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Comment le budget wallon amplifie le virage libéral des Engagés : “Les quelques trophées de centre-gauche sont difficiles à vendre”

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C'est une coutume, fin août, chez Les Engagés. Les parlementaires organisent une mise au vert pour souder les équipes et préparer la rentrée politique. Cette année, les députés de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) s'étaient retrouvés du côté de Malmedy, dans les Hautes Fagnes. S'ils ont pu profiter de la région au cours d'une balade à vélo, ils ont aussi eu des réunions plus studieuses.

Au cours de l'une d'entre elles, a appris La Libre, la députée Mathilde Vandorpe a dit à ses collègues regretter que Les Engagés ne parviennent pas à imprimer leur marque dans les gouvernements. Son point de vue ne surprend pas. En mars, la Mouscronnoise avait démissionné de son poste de cheffe de groupe au Parlement de la FWB pour protester contre "la manière de fonctionner" du partenaire MR. On la savait notamment en désaccord avec la politique et la méthode de travail de la ministre MR de l'Enseignement, Valérie Glatigny.

En désaccord avec le MR, Mathilde Vandorpe démissionne de son poste de cheffe de file des Engagés à la Fédération Wallonie-Bruxelles

Mathilde Vandorpe a-t-elle raison ? Les Engagés ont-ils effectivement du mal à marquer les gouvernements de leur empreinte ? Ou bien, au contraire, est-ce la députée qui ne parvient pas à accepter le virage libéral de son parti et ne se retrouve plus tout à fait dans ses décisions ?

Parce que, ce virage libéral, il a bel et bien été pris, et de manière assumée. Le manifeste des Engagés, qui fut l'aboutissement de la refondation du défunt CDH, est traversé d'inclinaisons libérales. Les Engagés ont aussi accueilli des transfuges du MR, Jean-Luc Crucke et Michel De Maegd, qui se définissent comme des libéraux sociaux. Tandis que leur président, Yvan Verougstraete, se revendique de ce qu'il appelle le télo-libéralisme, le libéralisme du sens.

La taille et les missions de l'État

Pour le vice-Premier ministre Maxime Prévot, "les Engagés assument une ligne de centre-droit sur le front socio-économique avec la nécessité de soutenir ceux qui créent de la richesse", résumait-il au Soir, en septembre. Cette évolution transparaît dans les mesures gouvernementales, comme on l'a encore vu lundi lors de la présentation de l'accord budgétaire en Région wallonne : job bonus pour récompenser les travailleurs ; confirmation de la baisse des droits de succession en 2028, même si l'ampleur de la réforme est réduite ; confirmation aussi de la baisse des droits d'enregistrement déjà en vigueur ; rationalisation des structures publiques ; économies à tout-va dans les dépenses publiques de la Région…

Présenté avec habileté, le budget wallon pèsera néanmoins sur les portefeuilles

"Le gouvernement réduit la taille et les moyens de l'État. Il s'agit clairement d'une politique libérale, décrypte Jean-Benoît Pilet, politologue à l'ULB. On n'est pas dans une politique keynésienne de grands investissements publics que prônent un peu le PS et fortement le PTB. Ce modèle a disparu chez Les Engagés." Certes, le gouvernement wallon a annoncé 3,5 milliards d'euros d'investissements en sept ans dans les routes, les ponts, les tunnels, les voies hydrauliques… Mais le Pr Pilet y voit surtout un rattrapage "parce que, comme à Bruxelles, tout est en train de s'écrouler".

Les deux politiques de droite

Néanmoins, nuance-t-il, le libéralisme à l'œuvre dans le gouvernement wallon n'est pas celui qui correspond le mieux au profil des Engagés. "On voit émerger deux politiques de droite, développe le politologue. Une droite d'austérité pour laquelle l'effacement progressif de l'État et de ses missions permet d'atteindre l'équilibre budgétaire. C'est la conception de la N-VA. Les Engagés sont sur cette ligne au fédéral et en Fédération Wallonie-Bruxelles, c'est assez net."

"L'autre droite, que l'on voit en Région wallonne, s'inscrit dans une logique de relance de l'activité économique en remettant des moyens chez les acteurs économiques : on baisse les impôts pour les citoyens et les entreprises en espérant relancer la consommation et l'initiative économique. Et on compte sur des effets retours pour retrouver l'équilibre budgétaire. C'est un libéralisme par la demande. Alors qu'on est dans une période de déficit élevé, on fait des cadeaux fiscaux parce qu'on pense que cela va relancer la croissance économique. C'est plutôt la vision du MR, qui suscite l'incompréhension en Flandre."

L'intérêt supérieur de l'État

En parallèle, les progrès sociaux – chers au libéralisme social – enregistrés par Les Engagés restent timides, note Jean-Benoît Pilet. L'assurance autonomie ne voit toujours pas le jour en Wallonie ; le refinancement fédéral des CPAS à la suite de la limitation du chômage dans le temps est jugé très insuffisant par le terrain ; le minerval tel qu'il a été réformé dans l'enseignement supérieur est "une forme d'impôt progressif qui fait davantage contribuer les épaules les plus larges" mais "la mesure n'est quand même pas très populaire"…

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Les Engagés sont dans une posture défensive. C'est le piège dans lequel s'était retrouvé le PS à l'époque du gouvernement Di Rupo.

Les Engagés se sont en outre réjouis que le gouvernement wallon n'ait pas touché aux allocations familiales et ils chercheront à préserver autant que possible les soins de santé au fédéral, mais "ils sont là dans une posture défensive". "C'est le piège dans lequel s'étaient retrouvés le PS et le SP.A (devenu Vooruit) à l'époque du gouvernement Di Rupo. Ils cherchaient tellement à éviter des catastrophes sociales qu'ils n'avaient pas pu obtenir autre chose."

Bref, "les quelques trophées de rééquilibrage centriste ou de centre-gauche sont difficiles à vendre", selon le professeur de l'ULB. Or, à l'image de Mathilde Vandorpe, beaucoup de cadres intermédiaires du parti, essentiellement dans les communes, ont une fibre sociale de centre-gauche davantage ancrée.

"La situation des Engagés est en trompe-l'œil, ils sont sauvés par les mécontents du MR"

"On voit des dissensions à l'intérieur du parti entre une frange de centre-gauche, plus proche des mouvements syndicaux, et une frange de centre-droit, dominante, qui défend une politique de sobriété." Cela dit, Jean-Benoît Pilet se dit frappé par le fait que "les Engagés sont un parti qui garde chevillé au corps l'intérêt supérieur de l'État, une caractéristique déjà très présente au CDH et au PSC avant lui. Ils font passer la gestion de l'État avant les victoires électorales et idéologiques. Le problème, conclut le politologue, c'est que, si cette logique plaît aux électeurs flamands, elle n'a jamais emballé les foules en Wallonie et à Bruxelles."

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