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Choisir «entre papa et maman», le dilemme des partisans marocains

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Le Canada disputera samedi le match le plus important de sa jeune histoire en Coupe du monde en affrontant en huitièmes de finale le puissant Maroc. Pour certains membres de la diaspora marocaine de Montréal, le match aura des allures de dilemme.

Sur la rue Jean-Talon Est, à cheval entre les quartiers Saint-Michel et Saint-Léonard, les drapeaux marocains trônent fièrement sur plusieurs véhicules qui zigzaguent à travers le gigantesque chantier du prolongement de la ligne bleue du métro.

À quelques heures de l’affrontement entre le Maroc et le Canada, beaucoup semblent avoir tranché la pomme en deux en arborant des fanions des deux pays.

« Pour nous, c’est comme choisir entre la maman et le papa », illustre avec le sourire Zouair, propriétaire du café Amistad, l’un des quartiers généraux des partisans marocains dans le Petit Maghreb.

« On est venus jeunes ici, nos enfants sont des Canadiens. C’est difficile de faire un choix. »

Samedi, le petit établissement tapissé de drapeaux marocains (et de quelques fanions canadiens) sera assurément bondé de fans venus assister au duel en savourant un thé à la menthe.

« Sincèrement, on aurait souhaité que le Canada se retrouve dans une autre partie du tableau. Mais que le meilleur gagne, c’est ça le plus important. Et le Canada est un pays hôte de la Coupe du monde, on va le soutenir jusqu’au bout, c’est sûr et certain », raconte Zouair.

Un duel excitant et déchirant

À l’autre bout de la ville, du côté de Montréal-Nord, des centaines de partisans marocains sont également attendus samedi pour un rassemblement organisé dans un stade de soccer intérieur.

L’organisateur, Rachid Najahi, a fait les choses en grand, conviant un groupe de musique traditionnelle marocaine pour animer la foule.

Pour celui qui vit au Québec depuis 35 ans, le duel s’annonce excitant, mais aussi « déchirant ».

« Je suis divisé entre deux pays : celui de naissance et celui d’adoption. C’est un match très, très difficile. J’aurais souhaité qu’on se rencontre à la finale, pas maintenant », explique celui qui a suivi avec assiduité les parcours des deux équipes.

« Ici, c’est chez moi. Je me sens vraiment Canadien, j’ai suivi tous les matchs du Canada. Je mets mon maillot et, quand ils marquent, je crie ! » illustre M. Najahi, Casablancais d’origine.

Pour Rachid Jenani, blogueur originaire d’Agadir installé à Montréal, il est clair que son allégeance ira d’abord à son pays natal, même si la sélection canadienne est chère à son cœur.

« Ce sera un match déchirant, prédit-il. Il va y avoir pas mal d’émotions, mais au premier degré, c’est sûr que j’encouragerai le Maroc. Mais j’encourage le Canada contre toutes les autres équipes. »

Un défi pour l’unifolié

Ce qui est sûr, c’est que les Rouges en auront plein les pieds samedi à Houston : les Marocains sont classés parmi les puissances en ascension sur la planète foot.

Les Lions de l’Atlas ont marqué l’histoire lors de la dernière Coupe du monde, en 2022, en devenant la première équipe africaine à atteindre les demi-finales du plus prestigieux tournoi au monde. Ils avaient d’ailleurs infligé une défaite de 2-1 aux Canadiens en phase préliminaire.

Depuis, ils ont ajouté à leur palmarès une troisième place aux Jeux olympiques de Paris, en 2024, et une victoire (très controversée) en finale de la Coupe d’Afrique des nations l’année suivante. Les moins de 20 ans ont également remporté le titre mondial en 2025.

Classée 6e au palmarès de la FIFA, l’équipe marocaine n’a pas tremblé face aux puissances traditionnelles depuis le début du Mondial, enregistrant un match nul face au Brésil au tour préliminaire, puis arrachant sa place en huitièmes de finale face aux Pays-Bas en tirs de barrage. Le Canada peut-il vraiment tenir tête à l’équipe africaine, qui fait partie des pays hôtes de la prochaine Coupe du monde, en 2030 ?

« En tant qu’ancien joueur de soccer, je sais qu’il ne faut jamais tenir un match pour acquis. Toutes les équipes peuvent créer la surprise », prévient Rachid Najahi, qui voit dans le Canada une équipe en pleine progression.

Le gagnant de ce duel affrontera en quarts de finale les vainqueurs du match France-Paraguay.

Un sport transnational

Le dilemme que vivent certains partisans devant l’affrontement Canada-Maroc reflète bien le caractère « transnational » du sport mondial, et du soccer en particulier, selon Bachir Sirois-Moumni, professeur de communication sociale à l’Université Saint-Paul d’Ottawa.

« Un match Canada-Maroc, c’est une occasion en or pour réfléchir à la complexité des concepts d’identité et d’appartenance », estime le spécialiste du soccer.

Malheureusement, note-t-il, les membres des diasporas sont souvent ramenés à leur identité immigrante.

« Il faut un gagnant et un perdant, mais pourquoi les identités ne pourraient-elles pas être cumulatives ? Ça ferait justement partie de la richesse et du Canada et du Maroc. »

Cette hybridité est déjà bien présente sur le terrain.

« L’effectif du Canada, par exemple, est marqué par l’hybridité, le passage des frontières et la migration forcée », dit-il, en citant le cas de la vedette canadienne Alphonso Davies, né de parents libériens dans un camp de réfugiés au Ghana. Au total, sept joueurs de l’équipe canadienne ont vu le jour à l’extérieur des frontières canadiennes.

Même si elle met en avant son identité arabe et africaine, l’équipe marocaine est également façonnée par les migrations, à commencer par son gardien, Yassine Bounou, né à Montréal, dans Côte-des-Neiges, et déménagé au Maroc en bas âge.

Le défenseur Achraf Hakimi et l’ailier Brahim Diaz sont tous deux nés en Espagne et ont été formés dans la péninsule ibérique avant de choisir de porter le maillot étoilé. Issa Diop, héros de la victoire contre les Pays-Bas, a vu le jour en France d’un père sénégalais et d’une mère marocaine. La formation comprend également plusieurs joueurs aux origines amazighes (berbères).

« La trajectoire complexe de ces joueurs rend compte des limites du régime d’appartenance national, note Bachir Sirois-Moumni. Même si on met en scène des nations contre des nations, c’est un fait empirique que le sport n’a jamais été aussi transnational. »

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