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Autour de ressources en itinérance dans le quartier d’Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, des problèmes de cohabitation sont bien présents. Pour tenter d’y répondre, l’organisme le CAP St-Barnabé, qui y gère trois hébergements d’urgence, a désormais une médiatrice sociale. Le Devoir a suivi Véronique Martin pendant une journée de travail.
Par une matinée grise et froide de mai, Véronique Martin sillonne les rues du quartier avec, accrochée à son sac à dos, une pince de cuisine servant à ramasser les seringues abandonnées au sol.
Âgée de 24 ans, elle occupe depuis l’hiver dernier ce poste de médiatrice sociale — d’abord financé par une subvention de la Ville de Montréal — que le CAP St-Barnabé a choisi de pérenniser en raison des besoins bien réels.
Au quotidien, son travail consiste autant à répondre aux plaintes de citoyens et de commerçants reçues par téléphone ou courriel — dont le nombre varie selon les semaines — qu’à aller à la rencontre du voisinage. Avec l’arrivée des beaux jours, elle multiplie notamment les visites dans les entreprises du secteur.
Ce jour-là, elle met le cap sur le Dairy Queen, qui se trouve près du refuge aménagé dans une ancienne église de l'avenue Bennett pour accueillir jusqu’à 60 personnes. La gérante de la crèmerie, Natacha Boucher, raconte composer parfois avec des situations difficiles. « On comprend qu’il y a des gens [sous l’emprise de stupéfiants], mais pour les familles, ce n’est pas toujours évident », relate-t-elle, tout en disant se montrer conciliante.
Désormais, Mme Boucher peut toutefois appeler Véronique Martin directement en cas de problème.
Au fil de la discussion, la médiatrice sociale l’informe également de la possibilité pour elle et ses employés de suivre une formation sur l’administration de naloxone, afin de savoir comment réagir en cas de surdose dans le secteur. « C’est une super bonne idée », répond la gérante, en lui adressant un sourire.
Un poste « qui aurait dû exister avant »
À Montréal, quelques organismes ont des médiateurs sociaux, chacun adaptant son mandat aux réalités du milieu où ils œuvrent. Aux yeux de Véronique Martin, ce poste joue un rôle clé pour désamorcer les tensions entre les ressources d’hébergement et leur voisinage.
Elle évoque entre autres l’ancien aréna sur la rue Hochelaga, où est installé un site d’hébergement du CAP St-Barnabé comptant près de 175 places.
« On était censés être là temporairement. Ça fait près de [six ans], et on ne bouge pas. C’est sûr que les gens, ça les énerve. La médiation est quelque chose qui aurait dû exister avant [à l’organisme], mais on manquait d’argent », souligne l’intervenante aux yeux clairs.
Autour du refuge aménagé dans l’ancien aréna de la rue Hochelaga, certaines inquiétudes proviennent notamment de parents, puisque le CPE Le Jardin charmant se trouve à proximité, indique Véronique Martin.
« Mais maintenant que j’ai un contact direct avec [le CPE], ils m’écrivent s’il y a un problème. On leur a proposé de payer une partie de l’installation de caméras de sécurité, afin d’être capable de reconnaître les usagers [advenant un problème] », dit-elle.
Les incidents sont cependant demeurés rares au cours des dernières années, affirme la directrice générale du Jardin charmant, Brigitte Mériel-Bussy, que croise justement Véronique Martin dans sa tournée ce matin-là.
L’entrée du refuge n’est pas sur la même rue que celle du CPE, note Mme Mériel-Bussy. « Ça joue énormément. Si on était directement voisins, peut-être que la circulation serait plus compliquée. »
Ne pas maintenir le statu quo
En plus de ses tournées, Véronique Martin prépare des formations sur l’itinérance et le vivre-ensemble destinées aux citoyens et aux commerçants.
Son prochain défi : réussir à joindre davantage les résidents. Pour elle, l’important est d’arriver à faire participer la communauté à ses projets. « Je ne veux pas que mon poste serve à trouver des excuses pour maintenir le statu quo. »
En entrevue, Maxime Langlois, membre du comité citoyen Cohabitation Hochelaga, affirme que la médiatrice sociale agit de bonne foi, et qu’il reconnaît ses efforts de dialogue.
Le comité soutient toutefois que la cohabitation demeure difficile pour plusieurs résidents du quartier, notamment en raison de la consommation de drogues observée dans l’espace public.
Il réclame donc une meilleure répartition des ressources en itinérance à travers l’arrondissement, mais aussi dans le reste de la métropole. « Le but n’est pas de fermer la porte à l’aide aux itinérants et qu’il n’y ait pas de filet social, mais juste d’avoir un meilleur équilibre », explique M. Langlois.
Michelle Patenaude, directrice générale du CAP St-Barnabé, reconnaît que les installations sont concentrées dans le même secteur. L’organisme a déjà tenté d’en relocaliser une, dit-elle, mais le projet a notamment achoppé en raison d’une forte hausse de loyer et d’importants coûts d’aménagement. « Ce n’est vraiment pas un manque de volonté de notre part. »
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