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Cette autrice de Loire-Atlantique témoigne : "Les violences conjugales, ça existe aussi à l'adolescence"

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Capucine Coudrier, originaire de Chaumes-en-Retz, publie un livre consacré à un sujet encore largement invisibilisé : les violences au sein des couples adolescents.

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Capucine Coudrier

Capucine Coudrier est militante féministe, créatrice de contenus et autrice. Editée chez Albin Michel, elle livre un texte qui mêle analyse sociologique et récit personnel pour sensibiliser. ©Maxime Sichet

Par Marion Vallée Publié le 19 avr. 2026 à 18h00

« Bien sûr que j’ai eu des appréhensions avant de me livrer sur cette partie la plus intime de mon histoire », confie Capucine Coudrier. Mais grâce aux nombreux retours de lecteurs et lectrices, l’autrice de 26 ans, origine de Chaumes-en-Retz (Loire-Atlantique), est aujourd’hui convaincue d’avoir fait le bon choix.

Dans son livre, J’avais 15 ans. Je croyais l’aimer. Je me taisais, publié le 4 mars 2026, retrace les violences physiques, sexuelles et psychologiques, qu’elle a subies entre 15 et 18 ans dans sa première relation amoureuse avec un garçon. Durant les trois ans de leur relation, celui qu’elle a renommé Lucas, mineur aussi, lui assène de nombreuses violences. Petit à petit, il l’isole de ses amis et de sa famille, la rabaisse psychologiquement, l’agresse physiquement. Ces violences physiques s’accompagnent de violences sexuelles.

Plus qu’un simple témoignage, l’ouvrage se veut aussi une réflexion sociétale sur les victimes, les agresseurs et les failles du système judiciaire. À travers un récit intime et engagé, l’autrice revient sur son histoire personnelle, mais aussi sur un phénomène de société qui touche des milliers de jeunes.

Les violences conjugales, ça existe aussi à l’adolescence. »

Des chiffres accablants

Les violences dans les jeunes couples restent largement minimisées. « On dédramatise, on considère que ce n’est pas un vrai sujet », explique l’autrice. Pourtant, les chiffres sont alarmants : selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une femme sur quatre dans le monde est victime de violences conjugales de la part d’un partenaire avant 25 ans. En France, une victime sur cinq a entre 15 et 19 ans.

À l’adolescence, ces violences conjugales sont d’autant plus difficiles à identifier. « Moi-même, j’étais consciente que les violences conjugales existaient. Mais je ne m’y reconnaissais pas. Je ne m’identifiais pas à ça. Comment mettre des mots sur quelque chose que l’on ne connaît pas ? » souligne-t-elle. Jalousie, contrôle du téléphone, isolement… Autant de comportements encore trop souvent banalisés, voire valorisés, alors qu’ils constituent déjà des formes de violence.

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Une réalité observée sur le terrain

Aujourd’hui, en plus de créer des contenus féministes sur sa chaîne Ovaires the Rainbow, Capucine Coudrier intervient dans les établissements scolaires pour sensibiliser les jeunes. Et le constat est préoccupant : les comportements problématiques persistent, voire s’aggravent. Elle observe une forme de fracture : des jeunes filles de plus en plus sensibilisées aux enjeux féministes, face à une montée du masculinisme chez certains garçons, alimentée notamment par des contenus diffusés sur les réseaux sociaux. « Il y a dix ans, c’était un non-sujet, explique-t-elle. Aujourd’hui, les influences sont plus visibles, mais les comportements restent mal identifiés. »

Les mécanismes de l’emprise

Dans son livre, l’autrice décrypte les mécanismes progressifs de l’emprise : manipulation, domination affective, culpabilisation, isolement. Une spirale dans laquelle les victimes s’enferment souvent sans en avoir conscience. Elle évoque également les conséquences psychologiques : honte, culpabilité, déni, mais aussi des phénomènes comme l’amnésie traumatique. « J’avais des souvenirs très clairs… et des mois totalement effacés », raconte-t-elle.

En parler avec des professionnels

Après avoir quitté son agresseur, Capucine Coudrier a entamé un long processus de reconstruction. Elle porte plainte, mais la procédure est classée sans suite. « Au moins, il restera des traces de cette plainte et ça pourrait servir à d’autres », s’est consolée sur le coup Capucine Coudrier. Malgré tout, la jeune femme souligne l’importance de parler. Pour elle, les échanges avec des professionnels ont été une étape déterminante.

J’ai contacté le 3919 pour raconter mon histoire. C’est là que j’ai compris que ce que j’avais subi n’était pas normal. »

Pour l’autrice, la société prend le problème à l’envers.

On ne s’attaque pas aux causes profondes. C’est un problème systémique, lié à une société encore marquée par le patriarcat. Pourquoi apprend-on aux filles à avoir peur plutôt qu’aux garçons à ne pas violer ? »

Elle pointe également les défaillances institutionnelles, notamment en matière de prévention. Selon elle, une meilleure application de l’éducation à la vie affective et sexuelle à l’école permettrait déjà de limiter ces situations. « Le programme scolaire d‘Éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (Evars) est très bien pensé. S’il était appliqué dans toutes les écoles, je pense qu’il y aurait moins de violences et plus de signalements. »

Capucine Coudrier insiste sur l’importance du dialogue dès le plus jeune âge. « Les relations amoureuses ne doivent pas être un sujet tabou. Il me semble important d’aborder tôt les notions de respect et de consentement. » Rester attentif aux signaux faibles, ne pas minimiser les émotions des adolescents, maintenir une porte ouverte au dialogue… « Une victime ne se confiera pas forcément du premier coup. Mais il faut être là. »

« J’écris pour celle que j’ai été »

Depuis la sortie de son livre, Capucine Coudrier a reçu de nombreux témoignages : victimes, proches, personnes ayant pris conscience tardivement de ce qu’elles avaient vécu. « J’écris pour celle que j’ai été. Et pour toutes celles qui cherchent encore des réponses. » À travers son ouvrage, elle redonne une voix à celles et ceux que l’on n’a pas crus, ou que l’on a trop souvent réduits au silence.

J’avais 15 ans. Je croyais l’aimer. Je me taisais, de Capucine Coudrier. Editions Albin Michel. Parution 4 mars 2026. 19,90€ ; 288 pages.

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