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Lorsqu’on traverse le nouveau pavillon de l’Hôpital de Verdun, on ressent tout de suite la différence par rapport à l’ancien bâtiment, construit dans les années 1930. Les patients qui sont admis dans cette nouvelle aile peuvent bénéficier de ce qu’il y a de mieux en architecture moderne.
Le parc immobilier hospitalier québécois est vieillissant. Certains endroits ont des centres hospitaliers modernes, à la fine pointe de la technologie, mais beaucoup de bâtiments datent du 19e siècle et certains sont encore plus vieux. Comment sont pensés les nouveaux hôpitaux ? Qu’est-ce qui est relégué au passé et qu’on ne répète plus lorsqu’on construit des bâtiments offrant des soins ?
Selon Antoine Buisseret, architecte associé et directeur d’intelligence de marché Santé pour la firme Lemay, l’une des clés dans les grands hôpitaux modernes est l’amélioration de la fluidité des déplacements.
On le voit clairement lorsqu’on compare les couloirs du nouveau pavillon de l’Hôpital de Verdun et ceux de l’ancien bâtiment. Les premiers patients des nouveaux espaces ont été accueillis le 17 février dernier. Les civières, les fauteuils roulants et le personnel pouvaient circuler en toute fluidité. Du côté du bâtiment d’origine, le parcours est difficile.
Pour amener un patient aux soins intensifs, par exemple, il faut déplacer plusieurs choses dans le couloir pour circuler, comme des poubelles, des postes d’infirmière ou des stations d’équipement. « Il n’y a aucun espace pour mettre l’équipement dans le corridor, ce qui fait qu’il n’y a presque aucun endroit où on a la largeur complète du corridor pour circuler. C’est une grosse différence pour le personnel, c’est d’avoir (dans le nouveau pavillon) des places pour mettre leur poste de travail, d’avoir des postes de travail un peu partout qui prennent moins d’espace », indique lors d’une visite de l’hôpital en février le Dr Mathieu Surprenant, directeur médical adjoint — Gestion locale de l’Hôpital de Verdun et coleader médical du projet.
Le fait que les corridors des unités de soins sont plus larges va aussi aider à la mobilité des patients, surtout les aînés, pointe Eliane Favreau, conseillère-cadre au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et coleader du projet.
Les couloirs du nouveau pavillon, qui est réparti sur cinq étages, sont beaucoup plus dégagés. « Ça va nous aider notamment pour le programme de marche auprès des patients. Les chambres sont grandes, mais on voit quand même que les patients sortent de leurs chambres pour se mobiliser durant leur hospitalisation », souligne Mme Favreau. Maintenir la mobilité des aînés à l’hôpital est crucial pour prévenir la détérioration de leur état, autant physique que mental.
Redonner un second souffle aux infrastructures existantes
Le Québec est « à un point de bascule » en ce qui a trait à ses infrastructures en santé, mentionne en entrevue Antoine Buisseret.
« C’est en train de muter aujourd’hui parce qu’au Québec […] on voit quand même qu’il y a une question de soutenabilité de nos infrastructures hospitalières. C’est-à-dire soutenabilité au niveau des ressources — il y a pénurie de personnel — soutenabilité au niveau de l’investissement — on voit que les projets majeurs, la plupart des projets sont arrêtés parce qu’il y a un enjeu de financement », dit-il.
Selon les plus récentes données fournies par Santé Québec, 277 pavillons d’hôpitaux sont vétustes à travers la province, c’est-à-dire qu’on leur accorde la note D (en mauvais état) ou E (en très mauvais état).
La liste des hôpitaux qui ont besoin de travaux est très longue. Pour ne nommer que ceux-ci, l’Hôtel-Dieu de Sorel, en Montérégie, accumule 61,1 millions $ de déficit d’entretien ; l’Hôpital de Saint-Jérôme, dans les Laurentides, atteint 91,7 millions $ de déficit d’entretien ; et l’Hôpital Douglas, à Montréal, qui a été beaucoup médiatisé après qu’un plafond se soit écroulé en raison d’une fuite d’eau, a un déficit d’entretien de 119,3 millions $.
« Les infrastructures existantes, comment leur redonner un second souffle ? Parce que s’il faut reconstruire le parc hospitalier québécois 100 % à neuf, on n’y arrivera pas non plus. C’est toujours la question de la soutenabilité », précise M. Buisseret.
De l’hôpital monobloc à l’hôpital génératif
Une partie de la solution est l’hôpital génératif, affirme l’architecte. « C’est une manière de sécuriser l’investissement, mais surtout […] que chaque entité va pouvoir se régénérer sur elle-même », explique-t-il. L’hôpital génératif a une agilité qui permet d’agrandir ou de réaménager certaines sections du bâtiment en fonction des besoins de la population. C’est un modèle qui émerge beaucoup en Europe, soutient M. Buisseret, « et on regarde comment on pourrait les déployer au Québec parce que ce sont des sujets prometteurs ».
Les vieux hôpitaux monobloc ont souvent peu de capacité d’évolutivité, souligne-t-il. On est passé de l’hôpital pavillonnaire au 19e siècle, qui n’avait pas forcément de liaisons très connectées, pour aboutir à l’hôpital monobloc, qui ressemble à un tour de plusieurs étages où tous les services sont regroupés.
« Il faut peut-être reconcentrer la mission de l’hôpital sur des organes extrêmement techniques, les blocs opératoires et ces choses-là, et d’autres fonctions peuvent être entre guillemets des satellites et peuvent coopérer les uns par rapport aux autres », explique M. Buisseret. Il pense par exemple à des espaces administratifs ou à certaines fonctions d’hospitalisation qui pourraient être dissociés du bâtiment principal, mais fonctionner ensemble.
Les décideurs doivent anticiper la mutation de certains espaces en cas de crise, ce qui n’est pas le cas présentement, déplore M. Buisseret. Il constate que chaque projet d’infrastructure publique est regardé « en silo » et il est essentiel de les décloisonner pour améliorer les services en santé.
La couverture en santé de La Presse canadienne est soutenue par un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.


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