le nombre d’invités de l’événement produit par Spoken word Québec.
Le dernier-né des festivals de Québec permet de couvrir un angle mort de la scène culturelle de la capitale. « Le Mois de la poésie pouvait avoir des invités internationaux, mais ce n’était pas sa vocation, qui est la spécificité de notre festival », observe Natalie Fontalvo.
La soirée d’ouverture de l’événement affiche complet depuis plus d’un mois. On pourra notamment y entendre la poétesse innue Marie-Andrée Gill accompagnée en musique par le Trio de Loretteville.
Les activités du FIP se dérouleront sur trois jours entre la Basse et la Haute-Ville, de la Charpente des fauves, dans le quartier Saint-Roch, à la Maison de la littérature, dans le Vieux-Québec. Aux côtés des lectures plus classiques se tiendront un déjeuner poésie et une activité extérieure sur la neige, tire d’érable comprise. « On voulait un cadre qui soit un peu punk, un peu funky, lance Nathalie Fontalvo. Tu viens manger un peu de tire d’érable, puis, tout à coup, t’es attrapé par la poésie, elle te tombe dessus ! »
La tête énigmatique d’un loup tirant la langue incarne le côté punk de l’événement sur les affiches colorées du FIP. « On a décidé que c’était une louve », corrige Marie Blay. « Nous voulions quelque chose de sauvage pour notre thématique de la langue comme lieu de résistance », ajoute l’autrice en décrivant l’œuvre de l’illustratrice Éva D’Aoust.
Le FIP est promis à un bel avenir, assurent ses organisatrices. Le retour de l’événement sur une base annuelle ou biennale dépendra de la réception du public et de la charge de travail, surtout. « On essaie de se protéger parce que trop souvent on se brûle comme travailleurs culturels, constate Natalie Fontalvo. Pour l’instant, le festival est petit, mais il va peut-être grossir. »


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