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Analyse
Cécile Boutelet
Berlin, correspondance
En prenant conscience que le sacro-saint libre-échange atteignait ses limites, l’industrie d’outre-Rhin, confrontée à une perte massive d’emplois, a joué un rôle décisif dans les derniers accords scellés entre Paris et Berlin pour protéger l’Europe face à la concurrence déloyale de Pékin.
Publié aujourd’hui à 10h00 Temps de Lecture 3 min.
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Les deux accords des 5 et 15 octobre 2026, qui consacrent la volonté commune de Paris et de Berlin de renforcer la protection économique de l’Union européenne (UE) face aux pratiques commerciales déloyales de la Chine, marquent une rupture dans l’histoire économique du continent.
Négocié pendant des mois entre les deux capitales, cet alignement est d’abord une réussite du dialogue franco-allemand. Il n’aurait cependant pu voir le jour sans un revirement majeur de l’Allemagne : la reconnaissance que le libre-échange, doctrine fondamentale de son économie depuis la fin de la seconde guerre mondiale, a atteint ses limites. Cette prise de conscience est venue de l’industrie elle-même, confrontée à un effondrement sans précédent de ses parts de marché à l’exportation dans l’automobile, la chimie et la construction mécanique, les trois spécialités reines du « made in Germany ».
C’est dans le secteur de la construction de machines-outils, où l’Allemagne a longtemps été à la pointe du marché mondial, que le revirement a été le plus spectaculaire. « Avec la Chine, nous avons eu pendant des années une relation très complémentaire. Nous savions que, tôt ou tard, une de nos machines serait copiée, mais l’idée dominante était que l’industrie allemande avait accumulé tant de savoir-faire que quelques copies ne suffiraient pas à la menacer », rappelle Oliver Richtberg, porte-parole sur les questions du commerce extérieur du VDMA, la fédération des constructeurs de machines-outils, un secteur composé d’entreprises de taille intermédiaire, les plus attachées à la libre concurrence.
L’illusion d’éternelle supériorité s’est dissipée brutalement en 2022. Quand les ingénieurs allemands reprennent leurs voyages en Chine après la pandémie de Covid-19, ils constatent le rattrapage éclair effectué par leurs concurrents. Non seulement les méthodes de développement et de production chinoises se sont optimisées, permettant des économies d’échelle jusqu’ici inimaginables, mais le régime de Pékin s’est mis à subventionner massivement ses industriels. Résultat : les groupes chinois parviennent à fabriquer des machines de haute technologie, d’une qualité équivalente aux allemandes, pour presque la moitié du prix, observe le VDMA.
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