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Comment la complexité des classes est-elle vécue par des enseignants albertains?

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Depuis le mois d’octobre et la grève de trois semaines qui a mobilisé 51 000 enseignants demandant de meilleures conditions de travail, la complexité des salles de classe est au cœur des discussions en Alberta. CBC/Radio-Canada a recueilli les témoignages de plus de 4000 enseignants lors d’un sondage réalisé au mois de janvier afin de mieux comprendre comment cette complexité des classes est perçue.

Après avoir forcé le retour au travail du personnel en grève, le gouvernement a promis qu’il embaucherait davantage d’enseignants et d’aides-élèves pour s’attaquer au problème, en plus d’allouer 143 millions $ pour financer des équipes d’intervention dans les classes.

Des statistiques publiées par le ministère de l’Éducation ont également révélé que 4486 classes en Alberta présentent des niveaux de complexité élevés.

Mais au-delà des chiffres, de nombreux enseignants dénoncent un problème qui n’est pas nouveau, et qui rend leur travail beaucoup plus difficile.

Des classes trop nombreuses

Le sondage de CBC/Radio-Canada met en lumière le fait que, pour plusieurs enseignants, la question de la taille des classes et de leur complexité est étroitement reliée.

Plus les classes sont chargées, plus les défis s’accumulent, surtout dans un contexte où plus d’un élève a des besoins spécifiques.

Stéfane Kreiner enseigne aux élèves de 11e et 12e année au Centre francophone d’éducation à distance d’Edmonton. Or, dans la dernière décennie, l’enseignant a aussi travaillé au sein de classes en présentiel et à différents niveaux.

Globalement, les élèves sont devenus plus complexes et ont plus de besoins qu’il y a dix ans, explique-t-il.

Pendant mes premières années d'enseignement, j'avais un ou deux plans d'appui individuel sur une classe de 20 élèves. [...] Maintenant, nos classes sont toutes au-delà de 25 à 30 élèves à l’école primaire, et le nombre de plans d’appui s’élève à 4 ou 5, si on est chanceux, ajoute-t-il.

Véronique Martel-Davies tire un constat similaire. L’assistante en éducation à l’École secondaire Voyageur, à Cold Lake, travaille depuis près de 15 ans dans le domaine.

Quand on donne un travail à faire, on le donne d’abord au premier élève, [au deuxième], puis jusqu’à se rendre au 26e élève. D’ici à ce que le 26e élève ait reçu sa copie, le premier a terminé. Ce qui fait que c’est toujours un roulement, et plus ils sont petits, plus on change d’activité rapidement, souligne-t-elle.

Des besoins complexes multiples

Le sondage réalisé illustre que la complexité des classes est un phénomène qui se décline de nombreuses façons. Dans chaque classe, les besoins et les ressources allouées diffèrent, mais pour beaucoup d’enseignants, les défis singuliers s’accumulent rapidement.

Une enseignante de Calgary rapporte notamment avoir un élève dans sa classe qui ne parle que peu, mais qui se met à hurler dès qu’il est contrarié par une chose aussi simple qu’avoir du mal à enfiler ses chaussures.

Au moins 80 répondants disent avoir des élèves qui s’enfuient régulièrement de l’école s’ils ne sont pas surveillés de près, et certains qui nécessitent un accompagnement constant pour se déplacer d’une classe à une autre.

D’autres participants au sondage déclarent aussi avoir subi des commotions cérébrales ou des blessures cervicales de la part d’élèves plus âgés qui perdent le contrôle de leurs émotions.

En conséquence, lorsque les enseignants et les aides-élèves sont retenus par des situations de crise ou des besoins spécifiques, les autres élèves accumulent un retard dans leurs apprentissages.

Le défi de la langue

Parmi les constats, l’un des éléments qui contribuent à la complexité des classes est celui de la langue et des difficultés qui se rattachent à son apprentissage.

Bernie Dowhan, qui enseigne à Calgary, explique que près de la moitié de sa classe apprend l’anglais comme langue seconde, ou a besoin d’un plan d’appui personnalisé.

Il utilise des outils tels que Google Traduction pour soutenir ses élèves, et essaie de trouver des lectures dans leur langue maternelle, mais les défis persistent.

Le plus gros problème, c'est que j’ai une trentaine d’autres élèves et qu'ils ont tous des niveaux différents. Alors, sur quoi me concentrer? Je ne veux pas non plus les voir prendre du retard et échouer.

L’enseignant, qui pratique son métier depuis plus de 20 ans, explique que la complexité des classes a toujours été là, mais que ce qui a changé, c’est le manque de ressources suffisantes pour prendre en charge ces besoins.

De son côté, Stéfane Kreiner estime que les mesures annoncées par le gouvernement, notamment de recruter environ 1500 enseignants d’ici la fin de l’année, arrivent trop tard et ne sont pas réalistes.

On a déjà des pénuries de suppléants en Alberta, explique-t-il. Si on promet 1500 enseignants, mais qu’on ne peut pas les trouver, j’ai peur que le gouvernement ne réduise les qualifications pour les enseignants.

Avec des informations d’Elise Stolte et de Félix Gagné

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