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Commerce interprovincial : l’intérêt grimpe, mais les freins restent

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Les difficultés commerciales avec les États-Unis ont poussé de nombreux entrepreneurs à délaisser le sud de la frontière pour leurs affaires. Le commerce interprovincial gagne en popularité, mais la signature d'ententes gouvernementales est loin de faire sauter toutes les barrières.

La semaine dernière, six entreprises québécoises ont visité l’Alberta pour sonder son marché et réseauter avec les institutions locales.

Des personnes qui portent des casques et des vestes de sécurité marchent sur une route de gravier devant une grande usine.

Six entrepreneurs québécois ont participé à des visites de l'Alberta comme dans ce centre de technologie de Calgary, appelé Alberta Carbon Conversion Technology Centre.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Alain Simard, président et cofondateur du Petit Cactus, est venu présenter sa plateforme, qui aide les malades et les professionnels de la santé dans la gestion du diabète.

[On] n’est pas une super vieille entreprise. Donc, on cherche à se faire connaître, explique-t-il.

L'Alberta attire les entreprises québécoises

Pendant leur séjour à Edmonton et à Calgary, son partenaire et lui ont rempli leur carnet de rendez-vous avec l’Université de l’Alberta et l’Institut du diabète. Ces premières rencontres donnent déjà de l’espoir à l’entrepreneur.

On s’est vraiment sentis écoutés et ils veulent aller plus loin avec nous, s’enthousiasme-t-il.

On a juste eu des confirmations que [les Albertains] sont ouverts à faire des affaires, avec le Québec du moins.

Catherine Gervais, la directrice générale de l’organisme qui a mis sur pied la mission Carrefour Québec International, confirme que, depuis les annonces de tarifs américains, le commerce interprovincial gagne en puissance chez les entrepreneurs. L’Alberta, en particulier, attire les Québécois.

Un mission similaire en Colombie-Britannique a avorté, faute d’intérêt. Ça fait des années qu'on travaille sur l'Alberta, mais là, vraiment, il y a des entrepreneurs du Québec qui ont démontré un intérêt à créer des liens. [...] intuitivement, des entrepreneurs voient des opportunités ici, dit-elle.

Des barrières provinciales tenaces

Catherine Gervais estime que, en matière d’affaires, les barrières de la langue et de la culture se sont effacées entre l’Alberta et le Québec, mais que d’autres se perpétuent.

C'est pour l'instant juste sur le papier. Les barrières sont encore présentes. Il faut travailler un petit peu là-dessus.

Malgré la signature d’ententes entre les provinces, les différences réglementaires sont encore bien présentes, en particulier dans le secteur de l’alcool.

Katherine Lanteigne sourit.

La propriétaire de la distillerie New-Brunswick, Katherine Lanteigne, est venue en Alberta pour découvrir les meilleures pratiques d'autres entrepreneurs pour exporter ses produits au Canada.

Photo : Radio-Canada / Zazak Bouarab

Katherine Lanteigne, copropriétaire de la distillerie New-Brunswick, participe au grand Rendez-vous d’affaires de l'Alberta. L'entrepreneure estime que sa jeune distillerie a la capacité de s’étendre, mais que les différences de fonctionnement entre les provinces sont une montagne intimidante.

J'ai regardé en ligne, j'ai une idée de comment ça se passe, mais cogner aux bonnes portes, puis parler aux bonnes personnes peut être le challenge, souligne-t-elle.

Des personnes sont amassées en cercle autour du propriétaire de la distillerie, Jacques Tremblay, qui explique le fonctionnement de la distillation.

Une cinquantaine d'entrepreneurs, venus de toutes les régions à l'exception du Québec, ont visité la distillerie Bridgeland lors des Rendez-vous d'affaires de l'Alberta pour réseauter et s'entraider.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

La distillerie Bridgeland, qui accueille une visite d'entrepreneurs venus de toutes les régions à l'exception du Québec a constaté les mêmes obstacles toujours impénétrables, malgré l'engagement des gouvernements provinciaux de réduire les barrières réglementaires.

La seule chose qu'ils ont réglée, c'est le commerce aux particuliers. On peut maintenant, à partir de l'Alberta faire l'expédition de produits à un particulier en Ontario, mais c'est vraiment une petite part de marché, déplore Jacques Tremblay, copropriétaire de la distillerie. Il y a des analyses chimiques, des choses qu'on ne voit quasiment nulle part ailleurs au monde.

Concurrence avec les États-Unis

Même là où les barrières ne sont pas réglementaires, des freins existent encore dans les pratiques, souligne Antony Carrière, propriétaire et directeur général de l’entreprise québécoise Somum. Il aimerait étendre ses services à d’autres marchés canadiens.

J'ai récemment eu la chance de discuter avec plusieurs villes qui m'ont mentionné avoir un appétit pour des entreprises québécoises, des entreprises canadiennes. Toutefois, je dirais qu'on est encore à l'étape d'avoir un intérêt supplémentaire, mais pas [de nous] favoriser nécessairement dans la prise de décision, observe-t-il.

Antony Carrière sourit légèrement à la caméra.

Antony Carrière aimerait qu'il y ait plus d'appuis, notamment d'ordre financier, pour permettre aux entreprises de services de s'étendre au Canada.

Photo : Radio-Canada / Zazak Bouarab

Dans son domaine, la priorité est donnée aux entreprises locales, dit-il. Le reste des entreprises canadiennes se retrouvent dans le même panier que les compagnies américaines, souvent plus importantes et plus compétitives.

Une province extérieure ou les États-Unis, pour eux, vont être égaux.

La distance géographique demeure aussi un frein important à l’expansion au Canada. Le copropriétaire de Moutarde Gravelbourg, en Saskatchewan, Paul Léost, vend ses produits dans les Maritimes, mais cela veut dire plusieurs déplacements pour repérer les détaillants appropriés et établir des relations.

C'est juste nous deux qui faisons tout le travail, puis on ne peut pas être là en présentiel, explique-t-il.

Réseautage et patience sont donc essentiels à la croissance du commerce interprovincial, résume Antony Carrière. Si j’ai un conseil à donner, qu’on m’a souvent répété et j’en fais moi-même l’expérience, c'est que l’exportation prend plusieurs années.

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