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Avec la nomination d’un ministre délégué aux Régions, les intérêts de ces dernières « seront dorénavant entendus et défendus » au cabinet de Christine Fréchette. « Vous serez au cœur de notre action gouvernementale », a promis la nouvelle première ministre, mardi, en marge de la présentation de son cabinet.
La carte électorale du Québec, peinte en bleu pâle au lendemain des élections de 2022, a beau refléter une domination de la CAQ sur les régions, les sondages indiquent que cette mainmise lui glisse entre les doigts.
À six mois du prochain rendez-vous électoral, la reconquête passe, aux yeux de la nouvelle première ministre, par un ministre délégué aux Régions, en la personne de Mathieu Lévesque, pour se faire le relais, au cabinet, d’une nouvelle entité au rôle encore flou : le Conseil des régions. Ce dernier accueillera des élus issus des 17 régions québécoises « pour que toutes les régions soient entendues sur une base quotidienne au Conseil des ministres, a expliqué le nouveau ministre des Affaires municipales, Samuel Poulin (Beauce-Sud). Là où ça va fonctionner mieux, c’est qu’on aura un ministre qui aura l’ensemble du portrait. »
« Je trouve ça très intéressant : ce n’est pas une orientation qui part avec deux prises à mon avis, estime Daniel Côté, maire de Gaspé et ancien président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ). Tout va dépendre, par contre, du poids que ce conseil aura : si c’est une entité qui se rencontre aux six mois pour boire du café et jaser, ce ne sera rien d’autre qu’un coup d’épée dans l’eau. »
La nomination de la députée de Bonaventure, Catherine Blouin, aux commandes du ministère de la Famille envoie déjà un bon signal aux yeux de l’élu gaspésien – et marque le retour de la Gaspésie au cabinet après une absence de 12 ans.
« Ça fait une vraie différence que nous soyons représentés par quelqu’un qui peut nous croiser à l’épicerie, croit Daniel Côté. Je ne le dis contre personne, mais parfois, ça paraissait que le ministre responsable de notre région n’habitait pas dans notre région. »
Sous François Legault, certains ministres pouvaient cumuler la responsabilité de plusieurs régions – une situation qui a amené Jean Boulet à avoir, pendant deux ans, la Mauricie, l’Abitibi-Témiscamingue et le Nord-du-Québec sous son aile.
« On voyait qu’ils étaient débordés – et on les voyait très peu », souligne le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Jacques Demers. À ses yeux, le changement de structure permettra « peut-être [d’]avoir des gens avec plus de temps et d’énergie » à consacrer aux régions.
La région de l’Abitibi-Témiscamingue retrouve aussi un de ses élus au cabinet. Daniel Bernard, député de Rouyn-Noranda–Témiscamingue désormais domicilié en Estrie, devient ministre délégué à l’Économie et aux PME.
La Capitale-Nationale « en perte nette d’influence »
Avec les rétrogradations de Jonatan Julien (Charlesbourg) et de Geneviève Guilbault (Louis-Hébert), deux poids lourds de l’ère François Legault qui perdent leurs limousines respectives des Transports et des Affaires municipales, la voix de la Capitale-Nationale dans le prochain cabinet se résume à Jean-François Simard (Montmorency) et à Kariane Bourassa (Charlevoix–Côte-de-Beaupré).
« C’est une perte nette d’influence pour la région de Québec », analyse Thierry Giasson, directeur du Département de science politique de l’Université Laval. Il semble y avoir eu un basculement d’influence vers la rive sud, avec la région de Chaudière-Appalaches forte des portefeuilles des Affaires municipales, de l’Enseignement supérieur et, surtout, de l’Économie et de l’Énergie, désormais détenu par le député de Lévis, Bernard Drainville. »
Cette forte représentation au Conseil des ministres n’est pas étrangère à la montée en puissance des troupes conservatrices dans la région, croit Thierry Giasson.
« À la CAQ, l’opération “Sauvetage de meubles” doit être engagée – surtout dans la région de Québec. Une personne assez forte en gueule, comme Bernard Drainville, n’aura pas peur d’en découdre et d’aller au bâton contre Éric Duhaime », son ancien collègue de radio devenu le principal prédateur des sièges caquistes dans la Capitale-nationale et Chaudière-Appalaches.


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