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« Libération » révèle que 71 spécialistes du droit ont déposé un recours devant le Conseil d’État pour lui demander de réagir. Une première requête portée en mars avait été rejetée.

JEAN-MARC BARRERE / Hans Lucas via AFP
Des universitaires tentent à nouveau de faire sanctionner le manque de pluralisme des médias Bolloré (photo d’illustration).
La deuxième fois sera-t-elle la bonne ? Un recours a été déposé le lundi 31 août par 71 universitaires devant le Conseil d’État pour lui demander d’agir face au manque de pluralisme sur CNews et Europe 1 à l’approche de la présidentielle, rapporte Libération. En mars, ils étaient 57 à avoir porté une première requête qui avait été rejetée pour des questions de forme, l’institution considérant qu’une procédure d’urgence n’était pas justifiée.
71 maîtres de conférences et professeurs spécialistes du droit retentent leur chance avec ce recours au fond, assorti d’un référé-suspension et qui s’inscrit dans le cadre de la précampagne présidentielle. Ils plaident pour un retrait des autorisations de CNews et d’Europe 1 d’émettre sur les fréquences publiques et demandent que l’Arcom mette fin « à la violation flagrante et grave de la loi du 30 septembre 1986 ».
Celle-ci fixe des « exigences de pluralisme », d’« honnêteté de l’information, exempte de toute influence étrangère », mais aussi d’« interdiction des discours de haine ». Autant de règles que les universitaires à l’origine du recours jugent bafouées par les deux médias du milliardaire réactionnaire Vincent Bolloré.
Des médias qui « militent pour un courant clairement identifié »
CNews a en effet été épinglée à plusieurs reprises pour des manques de respect de l’égalité des temps de parole, notamment par Reporters sans frontières (RSF) qui avait repéré que la chaîne favorisait les interlocuteurs d’extrême droite en journée et cantonnait souvent ceux de gauche aux tranches nocturnes, très peu regardées. Un constat contredit par l’Arcom, mais confirmé à l’époque par Libération.
Interrogés par le quotidien, les professeurs de droit Camille Broyelle (université Paris-Panthéon-Assas) et Pierre-Olivier Rigaudeau (université polytechnique des Hauts-de-France) jugent que l’Arcom « a laissé depuis dix ans CNews, puis Europe 1, s’affranchir ouvertement de la loi ». Soulignant que les « sanctions financières n’ont pas d’effet », la spécialiste avance que seul un retrait des fréquences pourrait peser.
« Ces deux chaînes militent pour un courant d’opinion clairement identifié », cinglent les juristes selon qui « tous les courants de pensée ne disposent pas des mêmes chances », et ce « à quelques mois » seulement du scrutin présidentiel. « À cause de ce déséquilibre les candidats ne sont pas placés sur la même ligne de départ pour la course présidentielle », s’inquiètent-ils.
Le recours a été salué par la députée écologiste Sophie Taillé-Polian, qui s’est plusieurs fois positionnée contre l’empire médiatique de Vincent Bolloré. « Ces universitaires ont raison : CNews devrait disparaître de la TNT », a-t-elle réagi sur son compte X. « Objectif : l’interdiction de ces médias », a abondé, lui aussi sur X, le collectif Sleeping Giants, qui mène régulièrement des campagnes contre la « bollosphère ». Contactée par Libération, l’Arcom n’a pas répondu à leur sollicitation à ce stade.


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