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Au moment où le bilan des morts en Iran sous les frappes israéliennes et américaines ne cesse de s’alourdir, des voix discordantes – mais prudentes – émergent parmi les dirigeants des pays occidentaux, qui ménagent la chèvre et le chou pour éviter d’envenimer leurs relations avec le président américain, Donald Trump. Le Devoir fait le point avec trois experts.
Comment réagit la communauté internationale à la guerre en Iran ?
« Non à la guerre », a déclaré sans détour mercredi le président espagnol, Pedro Sánchez, qui a promis que son pays ne serait « pas complice » des attaques américano-israéliennes menées contre l’Iran depuis samedi.
Celles-ci ont fait à ce jour plus de 1000 morts, incluant de nombreux civils, selon les autorités iraniennes.
D’autres pays européens, comme la France et le Royaume-Uni, ont pour leur part dénoncé les entorses au droit international commises par les États-Unis et Israël, qui ont attaqué l’Iran sans aucunement consulter leurs alliés, notamment ceux membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).
Leurs réactions ont toutefois été plus tempérées que celle de l’Espagne, que Donald Trump menace de sanctions économiques pour avoir refusé d’autoriser des avions de chasse américains à utiliser ses bases aériennes pour attaquer l’Iran.
C’est d’ailleurs sans doute pour s’éviter les foudres du président américain que le premier ministre canadien, Mark Carney, a d’abord appuyé samedi les frappes menées par Israël et les États-Unis en Iran, estime le professeur agrégé à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa Thomas Juneau.
« Pour la majorité des pays, surtout les alliés des Américains, puis surtout le Canada, le premier intérêt, c’est la gestion des relations avec Trump », souligne-t-il. « C’est ça qui prime. »
Après avoir fait l’objet de critiques pour son appui sans nuances à ces attaques surprises, Mark Carney a toutefois modifié son discours mardi. Il a alors appelé à une « désescalade rapide » au Moyen-Orient et pressé Israël et les États-Unis de « respecter les règles de l’engagement international ».
« Je pense que la position actuelle est beaucoup plus nuancée et juste, c’est-à-dire que : oui, c’est un régime [en Iran] qui opprimait sa population donc on ne va pas se porter à sa défense », relève le professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal Justin Massie, au sujet de la prise de position du premier ministre canadien.
« D’un autre côté, la façon que les États-Unis ont mené l’opération, sans consulter le Canada et ses alliés, sans essayer d’avoir un soutien multilatéral à travers l’OTAN, à travers les Nations unies, même si c’était un vœu pieux, est également à reprocher », ce qu’a fait M. Carney mardi, poursuit-il.
Quelle forme prend l’intervention militaire des pays membres de l’OTAN ?
Dans les derniers jours, tant la France que le Royaume-Uni ont déployé des navires de guerre en mer Méditerranée et des avions de chasse pour défendre des États qui ont été la proie des attaques de drones et de missiles menées par l’Iran. Ces représailles ont notamment visé le Liban, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis, Oman et l’Irak, parmi d’autres pays du Moyen-Orient entretenant des liens avec les États-Unis ou Israël.
« La France a des intérêts régionaux, elle a des soldats déployés aussi dans la région, dans ce coin-là, et donc doit les protéger », souligne M. Massie.
Plusieurs pays d’Europe tentent par ailleurs « de protéger » leurs alliés au Moyen-Orient en y déployant des ressources militaires, note pour sa part Sami Aoun, directeur de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand.
Le gouvernement portugais a quant à lui autorisé les États-Unis à utiliser une base aérienne de l’archipel des Açores dans le cadre de ses opérations en Iran, à condition que celles-ci soient « de nature défensive ou de représailles », en respect avec le droit international.
Thomas Juneau note dans ce contexte que si certains pays d’Europe s’impliquent dans ce conflit à des fins défensives, d’autres le font pour « gagner un peu de poids avec les États-Unis » et préserver de bonnes relations avec « les pays du Golfe ».
Jusqu’où ira l’Iran en réplique aux frappes israéliennes et américaines ?
Mercredi, le ministère turc de la Défense a annoncé qu’un missile qui se dirigeait vers l’espace aérien turc a été détruit par les systèmes de défense de l’OTAN positionnés en Méditerranée orientale. Une situation qui soulève la perspective d’un élargissement de cette guerre à l’extérieur du Moyen-Orient.
« On a vraiment de plus en plus une guerre, non pas simplement régionale, mais globale », en raison des répercussions multiples de la riposte iranienne aux frappes américaines et israéliennes, prévient Sami Aoun. Dans les derniers jours, des attaques iraniennes ont ciblé plusieurs infrastructures pétrolières et militaires stratégiques au Moyen-Orient.
« L’Iran est dans une lutte pour sa survie », résume Thomas Juneau. Le pays concentre ainsi ses attaques « là où ça fait mal », dans l’espoir de convaincre les États-Unis et Israël de ne plus pilonner son territoire.
Avec l’Agence France-Presse


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