NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Le Devoir vous convie à un voyage dans le temps à travers les séries historiques marquantes de la télévision québécoise. Notre dernière escale nous entraîne dans le village fictif de Baie-d’Esprit à l’aube de la Seconde Guerre mondiale avec Cormoran.
<?xml encoding="utf-8" ?><?xml encoding="utf-8" ?>Septembre 1939. Clément Veilleux marche sur Québec le menton bien haut à la manière de son idole, Mussolini. Le chef des chemises bleues de Baie-d’Esprit au Bas-Saint-Laurent compte renverser le gouvernement ! Sa colonne d’assaut se résume toutefois à lui-même, à un groupe d’enfants moqueurs et au camion conduit par sa femme inquiète…
L’avant-dernier épisode de Cormoran, diffusé le 29 novembre 1993, est spectaculaire. Pendant que le personnage interprété par Raymond Bélisle marche naïvement sur la capitale, son bras droit, Vital Laforce, entreprend l’épuration de leur groupuscule fasciste à coups de carabine.
Ce règlement de comptes sanglant détonne dans l’environnement télévisuel québécois de l’époque. Nous sommes loin du Temps d’une paix, la création précédente de Pierre Gauvreau. Des téléspectateurs s’en plaindront d’ailleurs en évoquant la croisade en cours de la jeune Virginie Larivière contre la violence au petit écran.
Les 78 épisodes de Cormoran se déroulent dans le village fictif de Baie-d’Esprit, qui correspond à Kamouraska, comme le montre le générique filmé à partir d’un avion plutôt chambranlant. La maison habitée par la famille Cormoran se trouve justement sur le site de l’ancien manoir seigneurial de ce lieu pittoresque devenu célèbre en 1839 à la suite de l’assassinat du seigneur Achille Taché.
L’intrigue est construite autour de Bella Cormoran, une célibataire hautaine de 40 ans interprétée par Nicole LeBlanc, la Rose-Anna du Temps d’une paix. La femme aux cheveux roux voue une admiration sans bornes à Pacifique, son frère médecin, qui souffre de cet amour fraternel oppressant.
« Maudite race d’oiseaux pourris », lance Pacifique à sa sœur Bella au début de la deuxième saison en évoquant le patronyme aviaire de leur famille. « Cormoran, maudit corbeau des mers qui détruit tout, qui peut pas se reproduire sans tout dévaster autour de lui ! »
« C’est une scène incroyable, un superbe monologue », affirme Sophie Imbeault, l’autrice d’Une histoire de la télévision au Québec paru chez Fides en 2020. « Cormoran est mon téléroman préféré », ajoute la spécialiste en citant de mémoire les dialogues les plus savoureux du second volet du triptyque télévisuel de Pierre Gauvreau.
En dépit de son succès, la série n’a pas autant marqué l’imaginaire que Le temps d’une paix. « Avec Cormoran, on assiste à la montée de l’intolérance », fait observer Sophie Imbeault. « On retourne vers la guerre tandis que dans Le temps d’une paix, c’était plutôt le progrès en marche ».
Du bleu au noir
Loin d’être dévitalisé, le village de Baie-d’Esprit déborde d’habitants colorés ou clivants, comme ce syndicaliste accusé de bolchevisme et ces deux mystérieux géologues allemands de passage.
En s’éloignant du noyau paroissial, on découvre le hameau de bicoques de l’Anse-au-Maudit. Les habitants déclassés de ce non-lieu sont la cible principale des chemises bleues, un groupuscule fasciste fondé par le boucher du village et ancien lutteur Clément Veilleux. Cet amateur de beaux uniformes au crâne dégarni se plaît à souligner sa ressemblance avec le dictateur italien Benito Mussolini.
Cormoran est à ce jour la seule fiction télévisuelle à avoir osé représenter les chemises bleues d’Adrien Arcand. « Tout le monde m’en parlait quand j’ai sorti mon livre », raconte l’historien Hugues Théorêt, dont l’ouvrage Les chemises bleues est paru au Septentrion en 2012. « Cormoran a marqué le Québec ! »
Pierre Gauvreau s’est permis des libertés avec son pastiche du Parti national social chrétien (PNSC), qui a compté jusqu’à 1500 membres au Québec. À commencer par le choix du Bas-Saint-Laurent comme décor. « Ce n’est pas du tout dans cette région-là qu’ils étaient », souligne Théorêt. « Les chemises bleues se trouvaient surtout à Montréal ou dans des petites villes industrialisées, comme Hull, Valleyfield, Saint-Hyacinthe et Sorel. »
Les fascistes de Baie-d’Esprit recrutés par Clément Veilleux tabassent les démunis de l’Anse-au-Maudit. Ils se pavanent également en plein jour dans leurs uniformes marine qui passeront au noir au cours de la deuxième saison. Cette réforme chromatique épargnera toutefois la croix gammée cousue aux épaules des chemises bleues.
Dans la réalité, c’est l’inverse qui s’est produit en 1938 : le PNSC a conservé le bleu de ses uniformes, mais a remplacé le svastika par un flambeau. « Quand le pape Pie XI a condamné le paganisme nazi, Adrien Arcand s’est tout de suite rangé du côté du Vatican », explique Hugues Théorêt. « Il s’est dissocié de Hitler. »
Les chemises bleues d’Arcand faisaient preuve de discrétion. « Ils n’avaient pas de gros panneaux devant leurs locaux du boulevard Saint-Laurent à Montréal. » Nous sommes loin de l’abattoir de Clément Veilleux arborant un dragon terrassé par une chemise bleue sous un étendard nazi.
La police avait les fascistes à l’œil, comme on peut le voir dans Cormoran avec le personnage infiltré de l’inspecteur Surprenant. Les forces de l’ordre étaient toutefois plus préoccupées par les « rouges ». « Pour une assemblée de chemises bleues, la GRC assistait à six ou dix rassemblements de communistes, qui étaient beaucoup plus tapageurs », souligne Théorêt.
Se mettant dans la peau de Gauvreau, l’historien imagine une version alternative du téléroman dans lequel on aurait retrouvé un personnage inspiré de Paul-Émile Lalanne, ce gynécologue montréalais, dont la maison de campagne, érigée sur une île du lac Saint-François, était couverte de croix gammées.
« Je l’aurais vu dans Cormoran », lance Théorêt, « un docteur riche qui achète le silence de tout le monde en payant la réparation du clocher de l’église du village et en organisant des partys ». Les îles n’auraient pas manqué au large de Kamouraska pour recréer le repaire de ce sinistre personnage.
Tuerie
La déclaration de guerre du Canada à l’Allemagne en septembre 1939 précipite la chute des fascistes de Baie-d’Esprit. Redoutant son enfermement dans un camp de prisonniers, Clément Veilleux entame sa fuite en avant vers Québec en emportant un sandwich au baloney en guise de lunch.
« Il ne sera pas dit que Clément Veilleux se sera pogné le cul en attendant qu’on vienne l’arrêter », lance le dictateur d’opérette à sa femme Zénone, jouée par Rita Lafontaine. « Si on te demande où chus, tu diras que je suis allé à Québec pour prendre le pouvoir… pis tu ajouteras Ottawa tant qu’à y être ! »
La marche tragicomique de Veilleux lui permet de s’éloigner de son lieutenant, Vital Laforce. Ce fou furieux abat de sang-froid deux de ses anciens camarades devenus distants. Il agresse ensuite la promise de Pacifique Cormoran avant d’être finalement abattu d’une balle dans le dos par Albérich Boulet, le propagandiste des chemises bleues, qui s’était réfugié dans les bois de Baie-d’Esprit.
Intercepté par la police, Clément Veilleux est suspecté d’avoir commandé les meurtres commis par Laforce. « J’ai jamais été pour ça qu’on tue du monde moi », dit-il à l’inspecteur Surprenant. « Qu’on les brasse un peu oui, mais les tuer, jamais ! »
Le Mussolini laurentien prend le chemin du camp d’internement de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, comme ce fut le cas d’Adrien Arcand dans la réalité. « Faire peur au monde, il a toujours aimé ça », lance Zénone en parlant de son mari. « Et là, de savoir qu’il est une menace pour le Canada, il ne portera plus à terre… »


5 hour_ago
8

























.jpg)






French (CA)