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Comment la Russie a tout perdu au Venezuela, après vingt ans d'investissements massifs

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Depuis le début des années 2000, la Russie a fait du Venezuela un symbole de sa contestation de l'ordre américain, à la faveur de l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine et d'Hugo Chávez. Moscou voyait Caracas comme un miroir de sa propre politique étrangère: un régime antiaméricain, riche en pétrole, capable d'offrir à la Russie une assise durable en Amérique latine, résume le Financial Times. Les liens se sont noués autour d'énormes contrats d'armement et d'investissements pétroliers, faisant du Venezuela l'un des partenaires extra-européens les plus importants du Kremlin.

Dans ce schéma, le Venezuela servait à la fois de vitrine politique –un allié bruyant contre Washington– et de terrain économique pour les grandes entreprises russes de l'énergie. Mais cette relation reposait sur un pari risqué: celui d'un régime autoritaire fragilisé, d'une économie exsangue et d'une violence quotidienne que même les délégations russes ne pouvaient ignorer. Pourtant, Nicolás Maduro a été capturé, les hélicoptères américains ont traversé sans difficulté les défenses russes et Moscou n'a pas levé le petit doigt. Après vingt ans de présence et de milliards investis, pourquoi le Kremlin a-t-il laissé son allié affronter seul la puissance américaine?

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Moscou a injecté des sommes considérables dans l'industrie pétrolière vénézuélienne, avec jusqu'à plus de 7 milliards d'euros engagés dans les projets d'extraction au milieu des années 2010. Caracas, de son côté, a dépensé près de 10 milliards d'euros en armement russe, ancrant la dépendance militaire du régime à son partenaire eurasiatique.

Wagner à la rescousse

Mais la gestion du pétrole vénézuélien s'est révélée plus compliquée que prévue: le brut extra-lourd demande des coûts d'extraction élevés, une extraction compliquée par des infrastructures défaillantes. Les conditions de sécurité ont empiré à mesure que la crise socio-économique s'installait, obligeant les Russes à se déplacer en convois armés. La mort d'Hugo Chávez, puis la présidence de Nicolás Maduro, ont encore tendu la relation, sur fond de sanctions occidentales et d'isolement croissant du régime.

À partir de 2017, alors que les crises politiques et les manifestations se multipliaient, la Russie a tenté de sécuriser ses engagements. Des contractuels liés au groupe Wagner ont été dépêchés en 2019, puis en 2024, pour renforcer la protection du président Maduro et symboliser le soutien de Moscou face aux pressions américaines. Cette présence ne doit cependant pas masquer la fragilité de l'alliance.

Une valeur géopolitique en chute libre

Le Venezuela reste lourdement endetté vis-à-vis de son partenaire russe –plusieurs centaines de millions d'euros au moins– tandis que les perspectives de retour sur investissement s'amenuisent. En 2020, la vente des actifs pétroliers russes à une entité provinciale liée à l'État vénézuélien a été interprétée comme le signe d'un désengagement prudent: Moscou cherche à limiter ses pertes, tout en évitant l'affront d'une rupture ouverte avec un allié historique.

Pour le Kremlin, la relation avec Caracas avait aussi une dimension symbolique: celle d'un bloc antiaméricain élargi, où le Venezuela jouait un rôle de porte-voix en Amérique latine. Mais le pays de Nicolás Maduro a vu son influence régionale s'éroder à mesure que son économie s'effondrait et que sa légitimité s'effritait. Les institutions régionales que Caracas avait contribué à créer, pensées comme alternatives à l'ordre dominé par Washington, se sont vidées de leur substance. Dans cette perspective, le Venezuela apparaît moins comme un atout stratégique incontournable que comme un dossier coûteux, utile pour la posture, beaucoup moins pour le rapport de force réel.

Quatre années de guerre en Ukraine ont considérablement réduit la marge de manœuvre russe. Les ressources militaires, économiques et diplomatiques sont absorbées par ce conflit, laissant peu de capacité pour intervenir concrètement en soutien à des alliés lointains comme le Venezuela, la Syrie ou l'Iran. La priorité totale accordée à ce front ukrainien explique largement l'inaction de Moscou face à l'opération américaine contre Nicolás Maduro.

À cela s'ajoute un calcul politique: Vladimir Poutine n'a aucun intérêt, dans le contexte actuel, à provoquer une confrontation directe avec les États-Unis de Donald Trump pour sauver un partenaire affaibli et contesté jusque dans sa propre région. La Russie a condamné l'intervention et exige officiellement la libération de Nicolás Maduro, mais tout indique que sa riposte restera verbale. En pratique, le message envoyé aux autres alliés de Moscou est clair: lorsque le centre de gravité stratégique est ailleurs, la solidarité russe a des limites.

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