NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Ils ont regardé le monde à travers leur objectif. Au fil de cette série d’été, Le Devoir part à la rencontre de grands photographes québécois dont l’œuvre a façonné notre mémoire des êtres, des lieux et du temps. Aujourd’hui, Claire Beaugrand-Champagne, une vie à écouter avant de photographier.
<?xml encoding="utf-8" ?><?xml encoding="utf-8" ?>Par où commencer pour parler de Claire Beaugrand-Champagne ? « Par mes photos ! Moi, j’aime toujours mieux qu’il y ait plus de photos que de textes quand il est question de moi… Ce sont mes photos qui parlent. »
Pionnière de la photographie documentaire au Québec, Claire Beaugrand-Champagne s’impose à une époque où sont mis à distance les sujets pittoresques et les préoccupations strictement esthétisantes. Elle choisit de tourner son objectif vers les gens ordinaires, les milieux populaires, les réalités sociales en pleine transformation.
« Mes photos racontent les rencontres que j’ai faites au cours de ma vie. Les gens que j’ai rencontrés ne sont pas nécessairement célèbres. Ce sont des gens ordinaires. Mais tous m’ont raconté leur histoire, souvent surprenante, extraordinaire. Ma photographie a un peu contribué à réhabiliter les gens ordinaires par rapport aux vedettes. » Elle en est fière.
Cette approche se manifeste dès 1972 avec sa participation au projet collectif Disraeli, lequel demeure l’un des jalons de la photographie documentaire québécoise. À rebours du reportage traditionnel, les photographes de Disraeli privilégient une connaissance intime du territoire et de ses habitants. Leur démarche s’inspire des grands courants de la photographie documentaire nord-américaine. En 2017, Postes Canada choisit sa photographie « Ti-Noir Lajeunesse, le violoneux aveugle », réalisée à Disraeli en 1972, pour illustrer l’un des timbres d’une série commémorative consacrée aux grands photographes canadiens.
Avec d’autres photographes de sa génération, Claire Beaugrand-Champagne développe une pratique fondée sur une immersion auprès des gens, privilégiant la durée, l’écoute et la confiance plutôt que le reportage spectaculaire réalisé à toute vitesse. « On voulait rendre la photographie aux gens. La montrer non pas au musée, mais dans les lieux mêmes où elle était réalisée. On avait même organisé une exposition dans une taverne ! »
Dans l’œil de Claire Beaugrand-Champagne, l’appareil devient un outil d’enquête, d’observation et de compréhension du monde. « Je suis très curieuse de ce que les gens racontent et je les écoute. La dernière photo que j’ai faite, il y a deux semaines, c’est celle d’un voisin que j’ai croisé dans la rue. Il m’a dit que, cette année, il avait décidé de garder son sapin de Noël toute l’année. Il est décoré de 1400 ampoules. Je suis allée le photographier, à côté de son sapin. Il est en short, en chemise fleurie. C’est une petite histoire, avec un gars un peu “flyé” que je trouve sympathique. C’est un petit bout d’histoire à travers celle de la ville. »
Claire Beaugrand-Champagne fuit la photographie envisagée comme une illustration. « J’ai toujours voulu mettre le nom des gens sous des photos, mais, dans le temps, dans les années 1970 et 1980, même juste ça, ça ne se faisait pas. Quand j’ai fait des documentaires sur les personnes âgées, dans les années 1970, ce qui a toujours été exposé, ce sont juste des photos. Moi, à la maison, je m’étais fait un album avec la photo des gens et aussi un petit texte qui racontait des histoires. Maintenant, je photographie les gens tout en racontant un petit bout de leur histoire. C’est ce que j’ai fait, notamment en racontant l’histoire d’une survivante de l’Holocauste. »
Comment était-ce, d’être une femme photographe dans un monde d’hommes ? « Moi, j’ai été élevée dans une famille où, pour les gars et les filles, c’était pareil. Après mon cours classique, je suis allée passer un an en Angleterre. Ma sœur connaissait quelqu’un qui s’en allait à Londres et qui cherchait une nanny. Je suis partie avec eux. Pour m’occuper le soir, j’ai pris un cours de photographie parce que mon parrain m’avait donné un kit de photo et de chambre noire. Je faisais ça juste pour m’amuser. »
Quand elle revient à Montréal, elle s’inscrit à l’université. « Au bout de trois jours, je suis partie ! J’en avais assez. Ma sœur m’a dit qu’il y avait des cours de photo au cégep du Vieux Montréal. Je suis allée là pour m’occuper. Et c’est comme ça que je suis devenue photographe… »
Parmi ses professeurs, il y avait Gabor Szilasi. « C’est en côtoyant Gabor Szilasi et d’autres photographes qui avaient le même souci de redonner la photographie aux gens que je me suis formée. C’est là que j’ai d’ailleurs commencé à écrire de petites histoires sur les gens que je rencontrais. C’était très inspirant, les cours. C’était très “lousse” sur la technique… Moi, la technique, d’ailleurs, ça ne m’a jamais intéressée. Je prenais toujours le même film, développé de la même façon. Seule l’image m’intéressait ! »
La seule femme
Partout ou presque, elle sera la seule femme. « J’ai toujours été la seule fille. Pour moi, c’était l’ordinaire. Dans mon cours de photo en Angleterre, c’était tous des gars. Ils attendaient le cours sur le nu ! Nous étions six ou sept à chaque cours. Puis, le soir du cours sur le nu, je pense qu’il y avait 25 gars dans la classe ! Au cégep du Vieux Montréal, j’étais la seule fille. Il m’a fallu du temps pour réaliser qu’il y avait plein de femmes qui avaient connu beaucoup de difficultés, de rejets et étaient traitées différemment. Mais moi, je ne l’ai vraiment jamais senti. »
Pour vivre, elle travaille comme pigiste, ici et là, notamment au Devoir. Sa sœur, la journaliste Paule Beaugrand-Champagne, l’aide à se faire une place au quotidien Le Jour. Elle se livre à plusieurs projets en solitaire. « Je n’ai jamais été bien riche… »
Parmi tous les personnages croisés au cours de sa carrière, un souvenir continue de la faire sourire : sa rencontre avec Vic Cotroni. Ce patron de la mafia avait été convoqué à témoigner à la Commission d’enquête sur le crime organisé. « Il s’est présenté et son avocat a dit : “Monsieur Cotroni n’a rien à dire.” Puis, il est sorti. Tous les photographes se sont précipités. Tout le monde le mitraillait de photos. Moi, je me suis mise devant, à genoux. M. Cotroni s’est penché vers son avocat pour lui murmurer quelque chose à l’oreille. Puis celui-ci a dit : “Monsieur Cotroni dit que cela fait longtemps qu’il n’y a pas eu une femme à genoux devant lui.” Le lendemain, il m’a fait dire par son avocat qu’il était très heureux de la photo. Et un autre jour, alors qu’il était avec sa fille, son avocat a dit que je pouvais faire une photo des deux, une photo exclusive, parce qu’il m’aimait bien… Le Jour voulait réaliser une entrevue avec lui. M. Cotroni a dit qu’il était d’accord, à condition que je sois la photographe ! Malheureusement, l’entrevue n’a pas eu lieu. »
Cet automne, le World Press Photo, pour son volet québécois, présentera des photos de Claire Beaugrand-Champagne. « Ils vont exposer les photos que j’avais réalisées dans un camp de réfugiés en 1980. C’était des Cambodgiens, des Laotiens et des Vietnamiens. C’est le 40e anniversaire d’un prix remporté par le Canada comme pays le plus accueillant envers les réfugiés qui sert de prétexte. Ce prix, on ne le gagnerait certainement pas cette année ! À cette époque, il y avait le ministre Jacques Couture qui était très ouvert. Je trouve ça quand même extraordinaire que le World Press présente mes photos. Ça fait plaisir, c’est sûr. Il y a quelque 73 000 visiteurs qui vont là, apparemment. »
« Maintenant que je suis vieille, je fais ce que je veux. Je photographie les gens, tout en racontant un petit bout de leur histoire. »


1 day_ago
10



























.jpg)






French (CA)