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Le président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine questionne le sens et le calendrier des conférences demandées par le ministère, appelant à des priorités plus concrètes.
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Par Bertrand Dumarché Publié le 18 avr. 2026 à 18h06
Dans un contexte agricole chahuté, Loïc Guines ne cache pas ses interrogations. Le président de la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine livre une analyse sans détour des « conférences sur la souveraineté alimentaire » demandées par le ministère. Un exercice qu’il juge, à ce stade, flou dans ses objectifs… et décalé par rapport aux urgences du terrain.
Un cadre encore trop flou
« De quoi va-t-on parler ? On ne le sait pas encore », interroge-t-il. Si les chambres d’agriculture sont appelées à organiser ces conférences, leur contenu reste incertain. Une situation qui nourrit son scepticisme : « Telles qu’elles sont construites, je n’en attends pas grand-chose ».
Pour Loïc Guines, la démarche arrive tardivement, presque à contretemps. « J’ai l’impression que la ministre découvre la souveraineté alimentaire », lâche-t-il, pointant un décalage entre les annonces nationales et les réalités déjà bien connues du terrain.
Souveraineté… et résilience
Au-delà du concept, l’élu regrette que la réflexion ne soit pas élargie. « On aurait dû ajouter la résilience », insiste-t-il. Car pour lui, la souveraineté alimentaire ne peut être pensée sans intégrer les multiples chocs auxquels l’agriculture fait face.
Sanitaire avec la FCO, économique, climatique… « Nous connaissons une série de chocs. Et avec ces chocs, c’est la fin d’un monde », observe-t-il. Une accumulation qui fragilise les exploitations et renforce certaines dépendances, notamment à l’énergie, aux engrais ou encore aux importations de protéines – près de 50 % via le soja.
Dans ce contexte, la souveraineté alimentaire apparaît moins comme un objectif abstrait que comme une nécessité stratégique. « Elle n’est jamais acquise », rappelle-t-il.
Des priorités concrètes laissées de côté
Plutôt que des débats trop généraux, Loïc Guines plaide pour aborder des sujets très opérationnels. En tête de liste : la main-d’œuvre. « Sans les hommes et les femmes, il n’y a pas d’agriculture. » Une évidence qui pose pourtant de nombreuses questions : attractivité des métiers, conditions de travail, niveau de rémunération, ou encore renouvellement des générations.
Autre point clé : le poids de l’administration. « On a une administration devenue omniprésente, qui pinaille », déplore-t-il. Entre complexité des dossiers et multiplication des recours juridiques, certains projets peinent à voir le jour, à l’image des dossiers de bâtiments d’élevage ou de projets avicoles encore contestés.
Enfin, la sécurisation des productions constitue un enjeu majeur. Volaille, œufs, légumes, lait : autant de filières à consolider dans un contexte de concurrence européenne accrue et de conditions climatiques changeantes.
« Avec ces trois points – main-d’œuvre, simplification administrative, sécurisation – on règle déjà un certain nombre de problèmes », estime-t-il.
Revenu, charges et conditions de vie
Derrière ces enjeux, c’est bien la question du revenu agricole qui se dessine. « Un revenu, c’est un chiffre d’affaires moins les charges », rappelle simplement Loïc Guines. D’où la nécessité d’agir à la fois sur les prix, les coûts de production et l’environnement global des exploitations.
Le président évoque également des leviers plus larges : coût du logement, transport, politiques publiques comme la PAC. Autant d’éléments qui conditionnent l’attractivité des métiers agricoles.
Un appel au consensus
Dans un climat qu’il juge marqué par « un repli sur soi » et « une montée des extrêmes », Loïc Guines appelle à sortir des postures. « Nous avons besoin de trouver des voies de consensus », insiste-t-il, citant en exemple les discussions locales sur l’eau.
Une philosophie qu’il applique aussi à d’autres dossiers, notamment celui du Space. Sans revenir en détail sur la crise récente, il rappelle l’importance du dialogue et d’une feuille de route partagée. « Comme toute entreprise, il faut savoir écrire ou réécrire un projet, avec des objectifs clairs et partagés. »
Entre scepticisme et vigilance
Si les conférences sur la souveraineté alimentaire suscitent peu d’enthousiasme chez lui, Loïc Guines ne ferme pas la porte. Mais il prévient : sans objectifs concrets et sans prise en compte des réalités de terrain, l’exercice risque de manquer sa cible.
« Tout le monde est capable de faire de la qualité. Mais il faut des obligations de résultats, plus que de moyens », conclut-il.
Un message clair, à l’heure où l’agriculture cherche plus que jamais des perspectives lisibles.
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