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Cinq partis, un seul chef «traditionnel»

6 day_ago 21

         

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La campagne électorale n’a pas connu son lancement officiel que déjà, elle écrira l’histoire politique québécoise avec un petit « h ». Cinq partis s’opposeront dans une course aux plus hautes fonctions de l’État… et un seul chef, parmi les cinq en lice, correspond aux canons du politicien « traditionnel ».

L’homme hétérosexuel qui a longtemps dominé la scène politique québécoise — et qui régente, encore aujourd’hui, la vaste majorité du monde — se trouvera en position minoritaire, cette année, sur la ligne de départ au Québec. Seul le chef péquiste affiche le profil classique du père de famille ; ses adversaires, dans cette course, sont soit femmes, soit homosexuels.

Ce portrait de la tête des principales formations politiques, inédit dans l’histoire du Québec, témoigne de l’évolution de la société québécoise, selon François Gendron, détenteur de la plus grande longévité à siéger à l’Assemblée nationale avec 11 victoires électorales consécutives dans Abitibi-Ouest.

« J’ai connu l’époque où, pour faire carrière en politique, il valait mieux cacher son homosexualité, explique l’ancien député, élu une première fois en 1976 avec les troupes péquistes de René Lévesque. Est-ce qu’il y a du monde qui a été brimé dans leur cheminement, dans leur ascension de l’escalier de la vie, en raison de leur sexe ou de leur orientation sexuelle ? La réponse, c’est oui, oui, oui, oui, jusqu’à demain matin. »

L’époque où « sortir du placard » signifiait « nuire au parti » est heureusement révolue, se réjouit encore l’Abitibien de 81 ans. « Notre société, il faut qu’elle progresse, il faut qu’elle avance sur les valeurs sociales. J’ai connu des gens qui étaient très, très sévères avec quelqu’un qui présentait un type de sexualité différent de la leur. Il y a des homosexuels qui ont vécu des années un peu infernales par rapport à la légitimité de leur vie sexuelle. Ç’a cheminé et, à un moment, ç’a abouti. »

« C’est un pur hasard »

Certes, les mœurs politiques et les normes sociales ont évolué depuis que le Québec, en 1977, a adopté la première loi contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle en Amérique du Nord. Il ne faut toutefois pas voir, dans la relative diversité affichée dans cette course, la consécration de la tolérance du peuple québécois à l’égard des personnes marginalisées, croit Manon Tremblay, professeure émérite à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.

« C’est un pur hasard, soutient-elle. Je suis l’une de celles qui clament, au contraire, que la société québécoise est extrêmement conservatrice. Pour moi, ce bouquet diversifié de chefs et de cheffes, ça apparaît un peu comme l’arbre qui cache la forêt des nombreuses discriminations envers les femmes et les minorités LGBTQ+. »

La présence de Ruba Ghazal et de Christine Fréchette dans la course, rappelle la professeure Tremblay, ne doit pas faire oublier que les violences à l’encontre des femmes connaissent une recrudescence au Québec et que les féminicides se déplorent à la dizaine chaque année.

D’autant plus qu’un corpus d’études établit que les femmes, en politique, prennent souvent les commandes de causes perdues. « Il y a plein d’études qui l’ont montré : lorsqu’un parti coule, ou lorsqu’un parti n’a aucune chance électorale, habituellement, c’est une femme qui prend le flambeau. Mme Fréchette, c’est le modèle typique d’une politicienne qui arrive et qui prend la direction d’un bateau auquel tous les sondages prédisent un naufrage. »

Il a fallu attendre 215 ans de parlementarisme au Québec avant que Pauline Marois devienne, en 2007, la première femme à accéder au sommet d’une formation politique au Québec — deux ans après qu’André Boisclair fut devenu le premier homme ouvertement homosexuel à atteindre la même position.

La diversité inédite à la tête des cinq principaux partis témoigne que « les femmes et les personnes de la diversité continuent d’avancer malgré des décennies de contraintes qui se poursuivent encore aujourd’hui », juge Magali Boudon, directrice générale du Conseil québécois LGBT.

« Il faut prendre cette place-là et en provoquer la normalité, explique-t-elle. La meilleure preuve par rapport à ça, c’est toute la vague de haine en ligne que reçoivent les femmes ou encore Charles Milliard et d’autres candidats LGBTQ+. Nous pouvons bien penser qu’il s’agit d’une minorité, mais ça démontre qu’il y a quand même une partie de l’électorat pour qui ça pose un problème. »

Une diversité encore attaquée

Les données montrent que les crimes haineux contre l’identité de genre ont presque triplé entre 2020 et 2024. Les actes de violence perpétrés contre une orientation sexuelle ont diminué de 26 % en 2024, après avoir bondi de 245 % au cours des trois années précédentes.

« Statistique Canada nous a aussi bien montré, au cours des dernières années, que l’une des formes de violence basées sur la haine qui augmente le plus rapidement au Canada au cours des dernières années, c’est la violence envers la communauté LGBTQ+, note Manon Tremblay. La présence de deux chefs homosexuels m’apparaît un peu un succès d’élite, parce que lorsqu’on est à la tête d’un parti, on est vraiment dans la crème de la représentation politique. Sur le terrain, par contre, il y a encore de jeunes lesbiennes et de jeunes gays qui décident de mettre un terme à leur vie. »

Magali Boudon et Manon Tremblay notent toutes les deux qu’Éric Duhaime et Charles Milliard ne profitent ni l’un ni l’autre de leur tribune pour militer en faveur des droits de la diversité sexuelle.

« Ce ne sont pas vraiment des chantres des droits LGBTQ+, souligne la professeure émérite de l’Université d’Ottawa. M. Duhaime a même écrit un livre pour pourfendre cette cause-là. »

Elle note que l’ancienne première ministre libérale de l’Ontario Kathleen Wynne revendiquait plus fortement les droits des minorités sexuelles à son arrivée aux commandes des troupes libérales.

« Les deux personnes qui finissent par atteindre ces sphères de haut niveau là sont deux hommes gays et blancs, conclut Magali Boudon. Ils ne représentent absolument pas l’ensemble des communautés 2SLGBTQIA+. Nous ne sommes vraiment pas rendus à ce qu’une personne trans, par exemple, devienne cheffe de parti. »

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