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Coexister sous les projecteurs : les artistes dans l’objectif des médias

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À l’ère des réseaux sociaux, les artistes de la scène doivent composer avec l’omniprésence de leur image sur la place publique. C’est particulièrement vrai pendant la saison des festivals, alors que n’importe quel spectateur peut les photographier et diffuser ces images sans leur autorisation.

C’est malgré tout avec les photographes de presse que ces mêmes artistes entretiennent, de leur propre aveu, la relation la plus complexe.

C'est affreux de voir à quel point l'image est devenue le point central. On oublie que ce n’est pas ça qu'on fait, nous, dans la vie. On chante! On a un micro dans les mains, puis on chante. [...] Mais l'image est récupérée et jugée, et scrutée à la loupe, déplore la chanteuse Marie Carmen. J'aimerais énormément qu'on ait un contrôle... surtout les femmes!, lance-t-elle.

Un constat partagé par Marie-Denise Pelletier, qui souligne les attentes différentes imposées aux femmes au fil des ans.

C'est toujours clair qu'une femme qui vieillit doit plus faire attention à elle qu'un homme qui vieillit avec ses tempes grises, qui a juste besoin d'un beau t-shirt et c'est correct. C'est clair qu'il y a cette exigence-là encore aujourd'hui, dit-elle.

Trois femmes sur une scène.

Marie-Denise Pelletier, Marie Carmen et Joe Bocan dans le cadre de leur spectacle «Pour une autre histoire d'un soir».

Photo : Courtoise Martin Leclerc

Une pression esthétique qui peut devenir épuisante pour les artistes féminines, comme le souligne Marie Carmen.

Ça nous pompe l'air, ça nous demande d'investir du temps, de l'énergie, de l'argent, qu'on pourrait mettre ailleurs, exprime-t-elle.

Cette omniprésence du regard extérieur pousse les artistes et producteurs de spectacles à la prudence afin d’éviter tout dérapage visuel.

Les producteurs imposent alors aux médias des limites lors de la prise d'images : des contraintes de temps, des exigences techniques, ou encore des contraintes d'éloignement. Les médias sont parfois dans l'obligation de prendre des photos à partir de la régie plutôt que du devant de la scène.

Malgré tout, certaines photos considérées comme peu flatteuses sont déplorées par les artistes. Particulièrement sensible à l’image qu’elle projette, Marie Carmen avoue que la diffusion de certaines photos dans les médias l'attriste.

Il y a deux photos qui circulent de moi qui me font pleurer quand je les vois. J'ai déjà demandé :: "Pouvez-vous, s'il vous plaît, ne plus jamais utiliser cette photo-là? Et cette autre photo?" Et elles reviennent tout le temps, tout le temps , raconte Marie Carmen, qui souhaiterait avoir le contrôle total de son image.

Un femme sur scène chante dans un micro.

Marie-Denise Pelletier

Photo : Courtoisie Martin Leclerc

Même si la qualité de son image est primordiale, Marie-Denise Pelletier insiste sur le fait que cela passe par une bonne gestion de la lumière et du maquillage plutôt que par des altérations numériques excessives. Elle fait généralement confiance aux journalistes.

Cependant, il lui est arrivé de demander le retrait d’une photo à Radio-Canada. C'est arrivé, un moment donné, en ligne, que la photo était vraiment épouvantable, et j'avais demandé à mon producteur d'essayer de la faire enlever. Puis, ils l'avaient enlevée, dit-elle, soulignant que c’était un cas d’exception.

Une question de contrôle

Les consignes imposées aux médias en spectacle servent d'abord à préserver l'expérience du public et le mystère du concert. Toutefois, elles répondent aussi à une maîtrise de l'image publique de l'artiste.

Pour le producteur Martin Leclerc, chaque détail visuel compte lorsque les projecteurs et les objectifs sont braqués sur la scène.

Pour les soirs de premières, sachant que les photographes seront présents, la production s'assure d'engager un maquilleur et un coiffeur professionnels afin de garantir une image soignée, supérieure au maquillage standard de tournée, confie-t-il.

Trois femmes et deux hommes sur une scène.

Marie Carmen, Marie-Denise Pelletier, Martin Leclerc et Michel Poirier

Photo : Courtoise Martin Leclerc

Si la relation entre le producteur et les médias est bonne, il se demande néanmoins pourquoi certains lendemains de premières, la photo qui vient en appui à une critique est mauvaise. Ça arrive souvent, dit-il.

On dirait qu'ils prennent la plus mauvaise photo de l'artiste qu’ils ont pu prendre dans la soirée. Soit l'artiste grimace ou l'artiste n'est pas à son avantage. Un mauvais profil ou encore un mauvais éclairage. Très souvent, on se demande : "C'est la plus belle photo qu’il a pu prendre dans la soirée?", poursuit-il.

Connexion et instants volés

Bien que les artistes exercent un contrôle sur leurs comptes officiels sur les réseaux sociaux, ils ne peuvent exercer un contrôle total sur ce qui est diffusé sur Internet. Même dans les salles de spectacles où l'on interdit le téléphone cellulaire, il arrive que des spectateurs enfreignent les règles pour prendre des photos et vidéos.

C'est sûr que moi, les cellulaires dans les spectacles, puis enregistrer des chansons live, j'aime pas ça. Je trouve que c'est des instants volés. C'est des instants d'intimité qui sont volés et récupérés ailleurs, puis distribués, puis sur lesquels on n'a plus plus du tout de contrôle.

Bien que Marie-Denise Pelletier ait déjà tenté de contrôler la prise de photos, elle admet avoir abandonné cette idée, reconnaissant qu'il est impossible d'empêcher les gens de filmer ou de photographier dans les festivals.

Il y a beaucoup de gens qui prennent souvent des photos pendant les spectacles, ils vont me les envoyer et c'est de belles surprises. Il y a vraiment souvent de très belles photos là-dedans, admet-elle.

Le traitement de l’image

L' image reste un enjeu central pour ces artistes de la scène ayant franchi le cap de la soixantaine. Ma préoccupation, je dirais qu'elle est la même, mais peut-être un petit peu plus parce que maintenant, j'ai pas le visage de mes 20 ans, explique Marie-Denise Pelletier.

Elle avoue envier cette tendance observée chez certaines jeunes chanteuses, qui montent sur scène au naturel et sans maquillage. Je les envie un peu. Je dirais que j'aurais aimé ça être de cette école-là, mais non, malheureusement, c'est ça. J'ai quand même une certaine exigence par rapport aux photos et à mon image, laisse-t-elle tomber.

La chanteuse Marie Carmen ne s'en cache pas : l'objectif lui pose un vrai problème. Moi, c'est depuis l'avènement de la haute définition que je suis allergique aux Kodaks, soutient-elle.

Moi, j'ai pas besoin d'être hautement définie. Je le suis assez comme ça! Alors qu'une photo vienne scruter des détails que je ne savais même pas qu'ils existaient, j'ai pas besoin de voir ça, dit-elle en souriant. Ça ne fait qu'attirer des commentaires désobligeants, puis pas gentils, constate-t-elle.

Une femme chante dans un micro sur scène.

Marie Carmen

Photo : Courtoisie Martin Leclerc

Elle déplore également la présence des médias lors des répétitions, estimant que le spectacle n'est pas encore abouti. Quand l'objectif, c'est d'être vendeur, ça l'est pas, je trouve. Des caméras qui se pointent en répétition dans un local où le son est tout étouffé. S'il s'agit d'un spectacle regroupant plusieurs artistes, elle va préférer s’éclipser.

Il y a aussi l’arrivée des caméras dans les studios de radio. Quand je vous dis que l'image est devenue omniprésente! Moi, [je préférais] la belle époque où l'on allait faire des entrevues à la radio, puis [qu'on entendait] la magie de la voix, juste la voix, c'était assez formidable! Moi, j'ai moins de fun à faire des entrevues radio maintenant parce que c'est filmé tout le temps, il y a des Kodaks bord en bord, dit-elle.

Si l'œil des médias et du public représente souvent une source de pression, la photo de presse conserve néanmoins son importance. Je considère que c'est un art que d'être photographe de spectacles. D'aller capturer un instant, une émotion, c'est un art. Puis il y en a qui l'ont, soutient Marie Carmen.

La tournée Pour une autre histoire d'un soir avec Joe Bocan, Marie Carmen et Marie-Denise Pelletier reprend la route cet automne avec des arrêts au Cabaret du Casino de Montréal et à Salle Albert-Rousseau à Québec.

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