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Pendant environ un an à la tête de Métaux Torngat, Yves Leduc a souligné à grands coups de promesses l’importance du projet de terres rares de la minière. Depuis sa démission et son remplacement intérimaire par Maryse Bélanger, une « opératrice » à la longue feuille de route, le ton a changé.
Sans minimiser le caractère stratégique d’une nouvelle mine et usine de terres rares lourdes au Québec, Mme Bélanger tient à remettre les choses en perspectives.
C’est un projet complexe, dit-elle, mais c’est un projet relativement petit. C’est une petite mine, une petite usine.
La retenue avec laquelle la cheffe de la direction par intérim de Métaux Torngat parle de son projet contraste avec la flamboyance de son prédécesseur. En juin, par exemple, Yves Leduc affirmait que ce projet-là transporte sur ses épaules le succès de la transition énergétique.
Ce changement de ton de la part de Maryse Bélanger est à son image, celle d'une femme ancrée dans l’industrie minière depuis 40 ans.

Maryse Belanger a travaillé pour plusieurs entreprises minières. En 2017, elle était la directrice des opérations d'Atlantic Gold Corporation. (Photo d'archives)
Photo : The Canadian Press / Andrew Vaughan
Pour moi, un développement minier, c’est exceptionnel, parce que je suis une vieille opératrice.
Mme Bélanger a travaillé en ingénierie, aux services techniques et en planification minière au sein de grandes compagnies minières, comme Goldcorp, par exemple.
Cette connaissance de l’industrie est aussi ce qu’elle cherche à trouver chez le prochain chef de la direction de Métaux Torngat, un poste qu’elle ne compte pas occuper de façon permanente. Idéalement, il nous faut quelqu’un qui a construit, qui connaît le travail en développement de projet, dit-elle.
Et bien sûr, son remplaçant devrait être une Québécoise ou un Québécois, et être francophone. C’est une mauvaise blague, mais on a vu ce qui est arrivé au PDG d’Air Canada, plaisante-t-elle.
Peu importe qui sera le prochain chef de la direction de Métaux Torngat et quelles seront ses compétences, la Coalition Québec meilleure mine se montre critique des changements fréquents à la tête des entreprises.

Rodrigue Turgeon, le co-porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine (photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Alban Normandin
Son co-porte-parole, Rodrigue Turgeon, estime que la succession de directeurs nuit à la relation à bâtir entre les minières et les populations.
C'est toujours à recommencer, ce lien de communication, dit-il. C'est difficile pour les communautés lorsqu'il y a une personne qui leur assure qu'elle ferait les suivis auprès des dirigeants et que cette personne-là part.
Recommencer à zéro les relations avec les Innus
Les efforts de Métaux Torngat pour rendre son projet socialement acceptable pour les communautés innues de la région ont des résultats mitigés. Et à Matimekush Lac-John, Maryse Bélanger croit qu’ils doivent repartir sur de nouvelles bases.
Recommencer, recommencer à la base, indique-t-elle : avoir des gens en permanence dans les communautés, faire de la vulgarisation, faire les choses petit à petit. Je pense que c’est important de donner aux gens un peu de temps.

Huit Innus de Matimekush Lac-John ont parcouru plus de 250 kilomètres à motoneige pour se rendre sur le site de chasse de leurs ancêtres et au camp de base de Métaux Torngat. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté : Rodrigue McKenzie
Reste que le défi est imposant. Des membres de la communauté de Matimekush Lac-John rejettent l’idée d’une mine sur leur territoire traditionnel et sont allés jusqu’à manifester leur opposition au campement du lac Brisson lui-même.
La question se pose donc : le projet de mine de terres rares de Métaux Torngat doit-il avoir le consentement des communautés autochtones de la région pour se concrétiser? C’est une bonne question. À mon esprit, nous avons besoin de leur consentement, répond Mme Bélanger.
Vers une inscription en bourse?
Les deux milliards de dollars nécessaires à la réalisation du projet de Métaux Torngat seront difficiles à trouver, reconnaît la présidente du conseil d'administration.
C’est pourquoi Maryse Bélanger semble préconiser l’option de devenir une entreprise cotée en bourse.
Il faut être réaliste, des projets de plusieurs milliards de dollars, ça se fait difficilement dans le privé, affirme-t-elle. Ça se fait à la bourse, où monsieur et madame Tout-le-Monde peuvent devenir actionnaires.
Entre-temps, une ronde de financement est en cours avec pour objectif de trouver davantage d’investisseurs québécois et canadiens. Des communautés autochtones ont aussi été approchées pour devenir actionnaires.


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