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Comment Juraj Slafkovsky a aidé à transformer l’attaque à cinq du Canadien

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Le buteur le plus prolifique du Canadien en avantage numérique depuis près de 20 ans n’est pas en uniforme en ce moment, et il ne le sera peut-être plus de la saison.

On l’a vite oublié, mais les 15 buts inscrits par Patrik Laine en supériorité numérique la saison dernière avaient constitué la meilleure récolte depuis les 17 buts d’Alex Kovalev durant la saison 2007-2008.

Il ne manque toutefois qu’un seul but à Juraj Slafkovsky pour rejoindre Laine. Au rythme où il va, ce n’est qu’une question de temps avant qu’il n’y arrive.

Le Slovaque est présentement ex æquo au 5e rang des meilleurs buteurs de la LNH en avantage numérique. Son impact dans le centre de l’enclave fait toute la différence dans le succès de l’attaque à cinq du Canadien, qui est la troisième du circuit à l’heure actuelle.

Les attaques à cinq ne sont plus ce qu’elles étaient autrefois. Le gros tir sur réception de la pointe n’a plus la cote, et bien des équipes ont abandonné le joueur posté en permanence devant le filet adverse.

Martin St-Louis estime que l’importance du joueur au centre de l’enclave – qu’on appelle le bumper dans le jargon du hockey – s’est accrue il y a environ 10 ou 15 ans. On pourrait probablement lier cela à l’adoption graduelle des formations parapluie en supériorité numérique, ou formations 1-3-1.

L’ancien attaquant T.J. Oshie, à ses meilleures années avec les Capitals de Washington, est devenu la première référence en la matière.

Dans cette structure, les meilleurs bumpers agissent comme pivots. Ils peuvent aider à changer rapidement le jeu de côté et représentent surtout de véritables menaces pour marquer. Ils ne servent pas uniquement d’appâts.

Pendant des années, le Canadien a tenté de bâtir son attaque à cinq sans avoir à sa disposition un joueur ayant le flair nécessaire pour occuper efficacement cette position.

La réalité d’un joueur au centre de l’enclave, c’est d’être le joueur le plus étroitement surveillé par le quatuor défensif adverse. Travailler en espace restreint n’est pas l’apanage de tous.

C’est d’apprendre à vivre avec la pression, avec le sentiment d’être pris, a décrit Zachary Bolduc, qui fait le même travail que Slafkovsky sur la deuxième unité, et qui était le principal bumper des Blues de St-Louis la saison dernière.

Qu’on le veuille ou non, tu as toujours les quatre gars qui sont proches de toi et tu reçois de petits coups par-ci par-là. C’est d’apprendre à vivre avec ça. Et je pense que quand tu réussis à aller chercher ta zone de confort malgré cela, c’est là que tu deviens dangereux.

Une présence qui dérange

Un joueur taillé pour ce rôle sera capable en revanche d’utiliser sa position pour créer de la confusion dans la défense adverse.

Mike Matheson en sait quelque chose, lui qui joue abondamment en infériorité numérique et qui a déjà négocié avec des bumpers hors pair comme Brayden Point, Bo Horvat et Dylan Larkin.

Ça attire l'attention, explique Matheson. Il y a une sorte de zone grise où tout le monde doit en quelque sorte partager la couverture de ce joueur-là. Chacun a une couverture principale, et le "bumper" est en quelque sorte une couverture secondaire, donc il peut facilement se retrouver dans différentes situations où il y a deux, parfois même trois joueurs d’infériorité qui ne savent pas trop si c'est leur gars ou celui d’un autre.

Et là, soit il attire trop l'attention, soit pas suffisamment, et dans ce temps-là, il se retrouve à découvert.

C’est cet équilibre sur lequel Slafkovsky a travaillé cette année et qui a fait de lui l’option de tir numéro un de l’attaque à cinq du Canadien.

Je regarde beaucoup de vidéos, en me concentrant surtout sur ce que font les autres joueurs d'élite de la ligue, puis je regarde nos propres vidéos en avant-match pour identifier les espaces libres où je peux me démarquer, soit pour me créer une occasion, soit pour ouvrir un passage à un coéquipier, a précisé Slafkovsky. C'est en gros ce que j'ai essayé de comprendre et d'améliorer tout au long de l'année.

L’an dernier, Slafkovsky avait marqué cinq buts en supériorité numérique, la plupart à la gauche du filet adverse, à peu près à la hauteur de la ligne des buts.

Et l’année précédente, en 2023-2024, il en avait marqué six, provenant du devant du filet ou alors de tirs décochés du cercle gauche.

Mais jamais ne s’était-il trouvé d’utilité aussi définie que cette année, alors que la majorité de ses 14 buts proviennent du centre de l’enclave.

Trois joueurs de hockey se font l'accolade.

Ivan Demidov et Juraj Slafkovsky profitent chacun du fait qu'un des deux risque d'être à découvert en supériorité numérique.

Photo : Getty Images / Chris Tanouye/Freestyle Photo

Alimenté par Caufield et Suzuki

Selon Martin St-Louis, un bon joueur du centre de l’enclave doit être capable de bien lire le jeu et d’anticiper, en plus de posséder un bon tir. Mais avec son imposante stature, Slafkovsky bénéficie également d’une longue portée. Étant donné qu’il se place constamment au cœur de l’espace où travaille l’avantage numérique (généralement à droite du but), sa longue portée lui permet de récupérer des rondelles et de garder l’attaque en vie.

Slafkovsky dégaine en étant alimenté surtout depuis le bas de la zone, le plus souvent par Cole Caufield ou Nick Suzuki.

Même s’ils sont eux-mêmes des menaces pour tirer, les droitiers Caufield et Suzuki fabriquent des jeux à partir du côté droit qui sont souvent destinés aux gauchers Slafkovsky et Demidov.

Ivan Demidov a peut-être moins de touches de rondelle que les autres sur cette première unité, et c’est peut-être davantage lui qui sert d’appât que Slafkovsky présentement, mais ce dernier convient que la présence de la recrue russe a un rôle à jouer dans ses succès.

Oui, à 100 %, a déclaré Slafkovsky. J'ai l'impression que les équipes doivent aussi se concentrer sur lui, il est là et il représente une menace dès qu'il a la rondelle. Donc, quand il a le disque, ça laisse une couple d’options : s'ils décident de se concentrer sur Demi, je devrais être ouvert, et si au contraire, ils viennent davantage sur moi, c'est lui qui devrait être démarqué. J'ai l'impression que ça nous profite à tous les deux.

Le Canadien a exploré différents schémas offensifs au fil de la saison. On se souvient de matchs, plus tôt dans le calendrier, où le visage de l’attaque changeait dramatiquement à l’intérieur d’un même match. L’équipe semble s’être entendue sur un canevas de préférence. Depuis le retour de la pause olympique, c’est-à-dire lors des 13 derniers matchs, l’avantage numérique fonctionne à hauteur de 29,7 %, ce qui constitue le deuxième rendement de la LNH durant cette période.

N’importe quel avantage numérique a besoin que les cinq gars soient sur la même longueur d’onde, a rappelé St-Louis. Tu as cinq cerveaux, mais ça travaille quasiment comme un seul cerveau.

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