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L'Irlande est frappée par la sécheresse. L'herbe ne pousse plus et les éleveurs laitiers, inquiets, doivent déjà puiser dans leurs stocks de fourrage d'hiver. Le média public irlandais RTE les a rencontrés.
Publié le 17/08/2026 16:11
Temps de lecture : 4min
Un éleveur irlandais, interrogé par le média public RTE. (RTE)
En Irlande, l'absence de croissance de l'herbe, due à la longue période de sécheresse qui sévit sur l'île, coûte environ 500 euros par jour à de nombreux éleveurs laitiers, qui doivent puiser dans leurs réserves de fourrage d'hiver pour nourrir leurs troupeaux. Dans certaines régions de l'est et du sud du pays en particulier, le manque de précipitations au cours du dernier mois a entraîné un déficit d'humidité du sol pouvant atteindre 94 mm, ce qui a pratiquement stoppé la croissance de l'herbe.
Selon Shay Phelan, spécialiste des cultures au Teagasc [l'organisme public irlandais de recherche et de conseil agricoles], la majeure partie de la région a enregistré "environ cinq ou six millimètres de pluie sur l'ensemble du mois de juillet. Ce n'est rien, et cela signifie, en gros, qu'il n'y a pas de croissance."
Cela pose un problème majeur aux éleveurs, qui doivent trouver d'autres moyens de nourrir leurs bêtes. Le troupeau laitier de 130 vaches de William Cassidy, éleveur du comté de Laois, au centre de l'île, a quitté les pâturages et commence à puiser dans les réserves de fourrage. "L'objectif serait d'avoir 300 jours de pâturage, mais cela fait maintenant six semaines que nous donnons des rations d'hiver complètes à nos animaux et la fin n'est pas en vue : il n'y a absolument pas d'herbe", explique l'éleveur.
"Les vaches sont heureuses, mais tout cela a un prix : ce sont les rations de l'hiver prochain qu'elles sont en train de manger."
William Cassidy, éleveur dans le comté de Laois
à RTE
Selon William Cassidy, le fait de devoir nourrir son troupeau de cette manière "coûte probablement 4 euros supplémentaires par vache et par jour à l'heure actuelle, dans une année où les coûts sont déjà élevés en raison de l'azote, des engrais et des prix élevés de l'énergie". "Rien que pour moi, alors que j'ai un troupeau de taille tout à fait moyenne comptant 130 vaches, cela me coûte 500 euros par jour", se désole-t-il.
Le comté de Carlow est l'une des zones où les déficits d'humidité du sol posent d'énormes problèmes aux agriculteurs. Selon Alan O'Reilly, de l'agence météorologique Carlow Weather, "seuls 4 mm de pluie sont tombés depuis le 1er juillet dans certaines parties du comté". "Il a vraiment très, très peu plu. Nous avons connu des températures très élevées, allant jusqu'à 30°C. Malheureusement, les conséquences sont très visibles lorsque je me promène à pied ou à vélo dans les environs de Carlow : les terres sont tout simplement complètement brûlées."
Alan O'Reilly explique que les modèles météorologiques "continuent d'indiquer que la pluie se dirige vers l'Irlande et le sud-est, puis qu'elle se déplace un peu plus vers le nord-ouest, ce qui explique pourquoi la situation est très différente dans certaines régions de l'Ouest et du Nord". "Mais à Carlow et dans le sud-est en général, ces précipitations n'arrivent tout simplement pas. Il semble bien qu'il y aura un peu de pluie lundi, mais là encore, les quantités ne cessent de diminuer à mesure que nous nous rapprochons du front météorologique."
Gilbert Smyth, un agriculteur de Bagenalstown, possède un troupeau de vaches laitières et une exploitation de grandes cultures avec sa femme et son fils. En ce qui concerne les travaux du sol, il déclare que cette année, "malheureusement, les rendements sont en baisse, bien en dessous de ceux du printemps, et ce d'autant plus que ceux de l'hiver". "Nous souffrons énormément de la perte de revenus liée au rendement, de la baisse des quantités de paille à vendre et de la flambée des coûts. "
Gilbert Smyth gère un troupeau de vaches allaitantes et une exploitation de grandes cultures (RTE)
Cet agriculteur de Carlow explique qu'en raison de la baisse des rendements, il va devoir économiser dans d'autres domaines. "Compte tenu de la taille de notre entreprise, nous disposons toujours d'une certaine somme d'argent à réinvestir. Quelqu'un d'autre va en faire les frais à la fin de cette année, car nous ne réinvestirons probablement dans rien. À l'avenir, nous n'apporterons que très peu d'améliorations au site, qu'il s'agisse des machines, des bâtiments ou de quoi que ce soit d'autre lors des douze prochains mois."
En ce qui concerne les cultures, Shay Phelan, de l'organisme irlandais Teagasc, indique qu'au-delà du rendement, la taille et la qualité des récoltes sont fortement affectées par le manque d'humidité. "On constate dans cette région que les cultures, comme le maïs par exemple, qui devraient mesurer huit ou neuf pieds de haut [autour de 2,5m], n'atteignent en réalité que 5 ou 6 pieds environ [environ 1,75m]. Elles ne vont pas exploiter pleinement leur potentiel comme elles le devraient", souligne Shay Phelan.
"Si on prend l'exemple des pommes de terre, on va constater une baisse des rendements, une diminution de la taille des tubercules, et les producteurs auront du mal à répondre aux exigences de qualité requises pour que leurs produits soient mis en rayon dans les supermarchés."
Shay Phelan, de l'organisme irlandais Teagasc
à RTE
Francie Gorman, président de l'Association des agriculteurs irlandais, a effectué une tournée éclair dans les exploitations agricoles les plus touchées par la canicule et la sécheresse. "Nous avons déjà demandé la convocation du Comité national pour le fourrage et la sécurité alimentaire… Nous souhaitons qu’il se réunisse sans délai et que le ministre prenne des mesures pour aider les agriculteurs à traverser cette période", plaide-t-il.
"Tout d'abord, je pense que le gouvernement doit subventionner le transport du fourrage depuis les régions du pays où il est disponible vers celles où il est nécessaire", ajoute ce responsable. "Nous souhaitons également que les banques et les commerçants se mobilisent afin de faire en sorte qu'ils puissent apporter tout leur soutien aux agriculteurs pendant cette période où les coûts constituent un problème majeur."
Le ministre de l'Agriculture a déclaré qu'il envisagerait de convoquer à nouveau le Comité national pour le fourrage et la sécurité alimentaire dans le but d'aider les agriculteurs, dès que le Teagasc aura achevé son enquête nationale sur le fourrage dans les semaines à venir. Martin Heydon n'a pas non plus exclu la mise en place de mesures de soutien supplémentaires en faveur des agriculteurs.
Un article écrit par Aengus Cox (RTE), initialement publié le 13 août 2026 à 20h39 . Traduit et édité pour franceinfo par Alice Kouri.


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