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En 2023, les échanges commerciaux entre la Russie et la Chine ont atteint environ 222 milliards d'euros, un niveau record selon Reuters. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Pékin s'est imposé comme le premier acheteur d'énergie russe et son principal fournisseur de biens, remplaçant l'Union européenne. Sans la Chine, l'économie russe aurait probablement beaucoup plus vacillé. Mais derrière ces relations commerciales, une dette stratégique pourrait bien se dessiner, comme le rapporte Business Insider.
Un rapport publié le 12 décembre par le groupe de réflexion Atlantic Council souligne la dépendance du Kremlin aux produits manufacturés chinois essentiels –notamment ceux dont l'importation est bloquée par les sanctions occidentales. «Sur le plan économique et politique, les relations entre la Russie et la Chine sont à la fois profondément asymétriques et mutuellement bénéfiques», écrivent Elina Ribakova, chercheuse au Peterson Institute for International Economics de Washington, et Lucas Risinger, analyste économique à la Kyiv School of Economics Institute, en Ukraine.
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Dans le commerce sino-russe, les rôles sont clairement définis. L'Empire du Milieu achète près de la moitié du pétrole russe exporté –à prix cassé– compensant en partie la disparition des importations européennes. En échange, Moscou se fournit en machines, véhicules et produits électroniques chinois. «Il s'agit d'un renversement complet et embarrassant de la relation par rapport aux années 2000, lorsque la Russie exportait des produits à plus forte valeur ajoutée vers la Chine», détaillent les chercheurs. Les échanges entre les deux pays ne cessent de s'intensifier et de se diversifier, allant jusqu'à prendre la forme de mécanismes de troc, comme le rapportait en septembre le Grand Continent.
Avec la guerre en Ukraine, le Kremlin a réorganisé son économie autour de l'effort de guerre: les dépenses militaires et l'augmentation des budgets de l'administration publique soutiennent artificiellement les revenus et amortissent le choc des sanctions occidentales. Mais la situation économique se crispe: l'inflation grignote le pouvoir d'achat, conduisant la population à réduire sa consommation, y compris énergétique. Dans le même temps, les exportations de pétrole ont fortement chuté, tandis que les prix plongent. Les revenus pétroliers et gaziers sont pourtant un moteur de l'économie du Kremlin, représentant un tiers des recettes.
En 2023, la Russie est devenue le premier fournisseur de pétrole brut de Pékin. Certes, Moscou est désormais un client majeur des produits manufacturés chinois, mais «les gains sont bien plus importants pour la Russie que pour la Chine», Pékin n'étant nullement dépendant du Kremlin, contrairement à ce qu'a été l'Europe pour le pétrole russe. «D'un point de vue économique, la Chine achète du pétrole et du gaz à des prix plus bas, elle investit beaucoup moins en Russie et ses produits sont souvent technologiquement inférieurs», analysent les chercheurs.
Cette asymétrie donne un pouvoir de négociation considérable à Pékin, dont il ne se prive pas lorsqu'il s'agit d'imposer des conditions avantageuses sur les achats d'hydrocarbures. Si la Russie n'est pas formellement devenue le vassal de l'Empire du Milieu, elle s'en rapproche dangereusement. Moscou apparaît dorénavant comme un «partenaire junior» dans des relations commerciales qui profitent largement à la deuxième puissance économique mondiale.





























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