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Comment transformer un opéra italien en opéra français?

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Le Festival de Pesaro est définitivement une institution d'utilité publique, et de haut niveau. Été après été, il défriche et approfondit la connaissance d'un corpus cohérent (la quarantaine d'opéras composés par Gioacchino Rossini entre 1806 et 1828), avec un juste équilibre entre drames et comédies. Et si Bayreuth, autre festival monothématique centré sur un seul compositeur, affiche toujours les dix mêmes titres et laisse de côté les raretés – ce n'est que cet été, pour son édition jubilaire, qu'on y donne le délaissé Rienzi (La Libre du 28 juillet) – Pesaro laisse autant de places aux raretés qu'aux blockbusters, avec un même niveau d'excellence vocale que n'atteint pas toujours la verte colline bavaroise.

Cinquante opéras de derrière les fagots

Jalon essentiel

À côté de reprises des comédies L'occasione fa il ladro et La scala di seta, la cuvée 2026 propose une nouvelle production de Le siège de Corinthe, un joyau oublié : l'ouvrage avait déjà été monté ici en 2000 et 2017, mais on ne peut le voir qu'exceptionnellement dans le reste du monde. C'est pourtant un jalon essentiel puisqu'il s'agit du premier opéra en français du compositeur natif de Pesaro.

Arrivé à Paris fin 1824 paré de toute la gloire recueillie sur les grandes scènes lyriques de la péninsule (Venise, Milan, Rome et Naples), investi du titre de Directeur de la musique et de la scène au Théâtre Italien, Rossini veut également s'imposer au public français non seulement en adoptant sa langue mais aussi en épousant le style de ses opéras. Il lui faut une grande fresque, avec de grandes parties chorales et, idéalement, une dimension historique ou à tout le moins épique.

"Don Giovanni ne se sent absolument pas coupable"

Opéra engagé

Coup de génie ! Avec son librettiste Alexandre Soumet, qui va l'aider à maîtriser la prosodie française, Rossini va proposer un opéra dans l'air du temps, peut-être le premier opéra engagé. La France se passionne à ce moment pour la guerre d'indépendance grecque qui fait rage, une guerre au cours de laquelle Lord Byron, lui aussi soutien des Grecs, vient de mourir à Missolonghi. Le compositeur va épouser cette cause en recyclant la musique d'un de ses opéras antérieurs (Maometto II, créé à Naples en 1820 sans succès) : au départ prévu comme simple traduction, Le siège de Corinthe (titre français plus parlant) se révélera finalement un véritable nouvel opéra, enrichi pour moitié de musique composée pour l'occasion. Le succès sera immense, à Paris pendant plusieurs années mais aussi dans toute l'Europe.

À Pesaro, Davide Livermore fait du combat entre les Turcs et les Grecs celui des modernes un peu vulgaires (costumes blancs de mafieux, prêts à tout instant à dégainer le portable pour faire des selfies) contre les anciens trop classiques (toges et cothurnes, drapés et jupettes, coiffures ornées de fleurs, postures de statues). Sa lecture manque parfois de subtilité, l'usage d'images vidéo générée par IA (couchers de soleil ennuagés sur mer plus ou moins apaisée) peut écœurer à la longue et on saisit mal la nécessité d'introduire en sus la problématique des déchets (sacs-poubelle accumulés et mer polluée). Mais le metteur en scène italien sait faire bouger les masses, composer de grands tableaux et favoriser la lisibilité.

L'Opéra flamand à la diète et "à la flamande"

En fait, c'est surtout vocalement qu'on est aux anges, et cela suffit à faire le bonheur. Pour la Pamyra éblouissante de Vasilisa Berzhanskaya, soprano et mezzo à la fois, capable de coloratures virtuoses mais aussi de puissance et d'aisance dans tous les registres. Pour le Néoclès suave et délicat de Maxim Mironov. Ou pour le Maometto mordant et élégant d'Adrian Sâmpetrean. D'autant que dans la fosse, il y a l'excellent Orchestre du Comunale de Bologne, dirigé sans éclat particulier mais avec efficacité par Carlo Rizzi.

Pesaro, Auditorium Scavolini, les 17 et 21 août. En 2027, le festival proposera de nouvelles productions de "Tancredi" et "La donna del lago", et une reprise de "Adina" ; www.rossinioperafestival.it

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