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Outre-Atlantique, plusieurs responsables proches du camp Make America Great Again (MAGA) se sont donné pour mission de «sauver» la civilisation occidentale. Selon eux, les mouvements migratoires, les restrictions à la liberté d'expression et l'abandon de la souveraineté nationale menacent à la fois les relations transatlantiques et l'idée même de l'Europe, rapporte le Financial Times.
«Nous ne sauverons pas l'Occident si l'Europe ne se ressaisit pas», a déclaré Kevin Roberts, président de la Heritage Foundation, un groupe de réflexion conservateur qui a contribué à définir le programme du second mandat du président Donald Trump. «Je m'inquiète depuis longtemps, depuis près de deux décennies, que l'Europe soit en train de commettre un suicide civilisationnel.»
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Convaincus que le Vieux Continent doit être sauvé, le mouvement MAGA et l'administration Trump ont soutenu à plusieurs reprises des partis et mouvements européens partageant leurs idées. Le vice-président J.D. Vance a par exemple fait campagne pour l'ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán, figure de proue de la droite populiste-nationaliste. Le Département d'État des États-Unis a accordé des millions d'euros de subventions à des groupes européens qui luttent contre la censure et favorisent les «liens civilisationnels» avec Washington.
Mais pourquoi le camp MAGA s'en prend-t-il à l'Europe? Sarah Rogers, sous-secrétaire d'État chargée de la diplomatie publique, justifie cet engagement par la profondeur du lien qui unit la première puissance mondiale au Vieux Continent. Très connue pour ses publications acerbes sur les réseaux sociaux, notamment sur la politique migratoire des Vingt-Sept, elle a récemment déclaré que l'Allemagne avait «importé des hordes de violeurs barbares». Cette vision d'une Europe au bord du gouffre est largement issue de la nouvelle droite américaine, un écosystème intellectuel et politique qui s'est considérablement développé depuis le premier mandat de Donald Trump.
La Conférence sur la sécurité de 2025 comme tournant
Lors de la Conférence sur la sécurité de Munich de février 2025, J.D. Vance a été sans équivoque: la plus grande menace pour le Vieux Continent ne viendrait ni de la Russie, ni de la Chine, mais de «l'intérieur». Cette réflexion a ensuite été intégrée dans la Stratégie de sécurité nationale américaine, qui appelle à «cultiver la résistance» face au déclin civilisationnel européen. Ce document va jusqu'à affirmer que l'Europe pourrait être méconnaissable d'ici une vingtaine d'années, notamment à cause de l'immigration. Les chiffres actuels dessinent pourtant un tableau plus nuancé: plus de 10% de la population de l'Union européenne (UE) est née à l'étranger, contre 16% outre-Atlantique.
Le mouvement MAGA n’est d’ailleurs pas le seul courant de la nouvelle droite américaine à cibler l’Europe. La «droite technologique» se positionne également contre l'UE. Les Vingt-Sept tentent aujourd'hui de mettre en place des garde-fous face aux géants de la tech. Les milliards d'euros d'amende infligés en vertu des règles de la concurrence et du numérique ont passablement irrité les milliardaires de la Silicon Valley. Selon plusieurs d'entre eux, les États devraient être gérés comme des entreprises et la démocratie constituerait un frein au progrès technologique.
L'affection soi-disant fraternelle du président américain pour le Vieux Continent s'est, elle aussi, largement érodée au cours des dix-huit derniers mois. Menaces de s'emparer du Groenland, importants droits de douane imposés aux produits européens et ingérences régulières dans la politique des Vingt-Sept: les gestes hostiles ont marqué le second mandat de Donald Trump.
Son obsession pour l'immigration a conduit le chef de l'État américain à soutenir plusieurs mouvements politiques européens d'extrême droite, quitte, parfois, à contredire sa propre politique étrangère. L'administration Trump a par exemple soutenu le parti allemand d'extrême droite Alternative für Deutschland (AfD), alors même que celui-ci s'oppose farouchement à l'augmentation des dépenses liées à la défense –précisément au moment où Washington enjoint les membres de l'OTAN à augmenter la part de leur PIB dédiée à la sécurité.
Si la défaite d'Orbán en avril dernier a poussé certains à prédire une perte d'influence du mouvement MAGA en Europe, la réalité semble nettement plus nuancée. Les attaques rhétoriques se poursuivent et, selon Laura Field, spécialiste de la nouvelle droite américaine, le mouvement continue «de se présenter comme les véritables héritiers de la civilisation européenne, et veut revenir dans la mère patrie pour rééduquer ces Européens farfelus sur leurs propres racines».





























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