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Le rendez-vous avec Christophe Bourdon est fixé dans un café à proximité de la RTBF, ce jeudi matin, juste après sa chronique hebdomadaire sur La Première. Celui qui flingue à tout-va dans son Dard depuis 2019 ne peut pas s'en empêcher : dans son texte consacré aux tensions entre le Centre Jean Gol et la Foire du livre, il balance à l'antenne une pique à l'égard de La Libre, qui donnerait trop de visibilité aux membres du MR pour "dire et écrire tout le mal qu'ils pensent de la culture et des médias". Et comme si l'attaque ne suffit pas, ce Dinantais d'origine se sert d'un comique de répétition pour réitérer sa blague à deux reprises. "C'était pour installer un climat de détente avant de se retrouver", ironise-t-il par message, en sortant du studio. Dix minutes plus tard, celui qui s'est fait connaître du grand public en restant le candidat longtemps invaincu du jeu télévisé Tout le monde veut prendre sa place (France 2) arrive au lieu de rendez-vous. L'interview peut commencer.
Vous vous moquez de "La Libre" en suggérant que nous relayons trop les propos du MR, particulièrement ceux de Georges-Louis Bouchez. Le pensez-vous vraiment ?
Non, c'est une blague que j'ai faite parce qu'on se voyait ce matin. Lâcher une petite vanne d'entrée de jeu, c'est ma façon de tester les gens, de voir s'ils ont de l'humour. J'aurais pu citer Le Soir ou la RTBF… J'ai essayé de questionner la place donnée par les médias à certaines personnalités politiques qui ne sont pas toujours constructives, qui cherchent la polémique et qui dézinguent même ceux qui les invitent. Mais je dois reconnaître que, moi-même, je parle d'eux dans mes chroniques donc j'alimente aussi le phénomène…
Vous n'avez donc pas de problème avec le pluralisme de la presse ?
Non, pas du tout, évidemment !
Veillez-vous à équilibrer les attaques envers les partis politiques dans vos chroniques ?
Oui, tout à fait. Quand j'ai commencé à collaborer avec la matinale de La Première, ils m'ont demandé de ne pas toujours tirer sur les mêmes personnes. Je suis entièrement d'accord avec cette approche. Sinon, je ne ferais plus mon boulot, qui consiste à rebondir sur l'actualité. Quand quelqu'un me traite de gauchiste, c'est qu'il n'a pas compris ce que je fais. Ce jeudi matin, j'ai d'ailleurs dit dans ma chronique que le PS est aussi vivant qu'un patient du légiste Philippe Boxho. Je rêverais qu'il y ait toutes les semaines des polémiques touchant le Parti socialiste pour pouvoir m'en moquer aussi. Quand Ecolo doit changer de coprésidents, je fais aussi des chroniques sur le sujet, parce que j'ai envie d'en rire. Dans ce cas, certains me taxent de pro-MR. En réalité, je m'inspire de ce qui occupe le terrain médiatique, tout en veillant à la pluralité. Mais il est vrai que, dans mes chroniques, il y a des running gags et des personnages qui reviennent sans arrêt.
Vous veillez à ne pas pouvoir être étiqueté politiquement ?
J'y fais attention, oui. Et tant mieux si on ne parvient pas à m'étiqueter, car je ne pense pas l'être. J'entends les critiques sur "les gauchistes de la RTBF", mais c'est une image qui découle d'un cliché. D'ailleurs, les journalistes qui quittent la RTBF pour aller en politique optent souvent pour un parti de droite. Moi, j'ai du mal à coller des étiquettes aux gens. J'essaie d'être humaniste avant tout.
Vous ne comprenez pas que Georges-Louis Bouchez et Jacqueline Galant se plaignent des trop nombreux "gauchistes" de La Première ?
J'aimerais qu'on me donne la définition de "gauchiste". C'est quelqu'un qui vote socialiste ? Je ne vais pas vous dire pour qui je vote, mais je peux vous dire que je ne vote pas socialiste…
Contrairement à vous, certains chroniqueurs de la matinale se positionnent politiquement. Plutôt à gauche en l'occurrence...
Je trouve qu'on est tous différents. Mélanie Akkari a un ton moderne, un phrasé extraordinaire. Daphné Huynh propose des chroniques féministes, mais est-elle pour autant gauchiste ? Pour ma part, si le pouvoir en place était de gauche et qu'il prenait des décisions aberrantes, je taperais plus sur la gauche.
Christophe Bourdon ©cameriere ennioMaxime Lampole, lui, assume un positionnement à gauche, non ?
Je pense, oui, mais il faut lui poser la question. La seule étiquette que je colle aux gens, c'est celle de l'humour. Si la personne a de l'humour, ça permet de faire un pas vers l'autre, d'entamer la discussion. Y compris avec les gens choqués par mes chroniques d'ailleurs.
Y a-t-il des sujets ou des personnalités qui vous inspirent davantage pour vos textes ?
Plus certains lâchent des dingueries, plus je trouve ça drôle, forcément. La sortie (de Georges-Louis Bouchez) sur les "gestapistes de la RTBF" est tellement énorme qu'elle m'ouvre un boulevard pour une chronique. Je me suis donc mis dans la peau d'un gestapiste en imitant l'accent allemand. Pour les humoristes, Donald Trump est aussi une mine d'or. On l'imite parfois au Grand Cactus, mais on pourrait le faire chaque semaine tant ce personnage est dingue…
Quand vous apprenez que Bouchez a retweeté ce message comparant les journalistes de la RTBF à des "gestapistes", cela vous choque ?
Bien sûr ! Les mots ont une valeur, une importance. Il y a des barrières à ne pas franchir. En ce moment, ça va de plus en plus loin, c'est de plus en plus clivant. On a le droit de critiquer la RTBF. Je suis conscient qu'il y a des choses à améliorer, mais pas au point de traiter les gens de gestapistes et ne pas l'assumer derrière…
Lui prétend qu'il ne souhaitait pas relayer ce tweet-là. On peut lui laisser le bénéfice du doute ?
Le vrai courage, c'est d'assumer qu'on dit parfois des énormités. À moins qu'il ne se rende pas compte de ce qu'il retweete, ou qu'il n'ait pas lu le message en entier. En tout cas, il n'y a pas eu d'excuse de sa part…
Vous flinguez dans tous les sens. Cela vous vaut de l'animosité ?
J'ai très peu de retours et très peu de débriefs de la RTBF. Ils me signalent parfois que j'ai été un peu trop loin. Mais personne ne lit nos textes avant le direct. Les chroniqueurs doivent se fixer eux-mêmes les restrictions, mais nous savons que nous ne pouvons pas dire de dingueries… Si nous allons trop loin, c'est nous qui en assumerons les conséquences.
Dans vos textes, vous ne ménagez pas la RTBF, ses journalistes et même ses plus hautes instances. Cela ne vous vaut aucune pression ?
Non. J'ai un humour trash, rentre-dedans, mais qui reste bon enfant, je pense. S'en prendre aux collègues, c'est une des bases de l'humour. Cela crée aussi de la complicité avec les auditeurs. Et puis, je tape également sur moi-même. Mais j'ai très peu de contacts avec les membres de la RTBF, car je viens faire ma chronique, puis je repars. En tout cas, s'ils n'aiment pas, ils ne me le disent pas. Et Jean-Paul Philippot a beaucoup d'humour. Nous avons une vraie liberté d'expression à la RTBF.
Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF ©DLEÊtes-vous frustré de ne pas pouvoir être plus virulent dans vos propos sur La Première ?
Non, je vais assez loin comme ça. Je trouve que certains humoristes, par exemple ceux de Radio Nova, vont trop loin. Mais j'aime qu'il y ait des humours différents selon les radios. Cela permet aux auditeurs d'avoir le choix. Chaque dimanche, je passe dans l'émission Les Enfants de chœur, sur Vivacité, où j'adopte un ton différent, qui est parfois en dessous de la ceinture, un peu trash. Quand je travaille pour Le Grand Cactus ou pour Alex Vizorek, j'adapte aussi mon écriture.
Comment se passent ces collaborations ?
Jérôme de Warzée et Alex Vizorek ont tous les deux pas mal de projets, donc ils demandent à différents auteurs de les aider en leur proposant des textes. On leur amène la matière et c'est à eux de cuisiner le plat.
N'est-ce pas frustrant d'écrire pour les autres, sans être dans la lumière ?
Non, au contraire, j'estime avoir de la chance de pouvoir vivre de ma plume. Et j'aime me mettre au service des autres. Alex vend les vannes dix fois mieux que moi. Pareil au Cactus : Kody ou Damien Gillard s'imprègnent super bien de mes textes. Jérôme de Warzée écrit aussi énormément et il a une plume incroyable. Mon plaisir, c'est d'entendre que les gens rient à une de mes blagues.
Mais il peut arriver qu'aucune de vos blagues ne soit retenue…
Bien sûr. Je me dis alors que j'ai mal fait le boulot. Dans ce cas-là, je ne touche rien avec Alex, car il paie à la blague. C'est à l'américaine : je dois écouter ses textes et compter mes blagues. Mais c'est normal, car cinq auteurs travaillent pour lui. Il reçoit donc des pages et des pages de blagues pour trois minutes de chronique. Il ajoute alors sa plume à ce qu'on lui propose, et parfois il écrit tout lui-même.
Allez-vous l'aider à préparer la cérémonie des Molières, qui récompensent le meilleur de la scène théâtrale française, dont il sera le maître de cérémonie ?
Oui, il a choisi des auteurs belges avant tout : Julien Demarche, Pierre Scheurette et moi. Nous allons commencer à écrire très prochainement, avec des assistants d'une boîte de prod' française. Alex est tellement bon pour lâcher des vannes qu'il va être parfait. Il peut te balancer une horreur, être trash mais il le fait avec ce petit sourire, avec cette élégance. Je peux déjà vous annoncer qu'il y aura des trucs un peu mordants…
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