Face à l’envolée des prix des carburants, les automobilistes cherchent tous les moyens de réduire la facture à la pompe. Mais entre les astuces illégales, les risques mécaniques et les carburants alternatifs, toutes les solutions ne se valent pas.

Antoine Ajavon - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

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La flambée des prix se poursuit dans les stations-service, ayant même atteint de nouveaux records, lundi : le gasoil à 2,41 euros le litre en moyenne, le SP95-E10 à 2,18 euros, au-dessus de son précédent pic atteint en 2022 après le déclenchement de la guerre en Ukraine, et le SP98 à 2,28 euros, en moyenne. Dans ce contexte, les automobilistes sont de plus en plus nombreux à chercher des alternatives. Sur les réseaux sociaux, certaines astuces connaissent même un regain de popularité. Mais attention : certaines peuvent coûter beaucoup plus cher que le plein qu’elles permettent d’économiser.

L’idée de remplacer une partie du gasoil par de l’huile de colza paraît par exemple des plus séduisantes, quand le prix de l’huile s’établit autour d’1,47 euro le litre. Sur le plan mécanique, certains moteurs diesel peuvent effectivement fonctionner avec ce mélange de gasoil et d’huile végétale, voire avec de l’huile seule. Mais la pratique n’est pas sans conséquences. L’huile de colza peut encrasser les injecteurs et la pompe à injection, entraînant une perte de puissance et des difficultés d’accélération. « Je ne donne pas 10 000 km avant que les injecteurs soient morts », prévient Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes. « S’il s’agit de réaliser une économie qui va être avalée directement par les conséquences… Faire ça sur deux pleins, ça devrait aller. Le problème, c’est que la tentation va être extrêmement grande de continuer. Et derrière, c’est catastrophique. »

Le problème est aussi juridique, les huiles végétales ne figurant pas parmi les carburants autorisés par le Code des douanes. Une possibilité existe toutefois pour certains professionnels, notamment dans les secteurs agricole, du BTP et du transport, lorsqu’ils disposent d’une flotte captive de véhicules. Même logique pour le GNR (gasoil non routier), reconnaissable à sa couleur rouge. Moins taxé que le gasoil classique, il est destiné à certains usages professionnels. Un particulier qui l’utilise dans sa voiture, lui, s’expose à des sanctions douanières : une amende pouvant atteindre 135 euros et la saisie du véhicule.

Le bioéthanol, le carburant qui séduit

Pour réaliser des économies en toute légalité, une solution gagne en popularité : le Superéthanol-E85. Ce carburant contient majoritairement du bioéthanol, produit à partir de betteraves, de blé ou de maïs, ainsi qu’une part d’essence. Son prix reste nettement inférieur à celui des carburants traditionnels. « C’est uniquement pour ceux qui roulent à l’essence, avec un boîtier homologué », alerte Pierre Chasseray, alors que nombre de vidéos où les automobilistes mélangent eux-mêmes essence et éthanol circulent sur les réseaux sociaux. « L’éthanol a un indice d’octane phénoménal. Si on n’utilise pas de boîtier, il va venir décoller toutes les impuretés du sans-plomb 95 qui ont été dans le fond du réservoir depuis des années, ça va venir se poser contre le filtre à carburant, la pompe carburant va s’arrêter et c’est la panne. »

L’installation d’un boîtier de conversion homologué revient à un coût compris entre 500 et 1 000 euros. « Une fois qu’on a ça, c’est 50 % d'économie. C’est un investissement hyper rentable, le boîtier va être amorti en un an », explique Pierre Chasseray. Le litre d’E85 coûte actuellement autour de 0,85 euro. Pour un plein de 40 litres, la facture s‘établit ainsi à 34 euros, contre environ 87 euros pour du SP95 et 91 euros pour du SP98. Une différence qui s’explique aussi par sa fiscalité, la TICPE (Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) appliquée au bioéthanol étant de 12 centimes, contre 67 pour l’essence.

Le GPL « plus coûteux que l’éthanol »

Autre option pour réduire la facture : le GPL (gaz de pétrole liquéfié). Ce carburant est composé de propane et de butane et permet à un véhicule équipé de fonctionner avec deux réservoirs : l’un pour l’essence, l’autre pour le GPL. Son prix reste attractif : le litre de GPL est actuellement vendu autour de 1,06 euro en moyenne. Il est également possible de convertir une voiture essence pour un coût moyen de 3 000 euros. « C’est plus coûteux que l’éthanol, donc fatalement beaucoup moins rentable », précise Pierre Chasseray. Autre limite : le réseau de distribution. Sur les quelque 10 000 stations-service présentes en France, seules environ 1 500 proposent du GPL, selon France Gaz Liquides.

L’hydrogène, solution marginale

L’hydrogène constitue une autre piste, mais elle nécessite cette fois de changer de véhicule et elle reste encore très marginale pour les automobilistes. Sur le papier, ses avantages sont nombreux : une autonomie comparable à celle des véhicules thermiques, un ravitaillement rapide et aucune émission de CO2 à l’échappement, la voiture rejetant essentiellement de la vapeur d’eau. Mais le réseau reste extrêmement limité. La France ne compte actuellement que 66 stations d’avitaillement en hydrogène, pour environ 1 155 véhicules en circulation.

Avant de chercher à économiser quelques dizaines d’euros sur un plein, il convient donc de s’assurer que la solution choisie est compatible avec son véhicule, conforme à la réglementation et réellement rentable sur le long terme.

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