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Christine Fréchette ouverte à analyser le potentiel du gaz naturel québécois

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Il aura fallu une nouvelle secousse géopolitique — et une hausse prévisible des prix de l’énergie — pour que le Québec commence à rouvrir, timidement, un dossier qu’il avait lui-même enterré. La candidate à la direction de la CAQ, Christine Fréchette, s’est dite ouverte à réévaluer l’exploration du gaz naturel, pourtant interdite depuis 2022.

Un simple « analyser » qui, dans le contexte politique québécois, équivaut presque à une volte-face.

Une ouverture dictée par les circonstances

Comme le rapporte Mina Collin pour TVA Nouvelles, Christine Fréchette a explicitement lié cette réévaluation au contexte international actuel, marqué notamment par la volatilité des prix de l’énergie et les tensions au Moyen-Orient. Elle évoque également la nécessité pour le Québec de « reposer davantage sur ses propres ressources » et de réduire sa dépendance envers ses partenaires, notamment les États-Unis.

Ce discours tranche avec la posture adoptée il y a à peine quelques années, lorsque le Québec se présentait comme un modèle nord-américain en matière d’interdiction des hydrocarbures. En 2022, la province mettait officiellement fin à toute exploration et production, déclenchant des contestations judiciaires de plusieurs milliards de dollars — dont une poursuite de 18 milliards intentée par Ressources Utica — les entreprises jugeant l’indemnisation offerte largement insuffisante.

Or, ce choix, présenté à l’époque comme un progrès moral et environnemental, apparaît aujourd’hui de plus en plus difficile à concilier avec les réalités économiques et stratégiques.

Le réel énergétique refait surface

Dans son entrevue à Radio-Canada, Christine Fréchette reconnaît sans détour que « le contexte a changé ». Elle affirme vouloir « analyser » la possibilité de revisiter l’exploitation du gaz naturel, y compris le gaz de schiste par fracturation hydraulique — une technique qui avait cristallisé l’opposition publique au début des années 2010.

Ce repositionnement ne constitue pas un virage assumé, mais plutôt un ajustement prudent. Il n’en demeure pas moins significatif : pour la première fois depuis l’interdiction, une figure centrale de la CAQ admet que la question mérite d’être rouverte.

Dans le même souffle, Fréchette maintient toutefois une ligne rouge sur le pétrole, qu’elle exclut explicitement de toute réévaluation. Une distinction qui témoigne d’une approche encore largement contrainte par les réflexes politiques du passé.

Une remise en question implicite du modèle caquiste

Au-delà du gaz, c’est l’ensemble de la stratégie économique de la CAQ qui semble en révision. Fréchette propose de réduire le recours aux subventions massives, notamment les prêts pardonnables et les interventions financières directes qui ont marqué les années Fitzgibbon.

Sans nommer explicitement des dossiers comme Northvolt, elle reconnaît que le niveau d’engagement de l’État aurait dû être « moindre ». Elle affirme vouloir laisser davantage de place aux forces du marché, tout en maintenant une intervention ciblée dans certains secteurs jugés stratégiques, comme l’énergie, la défense ou les centres de données.

Cette position révèle une tension fondamentale : comment concilier un discours plus pro-marché avec une économie qui, au Québec, demeure largement structurée par l’intervention publique?

Souveraineté économique… et angles morts

Fréchette insiste également sur la nécessité de renforcer la présence d’entreprises québécoises dans les contrats publics, qu’elle souhaite faire passer de 45 % à 60 %. Elle exprime aussi des inquiétudes quant à la vente d’actifs stratégiques à des intérêts étrangers, évoquant notamment les risques liés au Cloud Act américain dans le domaine des centres de données.

Ces préoccupations s’inscrivent dans une logique de souveraineté économique. Mais elles entrent en contradiction avec le refus persistant d’exploiter les ressources énergétiques locales, qui constitue pourtant l’un des leviers les plus évidents d’autonomie.

Car au-delà des discours, une réalité demeure : le Québec continue d’importer massivement des hydrocarbures, tout en interdisant leur production sur son propre territoire.

La fin d’un consensus?

Ce que révèle surtout cette sortie de Christine Fréchette, c’est l’effritement progressif du consensus anti-hydrocarbures au Québec. Longtemps présenté comme une évidence politique, ce consensus se heurte désormais à une conjoncture internationale plus instable, où les questions d’approvisionnement, de coûts et de sécurité énergétique reprennent toute leur importance.

L’ouverture évoquée par Fréchette demeure prudente, encadrée, presque hésitante. Mais elle marque néanmoins un point de bascule : celui où l’idéologie commence à céder, lentement, sous le poids du réel.

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