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Le climat d'un pays façonne l'ensemble de la biodiversité qu'il abrite. Lorsque ce climat change, cela affecte automatiquement les êtres vivants, du plus petit au plus grand. Or, dans les écosystèmes, il n'y a pas que des animaux et des végétaux, il y a aussi des bactéries et des microbes. Les grandes migrations animales, comme celle des oiseaux, mais aussi les transports et les importations peuvent alors amener de nouvelles maladies, ou leur permettent de se propager dans d'autres régions. Et les humains ne sont pas les seuls concernés par les nouveaux risques sur la santé, nos animaux de compagnie également.
C'est justement l'un des termes abordés lors de la conférence « Climat Santé » organisée en décembre dernier par l'association Météo et Climat. L'un des intervenants, Stéphan Zientara, a accepté de répondre à nos questions sur l'émergence de nouvelles maladies à risque pour nos animaux de compagnie, et de ferme, en France.
Stéphan Zientara est docteur en médecine vétérinaire et directeur du laboratoire de santé animale Anses, à Maisons-Alfort. Il travaille sur la virologie animale et suit donc de près l'émergence de nouveaux virus sur notre territoire.
Stéphan Zientara est un vétérinaire spécialiste en virologie animale. © Stéphan Zientara
Futura : L’un des virus dont l’arrivée et la propagation ont été les plus surprenantes en France ces dernières années est le virus West Nile qui est originaire d’Ouganda et qui touche surtout les chevaux. De quoi s’agit-il exactement ?
Stéphan Zientara : C'est un virus qui est arrivé en France en 2000 : cette année-là, il y a eu 76 cas, dont 21 chevaux morts dans les environs de Montpellier. Il est lié au passage d'oiseaux migrateurs qui transmettent le virus à des moustiques. Les moustiques infectés peuvent ensuite piquer beaucoup d'espèces, mais la plupart n'ont pas beaucoup de signes cliniques. Il rend surtout malades les chevaux et les humains.
Depuis 25 ans, on a des cas quasiment tous les ans en France : avant, il était surtout présent dans l'Hérault, les Bouches-du-Rhône, le Var et la Corse. Il s'est propagé vers Bordeaux en 2022, puis jusqu'en Ile-de-France en 2025. L'année dernière, il y a eu des cas chez les chevaux et les Hommes dans les Yvelines, le Val-de-Marne et en Seine-Saint-Denis. Chez les chevaux, il y a plusieurs formes : 80 % sont asymptomatiques, mais il y a une forme fébrile avec de la fièvre et une forme neurologique.
Le virus West Nile est transmis par les moustiques. Il peut toucher les chevaux, mais aussi les Hommes. © Chalabala, Adobe Stock
Stéphan Zientara : Le virus remonte vraiment au nord de l'Europe depuis quelques années, dans les Pays-Bas, la Belgique, l'Allemagne, la Pologne ; on ne voyait pas ça avant. Des scientifiques ont modélisé sur ordinateur l'évolution du virus West Nile en Europe, en fonction de la température, de la densité humaine, de la densité végétale, etc. Et lorsqu'ils ont fait monter la température au niveau européen, leur modèle a produit exactement le résultat que l'on constate aujourd'hui. Ce n'est pas une preuve absolue, mais cela montre quand même le lien entre augmentation de la température et augmentation de l'incidence de la maladie vectorielle.
Futura : Les chiens et les chats sont-ils aussi touchés par de nouveaux agents pathogènes qui profitent d’un climat de plus en plus chaud ?
Stéphan Zientara : Il y a surtout des maladies qui existaient déjà dans le sud de la France, dont l'intensité augmente et pour lesquelles la zone de développement s'étend. L'extension des tiques sur le territoire augmente, donc les maladies transmises par les tiques augmentent également, comme la maladie de Lyme, pour les chiens et pour l'Homme, et la piroplasmose pour les chiens et les chevaux. La leishmaniose est transmise par de petits moucherons jusque-là uniquement présents au sud, et qui ont tendance à remonter vers le nord. La maladie des vers du cœur progresse aussi, avec des vers qui se localisent dans les artères et dans le cœur droit. Elle est aussi transmise par les moustiques, dont la durée du cycle augmente.
Il faut aussi rappeler que le réchauffement climatique a à peu près les mêmes conséquences sur les animaux que sur l'Homme : il y a plus de risques de déshydratation, d'allergies à cause de cycles végétaux plus importants, mais aussi plus de maladies cutanées. La chaleur et l'humidité favorisent en effet le développement de bactéries et champignons au niveau cutané.
Les maladies transmises par les tiques sont en augmentation partout en France. © diy13, Adobe Stock
Futura : Y a-t-il des régions de France qui ne sont pas concernées par le développement de ces maladies animales, ou moins concernées ?
Stéphan Zientara : La plupart de ces maladies ont une incidence plus faible au nord qu'au sud, mais tout va remonter. Aucun département n'est à l'abri de ce genre d'infections.
Aucune zone de France n'échappe à la progression des maladies et des virus en raison d'un climat de plus en plus chaud. © Cynoclub, iStock
Futura : Qu’est-ce qu’on surveille actuellement dans les autres pays et qui pourrait arriver en France prochainement ?
Stéphan Zientara : Il y a tellement d'agents pathogènes que c'est difficile de tous les surveiller. Il y a notamment la fièvre de la Vallée du Rift qui est présente en Afrique et qui risque vraiment de s'introduire en Europe. Elle est transmise par les moustiques et peut infecter les bovins, les caprins, mais aussi l'Homme.
Il y a heureusement eu une évolution technologique très importante ces dernières années : nous avons désormais des outils pour rechercher un agent pathogène, même inconnu, lorsqu'un individu présente un syndrome clinique.
Il faut que les autorités européennes essaient de dégager des fonds pour la recherche. Il y a des moyens de surveillance, mais pas assez de moyens pour former les chercheurs de demain.


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