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Le tribunal correctionnel de Paris a condamné, le 13 avril 2026, le cimentier français Lafarge — aujourd’hui absorbé par le groupe suisse Holcim — pour financement de terrorisme. L’entreprise a versé près de 5,6 millions d’euros à des groupes jihadistes en Syrie, dont l’État islamique. Or, Holcim est actionnaire majoritaire de Cimencam, le premier cimentier du Cameroun. Une condamnation qui résonne bien au-delà de Paris.
Une condamnation historique aux lourdes conséquences
Le tribunal a établi que Lafarge a financé, entre 2013 et 2014, trois organisations jihadistes — dont l’EI et Jabhat al-Nosra — pour maintenir en activité son usine de Jalabiya en Syrie, investissement de 680 millions d’euros.
L’ancien PDG Bruno Lafont a été condamné à 6 ans de prison ferme avec incarcération immédiate. L’ex-directeur général adjoint Christian Herrault écope de 5 ans. Au total, 8 anciens dirigeants ont été reconnus coupables. La société elle-même a reçu une amende et une confiscation partielle de patrimoine à hauteur de 30 millions d’euros.
La présidente du tribunal, Isabelle Prévost-Desprez, a parlé de « véritable partenariat commercial avec l’EI », qualifiant les faits de « gravité extrême ». Des victimes des attentats du 13 novembre 2015 à Paris se sont constituées parties civiles, établissant un lien entre ces paiements et les actes terroristes perpétrés ensuite en Europe.
Cimencam et le Cameroun : quels risques réels ?
Holcim, qui a repris Lafarge en 2015, est aujourd’hui l’actionnaire de référence de Cimencam, la Cimenterie du Cameroun. Cette entreprise produit l’essentiel du ciment consommé au Cameroun, alimente les chantiers publics et privés, et bénéficie de contrats avec l’État camerounais.
La condamnation soulève plusieurs questions concrètes pour le Cameroun.
D’abord, la question de la réputation et de la gouvernance. Une multinationale reconnue coupable de financement du terrorisme peut-elle continuer à opérer sans contrôle renforcé dans un pays où l’État reste le principal client des cimenteries ?
Ensuite, la question financière. Les amendes, confiscations et potentielles procédures civiles supplémentaires pourraient fragiliser la structure financière d’Holcim, avec des répercussions possibles sur ses filiales africaines, dont Cimencam.
Enfin, le risque politique et souverain. Des voix s’élèvent déjà. L’analyste camerounais Dominique Ondoa a réagi sans détour : « Ce sont les multinationales françaises qui sont le bras armé et pourvoyeuses de moyens à l’État français pour financer le terrorisme de par le monde. » Un discours qui trouve un écho croissant dans le contexte de remise en cause des partenariats franco-africains.
L’affaire Lafarge-Holcim ne concerne pas que la Syrie ou la France. Elle pose une question que Yaoundé ne peut plus esquiver : avec qui le Cameroun fait-il réellement des affaires ? La réponse appartient aux autorités camerounaises — et aux Camerounais.


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