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Des températures moyennes de plus de 32 °C et des jours à plus de 40 °C : le Tour de France 2026 est de très loin l’édition la plus chaude jamais mesurée jusqu’à maintenant, 6,5 degrés au-dessus du précédent record de 2022. Pourtant, les cyclistes n’ont jamais roulé aussi vite : lors de la 11e étape, le peloton a couvert les 161 km à 50,91 km/h de moyenne, balayant un record vieux de 27 ans. Au-delà des progrès technologiques liés à l’équipement, quelle part de ces performances est-elle attribuable à la science ?
La chaleur marque au fer rouge cette 113e édition. À la 9e étape, l’organisation a dû raccourcir celle-ci de 30 kilomètres, du jamais-vu dans l’histoire du Tour pour cause de canicule. Les coureurs, eux, cherchent leurs mots pour décrire les conditions. « C’est comme ouvrir la porte du four », a résumé le Britannique Tom Pidcock. Son collègue néerlandais Tim van Dijke a évoqué une « journée entière passée dans un sauna ».
Dans ces conditions, le premier ennemi du coureur n’est pas l’adversaire : c’est la déshydratation.
« Quand il fait chaud, l’effort est augmenté. On sue plus, on perd plus d’eau », explique la nutritionniste sportive Catherine Bélanger. Pour limiter les dégâts des chaleurs, la science a mis en lumière que « prérefroidir » l’athlète avant l’événement en haute température, avec une veste de glace ou un bain glacé par exemple, améliore énormément sa performance, confirme Guy Thibault, professeur associé à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal.
Cette chaleur rend également l’alimentation difficile, car elle coupe l’appétit au moment précis où le corps en a besoin. « Un corps déshydraté va utiliser plus de glucides au niveau des réserves. C’est donc important d’être capable de continuer à manger, même s’il fait vraiment chaud », souligne Catherine Bélanger.
Des méthodes qui évoluent, des équipes qui se diversifient
Aujourd’hui davantage fondée sur la science, la nutrition du peloton professionnel a d’ailleurs connu une évolution marquée au cours des dernières années.
Auparavant, la consigne a longtemps été de limiter l’apport calorique pendant l’épreuve, voire de ne pas boire du tout, rappelle Guy Thibault, lui-même ancien cycliste compétitif. Derrière cette approche se cachait la croyance que d’être plus léger menait forcément à de meilleures performances.
« Maintenant, la plupart des cyclistes vont pousser jusqu’à 120 grammes de glucides à l’heure pour certaines étapes », remarque Catherine Bélanger, soit l’équivalent de quatre à cinq gels énergétiques. Cette ingestion hors norme de glucides « améliore l’énergie pendant [l’épreuve], mais plus particulièrement la récupération, parce que les réserves sont moins basses à la fin de l’épreuve. Ça permet de commencer la récupération plus tôt. » Un aspect particulièrement important dans le Tour de France, où moins de 24 heures séparent chaque étape.
Ces avancées nutritionnelles font partie d’un changement de paradigme dans le monde du cyclisme, qui mobilise les connaissances scientifiques dans plusieurs aspects du développement de l’athlète. « Le sport a changé depuis une quinzaine d’années. Avant, tout était centré sur l’entraîneur », observe le physiologiste de l’exercice Guy Thibault.
Aujourd’hui, le coureur est entouré de ce qu’il appelle une équipe de soutien intégrée : nutritionnistes, physiologistes, analystes de données, psychologues. « C’est une équipe au complet qui partage de l’information, chacun avec son point de vue, pour que l’entraîneur prenne les meilleures décisions ».
Croyances et effets de mode
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, même au plus haut niveau du cyclisme, des mythes et croyances perdurent. « Il y a encore beaucoup de mauvaises pratiques, des choses qu’on sait dans le milieu scientifique mais qui ne sont pas appliquées sur le terrain », souligne Jonathan Tremblay, professeur à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal. Faire sortir les avancées du laboratoire pour les voir appliquées sur le terrain demeure, selon le chercheur, un défi constant.
Il cite en exemple la conception de puissance critique, soit la puissance maximale qu’un athlète peut soutenir sur un temps donné. De nombreux coureurs bâtissent encore leur entraînement sur ce modèle, « alors que ça fait des années qu’on sait que c’est erroné », fait-il valoir.
Le Tour de France fabrique aussi des « modes », comme la fameuse « zone 2 », un seuil d’intensité réduite qui permet un plus grand volume d’entraînement en imposant un moins grand stress à l’organisme, souvent associée aux succès du champion slovène Tadej Pogačar.
Si elle est présentée comme une « solution générale pour s’améliorer » et est pratiquement « érigée en religion » par les influenceurs sportifs, remarque Guy Thibault, cette stratégie s’avère souvent bien moins payante pour améliorer la qualité physique que l’entraînement à une intensité très élevée, soutient le physiologiste.
« Il y a une fâcheuse tendance dans le milieu sportif à appliquer ou à chercher à appliquer une nouvelle connaissance sans discernement », fait-il valoir. « C’est pour ça qu’on sait qu’il y a encore de la marge pour l’amélioration », abonde Jonathan Tremblay. Les coureurs n’ont probablement pas fini d’aller plus vite.


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