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Christine Fréchette sera la deuxième femme de l’histoire à occuper le poste de première ministre du Québec, après Pauline Marois (2012-2014). Les membres de la Coalition avenir Québec ont choisi l’ex-ministre « nationaliste » et « économique » de 56 ans pour succéder à François Legault à la tête du parti politique autonomiste.
Elle a remporté une victoire plus serrée que ce que laissait entrevoir le début de la course, récoltant 57,9 % des 15 800 voix exprimées, contre 42,1 % pour Bernard Drainville. Au total, une vingtaine de milliers de militants de la CAQ avaient l’occasion de voter pour choisir leur prochain leader, trois mois après l’annonce de la démission de François Legault.
En votant comme ils l’ont fait, les caquistes ont choisi un « vent nouveau », a lancé Christine Fréchette après avoir appris les résultats, dimanche après-midi.
« Aujourd’hui, on a choisi le printemps », a déclaré la nouvelle première ministre désignée devant des centaines de militants caquistes rassemblés au Centrexpo de Drummondville. « C’est le moment où on ouvre les fenêtres. On laisse entrer l’air frais. C’est le moment où on décide que les choses vont changer. »
Soulignant qu’elle est issue « de la génération X », l’élue de Sanguinet a rappelé la « période trouble » dans laquelle elle avait grandi, avec « les référendums perdus, les échecs des négociations avec le Canada, les récessions, le chômage ».
S’adressant directement aux chefs du Parti québécois et du Parti libéral du Québec, Paul St-Pierre Plamondon et Charles Milliard, elle s’est engagée à ne pas plonger le Québec dans de « vieilles chicanes constitutionnelles ».
« Ce n’est pas le temps d’ériger de nouvelles frontières, ce n’est pas le temps des “fling-flang” et de l’UPAC [Unité permanente anticorruption]. Messieurs, je vous le dis tout de suite, je ne vous laisserai pas ramener le Québec dix ans en arrière », a-t-elle ajouté, générant une forte acclamation de la foule.
À l’heure actuelle, les deux formations politiques dépassent de loin la CAQ dans les sondages.
Trois piliers
Mme Fréchette se rendra dès lundi à Trois-Rivières pour un bain de foule, puis à Québec pour échanger avec le secrétaire général du gouvernement, David Bahan. Son assermentation aura lieu plus tard cette semaine et celle du nouveau Conseil des ministres devra attendre au moins à la semaine prochaine.
Au pouvoir, la nouvelle première ministre désignée compte s’appuyer sur trois piliers de « changements » : « réduire la pression sur les familles », « défendre et propulser notre économie », et « redonner confiance en l’avenir ».
Pour donner une bouffée d’air frais aux Québécois frappés par la flambée des coûts de transport, la nouvelle cheffe de la CAQ s’est dite favorable à ce que certains « produits de consommation courante » soient exonérés de taxes. Elle s’est également engagée à procéder à une baisse des frais d’immatriculation des véhicules.
La première ministre désignée s’est engagée à ressusciter le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour deux ans. Elle souhaite réduire l’interventionnisme de l’État, mais estime tout de même important d’« investi[r] en énergie via Hydro-Québec ». Elle entend « analyser » la possibilité de relancer l’industrie du gaz de schiste au Québec.
Dans un monde marqué par les « tensions commerciales », elle se dit prête à tenir tête aux grandes économies mondiales. « S’il faut que j’aille moi-même défendre les intérêts du Québec à Washington ou à Mexico, je vais le faire », a-t-elle déclaré.
Six mois de travail
La nouvelle première ministre n’aura pas beaucoup de temps pour traduire sa vision du Québec après sept ans et demi de gouvernement Legault. Pour « regagner la confiance des Québécois », elle dispose d’environ six mois avant les élections générales, prévues le 5 octobre prochain, dont à peine cinq semaines de travaux parlementaires. La session parlementaire a été prorogée de trois semaines et doit reprendre le 5 mai prochain.
La nouvelle cheffe caquiste devra également s’atteler à la tâche de reconstruire son parti, en chute libre dans l’opinion publique depuis plusieurs années.
« La suite va se faire dans le rassemblement ! » a affirmé la première ministre désignée, à la recherche d’« unité » après une course à la chefferie de la CAQ parfois rude. Dimanche après l’annonce de sa victoire, elle a d’abord salué son prédécesseur, François Legault, puis s’est avancée vers son adversaire, Bernard Drainville, duquel elle a reçu un accueil poli.
Dans son discours à la foule, dont une part était vendue à la cause de son rival, elle a réitéré avoir « besoin » de Bernard Drainville au sein de son Conseil des ministres.
L’élection de la première ministre a mis fin à une course de 80 jours, durant laquelle Bernard Drainville a fait campagne en proposant de revenir aux « racines » de la CAQ, « quitte à provoquer ». Il proposait entre autres de revoir le « modèle québécois », en accroissant l’« efficacité » de l’« État lasagne » québécois et en promettant d’attaquer ses « vaches sacrées ».
Le Québec a « besoin de la CAQ »
Christine Fréchette avait amorcé la campagne en tête ; les intentions de vote dans les sondages de début de course lui accordaient de meilleures chances de relancer le parti. Or, de l’aveu même de la députée de Sanguinet, la course s’était resserrée depuis.
L’ancienne ministre de l’Immigration, puis de l’Économie, avait mis en avant tout au long de la course son « profil économique fort », gagnant l’appui d’une quarantaine d’élus, dont une quinzaine de ministres.
Avant son élection en 2022, Christine Fréchette a été présidente-directrice générale de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal. De 2012 à 2014, elle a été directrice adjointe de cabinet du ministre péquiste des Relations internationales, Jean-François Lisée.
Dimanche, le premier ministre démissionnaire, François Legault, a prié l’équipe gagnante de « tendre la main » à l’équipe perdante et a demandé à celle-ci d’« accepter la main tendue ». « Unissez-vous ! Parce qu’unis, il n’y a rien d’impossible », a-t-il lancé avant de s’« éclipser » de la scène politique québécoise, puis de « laisser la famille » caquiste « voler de ses propres ailes ». « Battez-vous fièrement ! » a-t-il déclaré à l’approche de la campagne électorale.
« Le Québec a besoin plus que jamais de la CAQ », a-t-il fait valoir.
Avec Marco Bélair-Cirino


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