Imaginez pouvoir multiplier n’importe quels nombres sans jamais poser d’opération, sans retenues compliquées, et même sans savoir écrire. Impossible ? C’est pourtant exactement ce que faisaient nos ancêtres il y a des millénaires. La chaîne YouTube Numberphile vient de remettre en lumière un algorithme mathématique fascinant qui dormait dans les pages poussiéreuses de l’histoire : la multiplication par moitiés et doubles. Connue sous divers noms selon les régions du globe, cette technique élégante repose sur un principe si ingénieux qu’il anticipe de plusieurs siècles notre système informatique moderne.
Un algorithme aux multiples identités
Le mathématicien et présentateur Johnny Ball raconte avoir découvert cette méthode dans l’espace enfants d’un pub britannique, où quelqu’un la lui enseigna sous le nom de « multiplication russe ». Pourtant, cette attribution géographique s’avère trompeuse. Également appelée multiplication paysanne ou mathématiques égyptiennes, cette technique trouve ses véritables origines dans l’Antiquité égyptienne, plusieurs millénaires avant notre ère. Son parcours à travers les civilisations témoigne d’une efficacité qui a traversé les âges et les frontières.
Le fonctionnement déconcertant de simplicité
Le protocole se déroule en quelques étapes limpides. Commencez par inscrire vos deux nombres en haut de deux colonnes distinctes. Dans la colonne gauche, divisez progressivement votre premier nombre par deux, en arrondissant systématiquement vers le bas lorsque vous obtenez une valeur décimale. Poursuivez cette opération jusqu’à atteindre 1. Parallèlement, dans la colonne droite, doublez votre second nombre autant de fois qu’il existe de lignes dans la colonne gauche.
Vient ensuite l’étape qui semble presque magique : parcourez votre tableau et éliminez toutes les lignes où la colonne gauche affiche un nombre pair, y compris le tout premier terme si nécessaire. Additionnez finalement les valeurs subsistant dans la colonne droite. Ce total constitue le résultat de votre multiplication initiale.
Crédit : Caroline Delbert
Crédit : Caroline Delbert
Crédit : Caroline Delbert
Crédit : Caroline Delbert
Le secret binaire caché depuis l’Antiquité
Cette apparente sorcellerie mathématique dissimule en réalité un principe fondamental de l’informatique moderne : le système binaire. Notre numération quotidienne fonctionne en base 10, mais les ordinateurs raisonnent en base 2, où chaque position représente une puissance de deux. Lorsque vous divisez par deux et éliminez les lignes paires, vous décomposez inconsciemment votre nombre en somme de puissances de deux, exactement comme le ferait un processeur.
La colonne de droite, avec ses doublements successifs, génère précisément ces puissances : 1, 2, 4, 8, 16, et ainsi de suite. En supprimant les lignes paires de la colonne gauche, vous ne conservez que les puissances de deux nécessaires à la composition de votre premier nombre. Le reste s’effectue naturellement par addition.
Crédit : Caroline Delbert
Une intelligence adaptée à son époque
Pourquoi cette méthode existait-elle alors que nous enseignons aujourd’hui la multiplication posée traditionnelle ? La réponse tient au contexte technologique de l’Antiquité. Sans papier accessible, sans éducation universelle à l’écriture, et face à la nécessité quotidienne de commercer et calculer, nos ancêtres avaient besoin d’algorithmes compatibles avec des outils rudimentaires. Cette technique permettait d’opérer avec de simples cailloux, bâtonnets ou jetons, transformant une abstraction mathématique en manipulation physique concrète.
Contrairement à ce que notre scepticisme initial pourrait suggérer, cette méthode ne comporte aucune exception ni cas limite problématique. Même les puissances de deux, qui semblent défier la logique du système, se résolvent naturellement : tous les termes s’éliminent sauf le dernier, qui fournit directement la réponse. Une universalité qui explique sa survie à travers tant de civilisations et de millénaires.


4 month_ago
63



























.jpg)






French (CA)