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Vous venez de publier "Baisers du singe" qui contient 215 lettres, dont 187 inédites en français, de Virginia Woolf et de sa sœur Vanessa. Ce qui leur confère un caractère exceptionnel !
C'est totalement inédit et c'est l'idée que tout le monde salue. Ces lettres, pour la plupart, n'ont jamais été publiées, même pas en anglais, ce qui est incroyable.
Quelle a été la genèse de cet ambitieux projet ?
C'est un travail au long cours, entamé il y a plus de dix ans. En marge de mon travail de production culturelle à la RTBF, j'ai eu envie de revenir à mes premières amours – je suis traductrice de formation- et j'ai suivi un cycle de traduction littéraire dans le cadre du Centre européen de traduction littéraire, pour lequel, en octobre 2017, j'ai consacré mon mémoire aux lettres de Virginia Woolf à sa sœur, sur les conseils d'Anne-Marie Smith-Di Biasio, une de mes profs qui dirigeait alors les études woolfiennes à Paris.
Lorsque j'ai découvert toute la correspondance de Virginia Woolf, environ 4000 lettres publiées à la Hogarth Press, parmi lesquelles les 450 lettres à sa sœur, j'ai été emportée par la liberté de ton, l'ironie, la complicité, l'humour, parfois féroce, qui s'en dégageait. La veille de ma défense orale, je me suis soudain posé cette question : Vanessa répondait-elle à Virginia ? J'ai alors songé à reconstituer leur correspondance. Alice Déon, directrice des Éditions de la Table Ronde, qui avait lu mon mémoire, a tout de suite embrayé et c'est ainsi que nous avons retrouvé 350 lettres de Vanessa à Virginia dans un fonds privé à New York. On a photographié les lettres manuscrites puis retranscrites et obtenu l'accord de la petite-fille de Vanessa, qui nous disait combien sa grand-mère en aurait été honorée. J'ai privilégié les lettres qui se répondaient et celles qui faisaient avancer leur histoire commune et personnelle, celle de deux sœurs, deux femmes, deux artistes, l'une peintre, plus célèbre à l'époque que l'autre, l'écrivaine que l'on sait. La traduction a pu commencer, Anne-Marie prenant la voix de Vanessa et moi, gardant celle de Virginia. Avec son lot de difficultés, comme résister à la surinterprétation quand on n'arrive pas toujours à saisir ce que Virginia a en tête (le fameux flux de conscience).
De Proust à J.K. Rowling, ces auteurs de chefs-d'œuvre refusés par les éditeursQu'est-ce qui vous a le plus marqué dans cet abondant courrier ?
J'ai découvert Vanessa ! Sa peinture magnifique, sa vie de femme, de mère et bien sûr de sœur. Et puis ce goût de Virginia pour les potins, quelle surprise ! On est loin de la Virginia Woolf froide et cérébrale, dépressive, malheureuse en amour que certains s'imaginent parfois. Elle est drôle, vivante, respire la sensualité, notamment dans son rapport à la nature et est très engagée, entre autres pour les femmes et contre la guerre. Il y a sa fragilité mentale bien sûr et on avance dans l'histoire avec la peur de l'issue fatale que l'on connaît. La correspondance s'achève avec la mort de Virginia Woolf, au début de la Deuxième Guerre mondiale. J'arrivais à ces pages à l'heure même où la guerre en Ukraine commençait. Je retrouvais le même vocabulaire guerrier dans ses lettres que dans mes journaux. Et la même angoisse. C'était très fort et cela dit toute la modernité de cet ouvrage. Virginia Woolf est vraiment notre contemporaine !
Virginia Woolf et sa sœur Vanessa Bell raffolaient des commérages: "Il y a toujours un coin de ma tête où je te garde une pleine besace de potins"Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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