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Comment Claude Morin a introduit l’étapisme au PQ

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Claude Morin nous a quittés le 5 mai. On salue à juste titre son importante contribution à la Révolution tranquille comme haut fonctionnaire de l’État québécois, et on rappelle aussi son étrange collaboration avec la Gendarmerie royale du Canada. Pour ma part, j’expliquerai ici comment il a réussi à introduire l’étapisme dans le programme du Parti québécois (PQ), malgré l’opposition de la majorité des militants du parti à l’époque.

Une chose à la fois ?

J’étais membre de l’exécutif national du PQ et membre du comité de préparation de la campagne électorale de 1973 lorsque, lors d’une réunion de l’exécutif national, on nous a présenté un instrument publicitaire. Celui-ci n’avait pas été discuté au comité de la campagne, et on y sentait bien l’influence de Claude Morin. Il s’agissait d’un instrument publicitaire à distribuer la veille du vote électoral qui se lisait comme suit : « Aujourd’hui, je vote pour la seule équipe prête à former un vrai gouvernement. En 1975, par référendum, je déciderai de l’avenir du Québec. Une chose à la fois. » L’intention était claire. Il s’agissait, pour une première fois dans la jeune histoire du Parti québécois, de dissocier dans l’esprit de l’électeur un vote pour le PQ d’un appui à la souveraineté, qui était pourtant son objectif fondamental.

Ce changement radical allait par la suite s’imposer et marquer l’histoire du parti sous le vocable « d’étapisme ». Claude Morin prétendait que la démarche référendaire qu’il proposait était plus démocratique qu’une élection sur la souveraineté parce qu’elle posait une seule question au moment du référendum. Une fois au gouvernement, le PQ pourrait plus vite réaliser les réformes de son programme et disposerait de moyens considérables pour promouvoir son option indépendantiste jusqu’à la tenue du référendum.

Appuyé par d’autres membres de l’exécutif national, je combattais ces arguments. En attendant un futur référendum, les moyens du parti seraient mobilisés par le gouvernement de la province plutôt que par la nécessité de construire une majorité indépendantiste. En mettant son programme en œuvre plus rapidement, le parti accréditerait l’idée que l’indépendance n’était pas vraiment nécessaire. Je soutenais qu’il était préférable de retarder la prise du pouvoir et être élu avec l’appui nécessaire pour réussir l’indépendance.

Trois positions au congrès de 1974

Le débat a débuté sur la place publique. Trois positions s’affirmaient : certains appuyaient la thèse de Claude Morin, d’autres, comme Parizeau, refusaient d’inscrire toute idée de référendum dans le programme autre que pour adopter la constitution du Québec indépendant, d’autres enfin proposaient l’éventuel recours à un référendum uniquement comme moyen de pression à l’égard d’Ottawa. Comme l’a souligné Morin dans ses mémoires, « cette dernière approche — référendum si nécessaire, mais pas nécessairement un référendum obligatoire — ne me convenait pas ». C’est pourtant l’approche qui allait être adoptée lors du cinquième congrès national, à l’automne de 1974.

Dans le but de mettre fin au débat, René Lévesque convoque une réunion à huis clos des six députés de l’aile parlementaire et des membres du conseil exécutif national les 28 et 29 septembre 1974 dans un hôtel de Sainte-Anne-de-Sorel. Lors de son exposé d’ouverture, nous comprenons qu’il penche fortement du côté de l’approche dite « étapiste ».

Assumant mon rôle de conseiller au programme, je défends le programme du parti où le référendum est utilisé à la fin du processus pour adopter la constitution du Québec indépendant. Le lendemain matin, à la rencontre de l’exécutif national, j’y présente une proposition qui maintient le programme du parti en ajoutant que le référendum pourra aussi être utilisé comme moyen de pression populaire en cas de blocage avec Ottawa.

La proposition sera appuyée et soumise au congrès au nom du Conseil exécutif national où elle sera adoptée par un vote des deux tiers, formulée ainsi : « Suite à son élection, un gouvernement du Parti québécois s’engage à mettre immédiatement en branle le processus d’accession à la souveraineté par une loi de l’Assemblée nationale ; dans le cas où il lui faudrait procéder unilatéralement, il assumera méthodiquement l’exercice de tous les pouvoirs d’un État souverain, en s’assurant au préalable de l’appui des Québécois par voie de référendum. »

Le référendum devient obligatoire

Mais cette position du Congrès de 1974 ne convenait pas à Claude Morin, de sorte que, par la suite, avec l’appui de René Lévesque, il allait répéter régulièrement qu’une élection gagnante ne permettrait pas d’enclencher la démarche vers l’indépendance sans la tenue d’un référendum. D’un moyen de pression pour conclure l’accession à la souveraineté, le référendum en devenait le point de départ.

Depuis 50 ans, c’est là la position du Parti québécois et, le 5 octobre 2026, les électeurs pourront à nouveau voter pour le Parti québécois sans appuyer son option.

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