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Député de la première circonscription des Français de l'étranger, qui couvre les États-Unis et le Canada, Christopher Weissberg est l'invité de l'Atelier politique ce samedi 4 juillet, jour du 250è anniversaire de l'indépendance américaine. Le président du groupe d'amitié France-États-Unis à l'Assemblée nationale dresse un constat sévère de l'état de la démocratie américaine sous la présidence de Donald Trump. Il répond aux questions de Frédéric Rivière.
Une histoire familiale sur trois générations
Le grand-père de Christopher Weissberg, Jacques Weissberg, était un soldat de l'armée de l'air américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, installé ensuite à Saranac Lake dans l'État de New York. Le père du député poursuit cette histoire transatlantique, avant que lui-même ne reprenne, en 2010, le café-restaurant familial dans l’État de New-York, qu'il transmettra à ses associés en 2024 pour se consacrer à son mandat.
« Je suis le fruit de ce qu'est la relation transatlantique », résume-t-il. Il raconte le parcours de son grand-père, mobilisé après Pearl Harbor, « un homme très à gauche », ayant quitté son Brooklyn natal pour « aller sauver la vie des Européens » au prix de 85 missions en B52. « C'est quelque chose que je trouve tout à fait admirable », confie le député.
Sur l'héritage philosophique commun entre la France et les États-Unis, hérité des Lumières et de la séparation des pouvoirs de Montesquieu, il se dit « tiraillé » : d'un côté la fierté de cet héritage partagé, de l'autre l'inquiétude de voir « ce qui se passe aujourd'hui aux États-Unis » s'en éloigner si fortement.
Lafayette et Rochambeau, toujours vivants dans la mémoire américaine
Les figures fondatrices de l'amitié franco-américaine restent, selon lui, pleinement ancrées dans le récit national des États-Unis. « Elles font partie du récit national », assure-t-il, rappelant que les parlementaires américains qu'il reçoit régulièrement considèrent la France comme « The Oldest Ally », l'allié le plus ancien.
Mais cette continuité historique se heurte à une évolution géopolitique. « Le compas a un peu basculé vers l'Est », observe le député, qui s'interroge : et si Joe Biden avait été « le dernier président profondément européen des États-Unis » ?
Une démocratie américaine sous tension
Sur l'état de la démocratie américaine en ce jour anniversaire, le constat est sans appel. « Je suis consterné », lâche-t-il. S'il reconnaît l'existence d'une Amérique qui résiste, il s'inquiète du socle de soutien qui reste acquis à Donald Trump, entre 37 et 40% de la population, en dépit des dérives constatées. « Je suis persuadé que Donald Trump [...] est à l'opposé des valeurs américaines », affirme-t-il, pointant la fragilisation des contre-pouvoirs : la presse, l'esprit critique, la justice.
Sur la portée de ce second mandat, il distingue deux niveaux. « Cette manière personnelle d'incarner le pouvoir [...] est une parenthèse », estime-t-il, mais le mouvement de fond du conservatisme américain, lui, « a plutôt vocation à rester ». Un mandat de « toute-puissance », selon ses mots, où les contre-pouvoirs institutionnels, Congrès, Cour suprême, peinent à freiner l'exécutif.
Le quotidien bouleversé des Français des États-Unis
Sur le terrain, le député constate des changements profonds parmi ses compatriotes expatriés. « Pour la première fois de leur vie, au lieu de se sentir expatriés [...] ils se sentent immigrés », rapporte-t-il. Certains n'osent plus s'exprimer sur les réseaux sociaux par crainte des contrôles douaniers, d'autres perdent leur emploi ou leur visa, notamment dans la recherche ou l'intelligence artificielle.
Face à ce climat, Christopher Weissberg dit veiller à « éviter la panique », tout en alertant sur un changement de contexte inédit « en 248 ans » d'histoire commune.
Les États-Unis, un allié qui n'en est plus un
Sur la relation entre Paris et Washington, marquée par les menaces tarifaires répétées de Donald Trump et le retrait de troupes américaines d'Allemagne, le député tranche sans détour : « Non, ça n'est plus un allié. » Il cite la crise du Groenland comme le moment où les Européens ont pris conscience de la nécessité de « s'affirmer collectivement ». Un basculement qu'il juge toutefois « temporaire ».
Le mirage du « faiseur de paix »
Sur les interventions militaires américaines récentes — capture du président Maduro au Venezuela, engagement aux côtés d'Israël en Iran — malgré la promesse de campagne d'un Donald Trump se présentant comme un « faiseur de paix », le député est catégorique : « C'est une arnaque. » Selon lui, le président savait pertinemment qu'il ne pourrait pas mettre fin rapidement au conflit russo-ukrainien : « C'est de la com. »
Un déclin économique et diplomatique
Le bilan économique dressé par le député tranche avec les promesses initiales de prospérité. « On est en train d'observer un mouvement de déclin économique sans commune mesure », affirme-t-il, pointant les effets de la politique tarifaire, fiscale et migratoire sur une économie qu'il juge « résiliente » mais reposant surtout sur les valorisations spéculatives de la tech et de l'intelligence artificielle.
Vers une vague bleue limitée aux midterms ?
Malgré un taux d'impopularité de 61% pour Donald Trump, Christopher Weissberg tempère l'ampleur attendue d'une victoire démocrate aux élections de mi-mandat. En cause : un redécoupage électoral massif mené par les États à majorité républicaine. « Ça n'a jamais été le cas auparavant », insiste-t-il, évoquant notamment les six sièges déjà repris au Texas.
Interrogé sur une éventuelle contestation des résultats par le camp Trump en cas de défaite, le député n'a pas de doute : « C'est un scénario probable. [...] Il contestera la victoire des démocrates. C'est une évidence. »


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