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Plus de 110 pompiers ont uni leurs forces au plus fort de l'incendie qui a ravagé l'ancien couvent de Trois-Pistoles la semaine dernière. Mais ils sont plus de 150, si l'on compte ceux qui ont levé la main pour les soutenir dans les jours suivants. Des chefs pompiers nous révèlent quelques-unes des stratégies employées pour lutter contre des incendies majeurs.
Lorsque des incendies majeurs se déclenchent, les pompiers font appel à l'entraide de leurs collègues venus d'autres municipalités.
Le directeur du Service des incendies et de la sécurité civile à la Ville de Trois-Pistoles, Raphaël Bastille, explique qu'en plus de ceux qui leur ont prêté main-forte la nuit de l'incendie, d'autres sont venus les aider à nettoyer leur équipement.

Le directeur du Service des incendies et de la sécurité civile à la Ville de Trois-Pistoles, Raphaël Bastille, salue tous ceux qui ont prêté main-forte aux pompiers pistolois.
Photo : Radio-Canada / Pier-Olivier Busque
Le directeur du Service incendie de Dégelis et président de l’Association des pompiers de l’Est-du-Québec, Claude Gravel, affirme que la caserne de Dégelis est trop éloignée de Trois-Pistoles pour avoir été appelée dans la nuit du 25 au 26 octobre. Il soutient, par contre, ne pas avoir hésité un instant à offrir de l'aide à ses collègues pistolois.
Quatre pompiers de Dégelis ont donc participé au nettoyage et à l'extinction de points chauds restants lundi.
Quand prendre la décision d'appeler du renfort?
Raphaël Bastille explique que le système d'entraide entre pompiers est bien rodé. Des plans de déploiement sont déjà prévus dans les schémas de couverture de risques d'incendie des villes et des MRC.
Les pompiers savent donc qui appeler en renfort en premier lors d'incendies majeurs.
Rapidement, dans les premières minutes, on savait qu'à la grosseur du bâtiment, ça allait nous prendre beaucoup plus de ressources.
Raphaël Bastille explique que les pompiers de Saint-Mathieu-de-Rioux et de Saint-Simon-de-Rimouski ont tout de suite été appelés en renfort.

Des pompiers de nombreuses municipalités se sont rassemblés pour soutenir leurs collègues de Trois-Pistoles et protéger les bâtiments qui entourent l'ancien couvent.
Photo : Radio-Canada / Patrick Voyer
La cinquième alarme a été déclenchée après une vingtaine de minutes, devant l'ampleur de la tâche à accomplir. Cela signifie que l'ensemble des casernes partenaires appellent leurs pompiers au front.
Il s'agit du plus haut niveau d'appel à l'entraide. Mais même en atteignant ce plateau, le chef pompier de Trois-Pistoles entrevoyait des besoins d'aide encore plus grands.
Pour le Service incendie de Trois-Pistoles, c'est le plus gros incendie auquel on a été confrontés.
Dans des cas semblables, des appels à la pièce sont lancés sur les ondes 911 aux casernes de Rimouski et de Rivière-du-Loup. Elles ont d'ailleurs rapidement répondu pour prêter main-forte à l'ancien couvent.

Des pompiers sont aussi venus aider ceux de Trois-Pistoles à nettoyer et à entretenir les équipements après la nuit de dimanche à lundi.
Photo : Radio-Canada / Pier-Olivier Busque
Les pompiers de Trois-Pistoles ont rapidement identifié le besoin d'avoir accès à plus d'un camion-échelle, entre autres pour protéger les bâtiments qui ceinturent l'ancien couvent, ce qu'ont pu leur fournir Rimouski et Rivière-du-Loup.
Comment continuer la veille sur l'ensemble du territoire?
Le chef aux opérations et à la prévention incendie à la Ville de Rivière-du-Loup, Jonathan Daraîche, explique que les ressources sont redéployées sur le reste du territoire pour ne laisser aucun secteur à découvert.
On va faire appel aux municipalités les plus près. Alors, eux autres vont venir ici, à la caserne, avec un véhicule, puis ils vont assurer la sécurité si un autre appel rentre.

Le chef aux opérations et à la prévention incendie à la Ville de Rivière-du-Loup, Jonathan Daraîche, n'a pas hésité à prêter main-forte à ses collègues de Trois-Pistoles.
Photo : Radio-Canada / Pier-Olivier Busque
Raphaël Bastille ajoute qu'un camion de la Ville de Rimouski a notamment assuré une veille dans les alentours de Trois-Pistoles dans la nuit de dimanche à lundi, et est intervenu pour une alarme incendie déclenchée ailleurs sur le territoire.
Comment choisir la bonne stratégie pour affronter l'incendie?
Claude Gravel indique qu'avant toute autre étape, lorsque les pompiers arrivent sur les lieux d'un incendie, une première vérification est toujours réalisée pour s'assurer que personne ne se trouve sur place, même si le bâtiment est vacant.
C'est certain qu'il faut faire une vérification complète, s'assurer qu'il n'y a personne, puis après ça, on prend la stratégie qu'il faut, poursuit-il.

Les pompiers réalisent des études des bâtiments en amont pour mieux savoir comment affronter un incendie qui s'y déclarerait.
Photo : Radio-Canada / François Gagnon
M. Gravel explique que la stratégie à préconiser dépend ensuite du type de bâtiment enflammé.
Par exemple, à Trois-Pistoles, c'est un ancien bâtiment, ce sont des poutres de bois, ça prend beaucoup plus de temps à s'effondrer qu'un bâtiment à structure d'acier, décrit-il.
Claude Gravel soutient qu'une poutre d'acier peut finir par plier à une certaine température, alors qu'une poutre de bois garde ses capacités de soutènement plus longtemps.
Une poutre de bois, normalement, va perdre de sa capacité environ un pouce à l'heure. Ça fait que pour 5 à 14 pouces, on peut parler d'environ 8 à 10 heures avant qu'elle s'effondre, explique le pompier.
Raphaël Bastille ajoute que les pierres de bonne dimension qui composaient le parement extérieur ont fini par poser un risque pour les pompiers. Les poutres de métal de la partie la plus récente du bâtiment ont commencé à se tordre sous l'effet de la chaleur et à pousser contre les murs et leurs pierres qui menaçaient de s'effondrer.

Des ambulanciers paramédicaux ont eux aussi soutenu les pompiers pendant leur intervention.
Photo : Radio-Canada / Patrick Voyer
Heureusement, les pompiers détenaient déjà des renseignements sur la structure du couvent. Ce bâtiment-là avait été analysé par les pompiers, poursuit le chef pompier de Trois-Pistoles.
Des études sont réalisées en amont, ce qui les aide à se préparer.
Fait que si on est sur la rue Lafontaine ici, bien ces bâtiments-là ont été construits dans les années 1960, peut-être 1940, cite en exemple le chef aux opérations et à la prévention incendie à la Ville de Rivière-du-Loup.
Comment prendre la décision de passer du mode offensif au mode défensif?
On analyse beaucoup la situation : comment, à l'intérieur, l'incendie se développe. C'est quoi les conditions de fumée? Est-ce que nos intervenants sont en sécurité dans le bâtiment?, décrit le chef pompier de Trois-Pistoles.
En somme, les pompiers font le choix de passer de l'attaque à la défense lorsqu'ils ne sont plus en mesure d'assurer leur sécurité.
Notre mission première, c'est de sauver les vies.
Raphaël Bastille ajoute que la décision de passer en mode défensif a été prise après un peu plus de deux heures de combat.

Les pompiers passent en mode défensif lorsque le combat devient trop dangereux.
Photo : Radio-Canada / Pier-Olivier Busque
C'est une perte totale. On essaye de sauver tout ce qu'il y a aux alentours. Le plus gros enjeu qu'il y avait, c'était la température, le vent. Ça joue contre nous autres, c'est effrayant, parce que ça va transporter les tisons beaucoup plus loin, ajoute Claude Gravel.
Quand on entre en défensif, on va protéger tout ce qu'il y a autour.
Raphaël Bastille soutient que les équipes de pompiers des différentes casernes ont été dispersées pour protéger l'école, l'église et les bâtiments qui se trouvaient à l'est du couvent où le vent poussait les tisons.

Des policiers, des chauffeurs de camion-citerne, l'équipe des travaux publics de Trois-Pistoles et des épiciers font aussi partie de ceux qui ont soutenu les pompiers. Des paysagistes ont aussi prêté leur pelle mécanique.
Photo : Radio-Canada / Pier-Olivier Busque
Des policiers de la Sûreté du Québec ont aussi aidé à l'évacuation et à éteindre des débuts d'incendie dans ce quartier.
Le directeur du Service des incendies et de la sécurité civile à la Ville de Trois-Pistoles déplore la perte d'un bâtiment patrimonial cher à la communauté, mais estime que l'intervention des pompiers a permis d'éviter le pire et se réjouit que personne n'ait été blessé.
Son collègue de Rivière-du-Loup abonde dans le même sens.
Tant qu'il n'y a pas de blessés à l'intérieur, bien, notre intervention, au final, est réussie à ce niveau-là.
De la reconnaissance à la tonne
Raphaël Bastille tient à remercier tous ceux qui leur sont venus en aide. Plus de 200 personnes ont levé la main pour fournir nourriture, diesel, eau et soutien technique aux pompiers.

L'intervention initiale des pompiers a duré environ 22 heures et le soutien des autres casernes a fait toute la différence, estime le directeur du Service des incendies et de la sécurité civile à la Ville de Trois-Pistoles.
Photo : Radio-Canada / Patrick Voyer
Il se dit prêt à rendre la pareille à ses collègues des autres casernes.
Si un jour, ils ont besoin d'aide, on va répondre présent parce qu'ils ont été là pour nous.
Ses collègues de Dégelis et de Rivière-du-Loup saluent son travail et partagent le même sentiment.
Ça m'a fait plaisir [d'offrir de l'aide] puis je suis certain que les autres me l'offriraient en retour. [...] C'est ça, l'entraide. Une famille, c'est là pour se tenir, conclut Claude Gravel de Dégelis.


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