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CHRONIQUE | Quand l’IA fait toutes les publicités pareilles

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Par Johanne Fournier 8:57 AM - 15 juillet 2026 Publications gaspésiennes

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En quelques mois, l'intelligence artificielle est devenue l'outil de prédilection pour produire du visuel publicitaire vite, à peu de frais, sans avoir à passer par un graphiste. Photo tirée de Facebook

Ouvrez votre fil Facebook ou Instagram et vous allez remarquer un phénomène : tout se ressemble. Les publicités des restaurants, des salons de coiffure, des festivals, elles ont toutes cet air de famille qui donne l’impression qu’une seule main les a toutes dessinées. En un sens, c’est un peu vrai. Cette main, c’est l’intelligence artificielle (IA) qui, en quelques mois, est devenue l’outil de prédilection pour produire du visuel publicitaire vite, à peu de frais, sans avoir à passer par un graphiste.

On comprend l’attrait. Pourquoi payer un designer pendant plusieurs jours, attendre des allers-retours de révision, quand un outil génératif peut cracher une affiche en 30 secondes ? Pour une PME qui gère son budget marketing à la petite cuillère, c’est une offre difficile à refuser. Le problème, c’est que la facilité a un prix qu’on ne voit pas tout de suite : la perte d’identité visuelle.

Une affiche générée par l’IA n’est pas pensée en fonction d’une marque, d’un public, d’un contexte précis. Elle est pensée en fonction de ce dont le modèle a appris être « une affiche qui a l’air professionnelle ». Or, comme des millions d’entreprises utilisent les mêmes outils, entraînés sur les mêmes banques d’images, on se retrouve avec un vocabulaire visuel unique qui se répète à l’infini : mêmes dégradés bleu-violet, mêmes visages génériques trop lisses, mêmes polices sans personnalité.

Trop d’infos, pas de hiérarchie

Au-delà de la ressemblance, il y a un problème plus grave, presque technique : ces affiches ne respectent plus les règles de base du graphisme. N’importe quel étudiant en première année d’études en graphisme pourrait vous expliquer les principes fondamentaux : hiérarchie de l’information, espace négatif, alignement, contraste, lisibilité. Ce sont des règles qui existent depuis des décennies parce qu’elles fonctionnent, parce qu’elles guident l’œil du spectateur naturellement d’un point A à un point B.

L’IA générative n’a pas appris ces règles comme des principes à appliquer. Elle a appris à imiter des milliers d’exemples, souvent de qualité inégale. Puis, elle mélange le tout sans discernement.

Résultat : des affiches surchargées où le nom de l’entreprise, le slogan, l’adresse, le numéro de téléphone, une liste de services et parfois même un rabais clignotant se disputent tous l’attention en même temps. Personne ne sait où regarder en premier. Le texte n’est pas aligné sur une grille cohérente : un bloc à gauche, un autre décalé de quelques pixels à droite, comme si chaque élément avait été posé au hasard. On dirait parfois un babillard d’école, plutôt qu’une communication professionnelle.

Le graphisme, un métier

Ce qui se perd là-dedans, c’est la compréhension que le graphisme n’est pas une question de goût esthétique superficiel, mais un métier avec ses fondements. Un bon designer graphique ne fait pas juste « rendre ça beau » : il structure l’information pour qu’elle soit comprise en une fraction de seconde. Il choisit ce qu’on retire autant que ce qu’on ajoute. Il sait qu’une affiche qui essaie de tout dire finit par ne rien communiquer du tout.

L’IA n’a pas ce jugement. Elle génère du contenu trop rempli, trop dense visuellement, sans comprendre que le vide, soit l’espace blanc, est souvent ce qui rend un message clair.

Reprendre le contrôle

Ce n’est pas un plaidoyer contre l’IA elle-même, puisque l’outil peut être formidable pour générer des idées, des ébauches, des variations rapides. Le vrai problème, c’est de la laisser produire le résultat final sans qu’un œil humain, formé aux bases du graphisme professionnel, vienne réorganiser, épurer, aligner. L’IA devrait être un point de départ, pas un point d’arrivée.

Les entreprises qui continuent d’investir dans un vrai regard graphique, même si ce n’est qu’une simple rencontre de 30 minutes avec quelqu’un qui connaît les règles d’alignement et de hiérarchie, vont se démarquer à travers celles qui se fondent dans un magma de publicités qui se ressemblent toutes. Dans un paysage visuel saturé de designs génériques, rien n’égale une affiche bien pensée, sobre, lisible. Ironiquement, à l’ère de l’intelligence artificielle, la meilleure façon de se distinguer, c’est peut-être encore de faire confiance à l’œil humain.

Johanne Fournier

Publications gaspésiennes

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