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Chaise électrique, peloton d’exécution, gaz : le retour aux vieilles méthodes aux USA

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Les "images" d'exécutions sont toujours un peu les mêmes. Du moins ce que l'on en perçoit, nous, sur notre canapé à l'heure du JT. Un "off" d'environ trente secondes nous montre, généralement, des plans de barbelés, de la façade d'un pénitencier, d'un petit groupe de citoyens protestant, en vain, avec des pancartes. Le monteur enchaîne avec le cliché d'un homme ou d'une femme dans une combinaison orange, une image de salle d'exécution vide, suivie d'une conférence de presse. Un condamné à mort en plus. On déplore le procédé. Et puis, sans transition, on passe au sport… "De l'acte lui-même il est dit qu'on ne saura rien. Ou du moins qu'on ne verra rien. La loi qui organise la mort en organise le secret. Les images sont interdites. Il n'existe aucune photo, il n'existe aucun film de la mort en train d'être donnée par en application de la loi. Il n'en existe aucune représentation directe. On n'a que des mots", écrit Constance Debré qui a choisi, dans son nouveau livre, de nous "forcer" à regarder ce qu'il se passe aux États-Unis.

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Le retour aux vieilles méthodes

Pour y parvenir, l'autrice s'est, notamment, échinée à éplucher pendant deux ans les protocoles d'exécution. Comme un manuel d'utilisation avec des "bullet points". Absurde. Elle détaille le matériel utilisé (le voltage nécessaire, la longueur de la corde, le gaz utilisé – le même que le Zyklon B –, etc.), le rôle des bourreaux (souvent sans compétences médicales), la présence des témoins, le prix du dernier repas… Tout est prévu et écrit noir sur blanc selon les méthodes utilisées, à savoir l'injection létale, mais aussi de plus vieilles méthodes réutilisées comme la chaise électrique, le peloton d'exécution, la chambre à gaz, la pendaison. Toutes légales…

Surtout, Constance Debré revient en long et en large sur le moment de l'exécution. Les conséquences sur le corps, la souffrance et les incidents : l'éponge qui prend feu, les yeux qui sortent des orbites, le trépas qui prend, parfois, dix minutes, les témoins qui s'évanouissent… Une lecture insoutenable.

Il y a 36 ans, les Etats-Unis arrêtaient déjà un président lors d'un épisode rocambolesque: Bush avait alors une justification différente de Trump

La sobriété décuple la force du texte

Contrairement à son dernier ouvrage, Offenses , dans lequel elle dressait le portrait d'un Raskolnikov moderne, Constance Debré s'est, cette fois-ci, dépouillée de sa plume acérée et de ses envolées. Les phrases sont toujours aussi courtes, les mêmes injustices sont dénoncées, mais sa rage est "ravalée". L'ancienne avocate pénaliste s'efface derrière les protocoles de condamnation à mort. Et cette sobriété décuple, en fait, la froideur de la machine administrative qui mène à "l'échafaud".

En jouant judicieusement avec les contrastes, aussi, elle nous immerge dans le malaise d'un pays qui est en train de basculer. Dans l'État où l'autrice se trouve et qu'elle ne nomme jamais, mais qu'on devine (la Californie), le soleil brille autant que les sourires, même lorsqu'il est question de raconter un drame personnel, et alors que flotte "quelque chose d'inquiétant dans l'air" . Entre feux et tremblements de terre.

Ses réflexions sur la peine capitale se mêlent à sa vie aux États-Unis. Certains passages et rencontres faites apportent une touche encore plus absurde à la vie aux USA. Notemment les classes privilégiées : la plupart des gens qu'elle croise ne travaillent pas, de jeunes étudiants ont payé 60 000 dollars par an pour écrire de la poésie... D'autres anecdotes personnelles sur ses rencontres amoureuses, amicales ou sexuelles paraissent, en revanche, superflues, quand on a lu ses ouvrages précédents.

Ce texte court à la Victor Hugo et son Dernier Jour d'un condamné n'en reste pas moins essentiel. Alors que le portrait de Robert Badinter trône au-dessus du Panthéon depuis son entrée dans l'institution en 2025, le combat abolitionniste n'est pas totalement acquis en France. Selon le baromètre annuel du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) publié il y a une année tout pile, 49 % de la population française déclare être favorable au rétablissement de la peine de mort, interdite depuis le 9 octobre 1981.

"Protocoles" | Récit De Constance Debré, Flammarion, 144 pp. | Prix19 €, version numérique 14 €

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