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En mai dernier, du haut des marches du dernier Festival de Cannes, Cédric Klapisch, 64 ans, a eu le temps de contempler son histoire. Qui aurait pu ne jamais le mener sur le célèbre tapis rouge, si les hasards de la vie (et deux bonnes fées) ne lui avaient pas prêté leur concours.
Pourtant, réalisateur, c'est le métier dont il a toujours rêvé. Alors, au sortir de ses années de secondaires, il tente, à deux reprises, le concours de l'IDHEC (Institut des Hautes Études Cinématographiques, future Femis), auquel il échoue. "La deuxième fois où je l'ai raté, j'ai eu un moment de déprime totale. Je me suis dit que je rêvais de faire du cinéma mais que je n'y arriverai jamais. Le sentiment d'échec était très fort", explique le cinéaste. Alors il prospecte à l'étranger : Belgique, Angleterre, États-Unis. "J'ai été pris à New York et j'ai donc étudié là-bas. Ça a été la chance de ma vie de rater le concours de l'Idhec. Ça a vraiment changé plein de choses. Mais le renversement, je ne l'ai pas vécu au moment où je suis parti aux États-Unis. C'est presque comme si je le vivais maintenant, en me rendant compte combien les films que je fais ont été influencés par le fait de ne pas avoir été dans cette école à Paris, d'avoir dû chercher ailleurs. Tout ça m'a enrichi et c'est fou de ne le relire que maintenant."
Ce qu'il a appris dans son école de cinéma de la Grosse Pomme, c'est, avant tout, l'altérité. Un mot qu'il appuie, comme pour qu'on en mesure la dimension. "Déjà, il y avait le fait d'apprendre une langue étrangère, d'être immergé dans un pays étranger. C'est un peu ce que raconte L'auberge espagnole. C'est vraiment un film qui est transposé de ce que j'ai vécu à New York, en étant un étudiant français dans un autre pays. J'ai été obligé de me confronter aux gens du reste du monde. L'histoire avec Cécile de France, dans ce film, est liée à une histoire que j'ai vécue avec une copine lesbienne. Je découvrais qu'il y avait des filles qui n'aimaient pas les garçons. Cette altérité est vraiment fondamentale pour exercer le métier que je fais. Aujourd'hui, je considère que faire du casting, c'est se confronter à ça. On se dit "Je voudrais quelqu'un qui est grand et blond" et puis on se retrouve avec quelqu'un de petit et brun, simplement parce qu'on a rencontré quelqu'un qui est le personnage. Il y a le plaisir d'être étonné par la rencontre. C'est en cela que ce voyage-là a été très important."
Ce qui le meut
À vingt-cinq ans, quand il rentre en France, son envie de faire des films lui est plus que jamais chevillée au corps. "Je m'étais convaincu que j'étais doué pour être réalisateur. L'idée, c'était de convaincre les autres. Et ça, ça a été un peu dur", dit-il en riant. Pour son premier court métrage, il n'arrive pas réunir l'argent nécessaire, ni à convaincre des producteurs. "Ça a été, à nouveau, un moment très douloureux. Pendant trois ou quatre ans, j'avais un scénario de court métrage mais je n'arrivais pas à le financer. Là, je me suis dit OK, si je n'y arrive pas, j'arrête là et je fais autre chose. Je me souviens d'un moment où je me suis effondré en larmes en me disant que cela ne marcherait jamais. Ce moment est super marquant pour moi. Je devais avoir vingt-sept ans et je savais que je devais faire des choix, gagner ma vie. Et, là, il s'est passé un truc miraculeux : deux bonnes fées, Patrice Bauchy, qui travaillait chez Canal + au court métrage et Sylvie Blum, chez Arte, m'ont repêché. Ils m'ont aidé à trouver de l'argent et c'est un truc qui ne s'oublie pas. C'est un point de bascule parce que c'est à ce moment-là que je suis devenu réalisateur."
Jacques Mercier: "Brel m'a interpellé joyeusement. Pour la première fois, je n'étais plus vu comme un enfant, mais comme un adulte qu'on vouvoie"Son premier court métrage, sorti en 1989, s'appelait Ce qui me meut, sorte de faux documentaire rendant hommage à Etienne-Jules Marey, chronophotographe, auteur de nombreuses recherches sur le mouvement et considéré par beaucoup comme l'un des inventeurs du cinématographe. "Ce qui me meut" est aussi le nom choisi par le cinéaste pour sa société de production.
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