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Des Inuit espèrent que l’Université de l'Inuit Nunangat, qui devrait ouvrir ses portes en 2030 avec un campus principal à Arviat, au Nunavut, réduira les obstacles à l’accès aux études postsecondaires.
Pendant ses études universitaires, Inuujaq Leslie Fredlund a failli abandonner. Mais qu’est-ce que je fais ici est une question qui l’a tiraillée, raconte-t-elle depuis Halifax.
Cette artiste inuk de 41 ans, originaire de Rankin Inlet, au Nunavut, a déménagé avec ses quatre enfants à des milliers de kilomètres de l'Arctique, sur la côte est, pour étudier au Collège des beaux-arts et du design de la Nouvelle-Écosse (NSCAD).
Elle affirme avoir vécu du racisme, de l’ignorance à l’égard de la culture inuit et des micro-agressions liées à son travail artistique, mais elle a persévéré. Elle obtiendra son baccalauréat dans quelques mois.
Les Inuit me manquent. Notre monde me manque.

Inuujaq Leslie Fredlund et ses enfants à bord d’un qamutik près de Rankin Inlet, au Nunavut. En raison de la distance et des frais de déplacement, elle ne rentre chez elle qu’une ou deux fois par année scolaire.
Photo : Fournie par Inuujaq Leslie Fredlund
Une université plus près de chez soi
Comme de nombreux Inuit de l’Inuit Nunangat, un terme qui désigne le territoire inuit, Inuujaq Leslie Fredlund a dû quitter sa communauté pour fréquenter l’université. Il n’y a en effet pas d’université dans l’Arctique canadien. Les étudiants doivent donc déménager à des centaines, voire des milliers, de kilomètres de chez eux.
L’Université de l’Inuit Nunangat devrait ouvrir ses portes en 2030, avec un campus principal à Arviat, au Nunavut. Depuis longtemps, les dirigeants inuit réclament un tel établissement sur leur territoire conçu par et pour les Inuit.
L’écart entre les diplômés postsecondaires inuit et allochtones demeure important. Dans une étude de Statistique Canada, basée sur le recensement de 2021, près de 34 % des Inuit avaient obtenu un certificat, un diplôme ou un grade postsecondaire. Chez les Canadiens non autochtones, cette proportion atteignait 68 %.

Natan Obed, président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, dont l'organisation dirige le projet de l’Université de l’Inuit Nunangat.
Photo : CBC / Kate Kyle
Notre société est très différente, que ce soit par notre langue, notre culture, notre alimentation ou notre façon de nous exprimer, explique Natan Obed, président d’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), l’organisme national représentant les Inuit du Canada. L’ITK dirige le projet de l’Université de l’Inuit Nunangat.
Selon Natan Obed, même si plusieurs étudiants réussissent leur parcours universitaire dans le Sud, la transition depuis une communauté nordique isolée peut être intimidante. Jusqu’à présent, c’est nous qui avons dû nous conformer aux normes éducatives du Sud, dit-il. Cette université est la promesse que ce ne sera plus le cas.
Réduire le choc culturel
À Arviat, communauté de quelque 2700 habitants, l’inuktitut est parlé dans les rues, à la maison et à l’école. La culture est le facteur le plus important dans cette école, affirme Chi Chi Arinze, directrice de l’école secondaire John Arnalukjuak.

Chi Chi Arinze, directrice de l’école secondaire John Arnalukjuak, estime que la présence d’une université dirigée par des Inuit et à proximité incitera les élèves à poursuivre leurs études.
Photo : CBC / Kate Kyle
Elle constate un lien direct entre la valorisation de la culture et la réussite scolaire. Selon elle, les élèves qui quittent la région pour poursuivre leurs études vivent un choc culturel. Certains s’adaptent bien, d’autres pas. Les coûts et les obligations familiales représentent aussi des obstacles.
Chi Chi Arinze espère que le futur campus à Arviat permettra de les contourner. Nous sommes très enthousiastes ici. Mes élèves le sont aussi.
Partir ou rester?
À Arviat, Kukik Baker espère que ses fils fréquenteront un jour la nouvelle université. Si l’Université de l’Inuit Nunangat avait existé lorsque j’ai terminé le secondaire, j’aurais certainement postulé, poursuit-elle.
Dans la vingtaine, elle a étudié un an en sciences sociales à l’Université de Winnipeg avant d’abandonner. Il n’y avait que mon mari et moi à Winnipeg. Je ne connaissais aucun autre Inuk à l’université, et les classes comptaient souvent plus de 100 étudiants, raconte-t-elle.

Kukik Baker chez elle, à Arviat. Elle n'a fait qu'une année à l'université en raison du choc culturel.
Photo : CBC / Juanita Taylor
Aujourd’hui, Kukik Baker dirige des programmes communautaires fondés sur la culture inuit. D’une certaine façon, cela m’a apporté une meilleure éducation que celle que j’aurais reçue dans le Sud, estime-t-elle.
Tous les jeunes Inuit ne souhaitent pas rester près de chez eux.
Aislyn Kuksuk, 16 ans, rêve de devenir pilote et de quitter Arviat. J’adore voyager, dit-elle. Samuel Curley, par contre, espère poursuivre ses études sans devoir abandonner ni la chasse, ni la pêche, ni l’inuktitut. Cette université le lui permettra.
Je ne veux tout simplement pas quitter la maison, dit l’élève de 9e année.

Samuel Curley espère faire partie de la première cohorte de l'Université de l'Inuit Nunangat à Arviat.
Photo : CBC / Kate Kyle
L’option de rester
L’artiste Inuujaq Leslie Fredlund se réjouit de la création de l’Université de l’Inuit Nunangat. Dire que c’est merveilleux est un euphémisme, affirme-t-elle, émue, depuis sa résidence à Halifax.

Inuujaq Leslie Fredlund étudie les beaux-arts à Halifax, à des milliers de kilomètres de chez elle.
Photo : CBC / Christian Patricio Villalobos Monetta
C’est une étape tellement importante de rendre l’éducation accessible plus près de chez nous, dit-elle, ravie que ses concitoyens aient à l'avenir l’option de rester parmi les leurs, au lieu de s’exiler dans le Sud.
Avec les informations de Kate Kyle et de Juanita Taylor (nouvelle fenêtre)


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