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Politique 20/10/2026 06:00 Actualisé le 20/10/2026 09:45
Les scènes de chaos qui ont lieu dans plusieurs grandes villes de France bousculent le débat présidentiel. Sans qu’on sache encore très bien à qui cela va profiter.

NAEL CHAHINE / Middle East Images via AFP
Lors de la manifestation du 17 octobre à Paris.
À la sortie d’une énième cellule de crise lundi matin, Sébastien Lecornu a pris à témoin les Français. Pour lui, il est clair que « l’agenda démocratique » des prochains mois « va être perturbé par le désordre » déploré dans le week-end. Dans son viseur : l’élection présidentielle prévue dans six mois jour pour jour. « Toute une nébuleuse peut s’activer pour en remettre en cause la tenue », a-t-il alerté, ciblant sans détour « l’ultragauche ».
Aussitôt, Jean-Luc Mélenchon a fait part de son « étonnement » face à la prédiction du chef du gouvernement. « Je n’ai pas entendu qui que ce soit parler de cela. Ni en privé ni en public, ni dans aucun mot d’ordre de manifestation où que ce soit », a répliqué sur son compte X le candidat de La France insoumise, s’affichant une nouvelle fois en opposition frontale à l’exécutif.
Depuis le début de la mobilisation lycéenne, le Premier ministre a fait du candidat de gauche sa principale cible. Un jour il l’accuse de « souffler sur les braises », un autre de « faire porter aux chefs de la police la responsabilité des violences ». Mais les scènes de chaos survenues le 17 octobre dans certaines grandes villes comme Paris, Lyon, Marseille, Montpellier, Bordeaux ou Limoges ont poussé de nombreux Français à s’interroger. À six mois d’une élection majeure, à qui va profiter ce mouvement de colère ?
S’il est sans doute trop tôt pour tirer des leçons définitives, il apparaît très clairement que La France insoumise entend tirer les marrons du feu. Jean-Luc Mélenchon, qui voit dans les violences « le résultat de dix années désastreuses où le Président Macron a désorganisé l’État et les services publics », a cherché ces derniers jours à apaiser la situation. Pour apparaître plus rassembleur ?
Les exemples de 1986 et de 1995
« Ceux qui partagent notre combat n’ont rien à faire dans le pillage, le saccage », a-t-il affirmé samedi soir, après une journée de tension et de confrontation dans la rue. Le lendemain, invité de LCI, il a dit regretter de devoir « répondre d’une stratégie [qu’il n’a] jamais approuvée ». Préférant rester sur les raisons de la colère : « Notre jeunesse a besoin qu’il y ait une bonne fin à cette séquence. Ses revendications doivent être entendues ».
Alors, cela pourrait-il porter ses fruits au printemps ? Certains, à gauche, regardent dans le rétroviseur pour faire des parallèles avec des situations passées. Le député LFI Éric Coquerel a rappelé sur franceinfo que « les grandes mobilisations contre Devaquet en 1986 et les grèves sociales de novembre-décembre 1995 ont souri électoralement à la gauche ».
En 1988, François Mitterrand avait été réélu à l’Élysée, tandis qu’en 1997, la coalition PS-PCF-Verts remportait les législatives, et faisait son entrée au gouvernement sous la houlette de Lionel Jospin. En juin 1968 en revanche, par crainte de « la chienlit », les Français avaient accordé une large majorité à Charles de Gaulle. La gauche avait, elle, perdu la moitié de ses sièges. Désigné par toute une partie de la classe politique comme coresponsable de la situation, Jean-Luc Mélenchon pourrait connaître le même phénomène.
Avantage au RN ?
Car à l’inverse, il est permis de se demander si l’impression d’un chaos généralisé, alimentée par des images en flux continu sur les réseaux sociaux, ne va pas avantager le RN, un parti qui érige une certaine vision de l’ordre et de la sécurité au sommet de ses préoccupations. Les cadres du parti d’extrême droite en sont donc persuadés, et n’hésitent pas à faire le lien entre les violences et l’élection à venir. « Dès mai 2027, si la majorité silencieuse des Français le décide, nous rétablirons durablement l’ordre », a estimé Jordan Bardella dimanche.
Une hypothèse renforcée par la publication, dans la soirée, d’une vidéo de Marine Le Pen très solennelle, assise à son bureau, devant un drapeau français. « Les Français qui n’en peuvent plus d’être pris en tenaille entre l’austérité et le matraquage fiscal du pouvoir et les activistes de l’insurrection doivent encore tenir quelques mois », a-t-elle déclaré, répondant à la fois aux préoccupations liées à la vie chère (très présentes dans les cortèges) et aux images de casses qui envahissent les écrans.
Une façon habile pour le RN de s’inscrire dans une forme de notabilisation, l’éloignant des affaires embarrassantes qui s’accumulent depuis la rentrée, écrits antisémites de Jordan Bardella, condamnation de Marine Le Pen pour détournements de fonds publics, début de campagne poussif… Au sein de l’échiquier politique, beaucoup voient donc le RN sortir gagnant de la séquence. « Oui, c’est du carburant, incontestablement », affirme le président du groupe MoDem à l’Assemblée Marc Fesneau auprès de franceinfo. « Les pillards sont les ennemis du mouvement social et les idiots utiles du RN », observe sur son compte X son homologue communiste Stéphane Peu.
« Il faut être prudent »
Pour les candidats qui s’inscrivent dans l’héritage d’Emmanuel Macron (Édouard Philippe, Gabriel Attal…), la partie risque d’être beaucoup plus corsée, tant le ressentiment contre le chef de l’État et ses dix ans au pouvoir est grand. Toutes ces prédictions sont toutefois à tempérer, alors que la campagne présidentielle ne fait que commencer.
« L’élection est dans six mois, et sauf si ce genre d’épisode se renouvelle fréquemment, je doute que beaucoup d’électeurs l’auront en tête au moment de voter, confirme Mathieu Gallard, directeur d’études chez Ipsos, sur franceinfo. Il faut être prudent et ne pas surinterpréter ». En outre, si l’heure est aux conjectures, on pourrait aussi imaginer que l’émotion suscitée par les flammes et les vitrines brisées fassent, finalement, les affaires du camp dit « modéré », qui aurait beau jeu de présenter les événements comme un aperçu de ce que donneraient les « extrêmes » au pouvoir. Un scénario qui ne fonctionnerait qu’à la condition expresse de rompre définitivement avec le macronisme.
Reste une autre inconnue : le second tour de l’élection présidentielle ayant été fixé le 2 mai, soit le lendemain du 1er-Mai, quel impact auront les traditionnelles mobilisations sociales et syndicales ? Bruno Retailleau, candidat LR, pense que ça peut avantager la gauche, qui défilera en masse ce jour-là. « Ce choix n’est pas neutre » et « pas normal sur le plan démocratique », dénonçait-il cet été. Mais si des images de casse et de violences défilent toute la journée sur les télévisions des Français, la pièce retombera peut-être de l’autre côté.


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