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CONGELCAM crie au complot, son passé de poissons avariés refait surface

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Joseph Flavien Kankeu avait préparé son dossier. Le 15 octobre 2026, le responsable de la communication de CONGELCAM S.A. s’est présenté face aux journalistes à Douala avec un objectif clair : retourner l’opinion. L’entreprise, leader de l’importation de poisson au Cameroun, dit subir des pressions administratives et fiscales, et brandit la menace d’une pénurie à l’approche des fêtes. Mais quand on gratte un peu, le discours officiel se fissure. Parce que CONGELCAM n’est pas une victime comme les autres. Son nom, depuis des années, traîne dans les affaires de poisson pourri, de conteneurs saisis et de ménagères en colère. Le chiffre fait mal, mais il est là.

Les faits : quotas, fisc et conteneurs bloqués

Sur le papier, la situation que décrit Kankeu mérite qu’on s’y arrête. L’entreprise affirme avoir importé 200 000 tonnes de poisson en 2025. Pour 2026, son quota a été réduit à 100 000 tonnes. Résultat : les stocks auraient été épuisés en sept mois. Le 18 septembre 2026, CONGELCAM a demandé 100 000 tonnes supplémentaires. Elle dit n’avoir obtenu que 30 000. « On ne peut pas approvisionner un marché avec des bouts de quota », résume un importateur concurrent, sous couvert d’anonymat. Les infrastructures mises en avant par la société, 104 000 tonnes de stockage à Douala et un entrepôt de 10 000 tonnes à Kribi, ne servent à rien si les autorisations ne suivent pas. C’est simple.

Le volet fiscal n’est pas plus léger. CONGELCAM conteste des accusations de non-paiement de 32 milliards de FCFA de droits de douane, révélées par un rapport de la CONAC en 2018 pour l’année 2014. L’entreprise plaide l’exonération douanière sur le poisson à l’époque et dit avoir saisi la justice. Elle évoque aussi des redressements fiscaux : 2,2 milliards en 2020, 3,2 milliards en 2022, 6 milliards en 2024. Et puis il y a les 510 conteneurs débranchés au Port autonome de Douala en 2023. Près de 13 milliards de FCFA de pertes selon ses calculs. Une procédure judiciaire aurait été lancée. Mais curieusement, cette histoire de conteneurs débranchés ressemble à un air connu. En 2023 déjà, le port de Douala étouffait sous les conteneurs de CONGELCAM. La Régie du Terminal à Conteneurs (RTC) accusait l’entreprise d’utiliser la plateforme portuaire comme entrepôt, saturant tout le monde. Et les inspecteurs, eux, trouvaient du poisson avarié.

Le passé qui dérange

Franchement, difficile de ne pas y voir une constante. Depuis au moins 2016, la presse camerounaise documente les déboires sanitaires de CONGELCAM. En janvier de cette année-là, un article de Camer.be titrait déjà : « Congelcam vend du poisson pourri au Cameroun et envoie le bon en Guinée Equatoriale ». Des clients se plaignaient de la qualité, du maquereau aux carpes. Mais c’est l’affaire d’Obala en 2022 qui a tout fait basculer. Le 23 mars, la délégation départementale de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales débarque dans les poissonneries de CONGELCAM à Obala. Cinq tonnes de poisson sont saisies. Le poisson est jugé avarié. Il sera détruit à Monatélé, jeté dans la Sanaga sous les yeux du préfet. Les populations, elles, se plaignaient depuis janvier. Elles achetaient du poisson pourri et personne ne bougeait. « Les trois magasins de CONGELCAM sont fermés et cette situation est préjudiciable pour nous les ménagères », témoignait Elisabeth Melingui, commerçante devant l’agence, dans nos colonnes à l’époque. Une plainte pour escroquerie aggravée a été déposée contre l’entreprise au tribunal de Monatélé. On attendait mieux de la part d’un leader.

Et 2023 n’a rien arrangé. En juillet, les autorités annoncent la saisie de 334 conteneurs frigorifiques, dont 323 appartiennent à CONGELCAM. Ils sont déclarés impropres à la consommation. Le délégué régional du Minepia pour le Littoral, Victor Vibang, précise dans une correspondance que l’entreprise ne dispose ni d’autorisation de mise à la consommation, ni de certificats de conformité sanitaire. Les odeurs de putréfaction sont « fortes et persistantes » autour du port. En août, rebelote : 57 nouveaux conteneurs de poisson avarié, en provenance du Togo, sont interceptés à Douala. Une odeur nauséabonde se dégageait autour de la cale 836. La RTC, cette fois encore, avait alerté. Pourtant, CONGELCAM continue de se présenter comme la victime d’un système. Quand on a son passif, ça pose question.

Le rapport d’une étude universitaire camerounaise, publié en 2023, enfonce le clou. Il explique que des conteneurs de CONGELCAM sont restés débranchés pendant des semaines au port, sans aucun dispositif de contrôle de température à distance. « Les conteneurs sont stockés pendant très longtemps au port, souvent 70 jours, et cela peut aller jusqu’à 100 jours. Pendant tout ce temps, on ne peut pas recevoir d’informations en temps réel », confie un répondant anonyme. Résultat : le poisson se détériore, et c’est le consommateur qui paie. Les pertes financières invoquées par l’entreprise aujourd’hui ne sont que la conséquence d’un système qu’elle a elle-même laissé pourrir. Difficile de ne pas y voir un aveu.

CONGELCAM réclame un dialogue avec les autorités et une clarification des quotas. Soit. Mais avant de parler d’approvisionnement, l’entreprise ferait bien de régler ses comptes avec son propre passé. À Obala, à Douala, les ménagères et les consommateurs attendent encore des réponses. La pénurie annoncée n’effacera pas les cinq tonnes de poisson jetées dans la Sanaga.

Laurent Diby

Laurent Diby

Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: [email protected]

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