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Ce que disent les données sur notre relation avec le CH

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Selon la légende, au Québec, la vie tourne au ralenti et les villes sont désertées lorsque le Canadien de Montréal dispute un match de séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey. Est-ce vrai ? Exploration en données parfois insolites.

« Pas de grand impact » sur les urgences

La croyance populaire veut que les urgences vivent une baisse radicale de fréquentation lors des matchs du Bleu-Blanc-Rouge, et les données recueillies par Le Devoir auprès de Santé Québec montrent une certaine baisse du nombre d’arrivées aux urgences les soirs où des matchs de hockey sont télévisés.

Mais « les matchs des Canadiens n’ont pas de grand impact sur les arrivées à l’urgence », tempère la société d’État.

Dans les 38 urgences des régions de Montréal, de Laval, de Lanaudière, des Laurentides et de la Montérégie, du 1er avril au 2 mai (soit en plein cœur de la série victorieuse du CH contre le Lightning de Tampa Bay), il y a eu en moyenne 16 arrivées de moins lors des heures de match (19 h et 22 h 59), les soirs où le Canadien s’activait sur la patinoire, que lors des soirées sans parties. Santé Québec y répertoriait aussi 54 arrivées de moins de 7 h à 18 h 59 si le Canadien disputait une partie en soirée. Les périodes d’après-match (de 23 h à 9 h 59 le lendemain) voyaient pour leur part environ 35 arrivées de plus qu’une nuit régulière.

Généralement, les 21 urgences généralistes de Montréal revoient environ 4 % moins de patients les soirs de matchs des séries.

Une exception notable existe cependant : l’Institut de cardiologie de Montréal. Les urgences de l’établissement spécialisé dans les problèmes du cœur ont observé une hausse d’achalandage de 20 % ces mêmes soirs.

« Je suis allée voir les raisons de consultation, et c’est dans la grande majorité des cas liés directement au match. Donc, quelqu’un va dire : “J’ai eu une grosse douleur après un but” ou “J’ai eu des grosses palpitations pendant le match” », explique en entrevue la Dre Julie Sirois, cheffe du Département de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal.

Travaillant également dans une urgence généraliste, la Dre Sirois mentionne que, selon son expérience sur le terrain, les soirs de matchs de séries éliminatoires sont généralement plus calmes. « On a le temps de manger, on a le temps de tout faire. »

En métro ou à vélo ?

Le format des séries éliminatoires l’oblige : environ la moitié des matchs du Canadien sont disputés à domicile. De tels événements au Centre Bell augmentent la circulation dans les environs, à commencer par les deux stations de métro à proximité, Lucien-L’Allier et Bonaventure, qui sont plus utilisées les soirs où le Canadien joue chez lui.

Le 12 mai dernier, alors que le CH affrontait les Sabres de Buffalo au Centre Bell, la Société de transport de Montréal (STM) a enregistré 34 000 clients à ces deux stations, soit 8000 de plus que lors d’un mardi régulier (26 000 passagers).

« Notons qu’il s’agit d’une légère augmentation par rapport aux 5000 clients [de plus] généralement observés à ces stations lors d’un match de la saison régulière », souligne la STM.

« Cela dit, cette hausse de l’achalandage n’est pas anormale ou record, comparativement avec d’autres événements montréalais que le métro gère chaque année et qui génèrent une hausse d’achalandage plus importante », précise le transporteur.

Qu’en est-il du vélo ? Une analyse des données ouvertes de trois compteurs de vélos de la Ville de Montréal montre une baisse de l’achalandage lors des deux matchs numéro sept qu’a dû disputer le Canadien (le 3 mai, contre le Lightning et le 18 mai, contre les Sabres), suivie d’une soudaine hausse lorsqu’ils prennent fin.

Pour ce qui est de l’utilisation du service Bixi, ces deux journées ont respectivement compté 43 566 et 50 089 déplacements. La moyenne journalière de ce mois de mai (51 802 déplacements) est par contre légèrement moins élevée que celle observée en 2025 (52 290).

Le 4 mai 2025, par exemple, on avait compté 56 673 déplacements en Bixi, soit 30,23 % de plus que le même jour en 2026. Mais lors de la Journée nationale des patriotes de l’an dernier (le 19 mai 2025), Bixi n’avait enregistré que 32 368 déplacements : le réseau de location de vélos fut donc 36 % moins utilisé ce jour-là que lors de l’affrontement ultime contre les Sabres de Buffalo.

L’eau, témoin des matchs

Un match de hockey se déroule généralement en trois périodes, sauf si les 60 minutes de jeu sonnent et que l’égalité règne encore. Pour déterminer quand les périodes ont pris fin, hormis suivre le match, il est aussi possible d’observer… la consommation d’eau.

Les données fournies par les Villes de Laval et de Québec montrent en effet des pics distincts d’utilisation entre les périodes des matchs disputés le 3 et 18 mai. Une baisse de l’utilisation d’eau est aussi observable au moment où la diffusion du match débute.

Lorsque le sifflet final est entendu, un dernier pic pointe généralement le bout du nez, suivi d’une baisse immédiate de la consommation d’eau.

En raison de « travaux préventifs planifiés » sur certaines de ses installations d’eau potable, Longueuil n’a pas pu enregistrer des données « fiable à la minute ». La Ville dit toutefois observer des tendances précises, avec des hausses de 13 %, de 10 % et de 15 % lors des fins de période pour le match du 3 mai. Constat semblable pour celui du 18 mai : « Nous avons observé une hausse de 18 % de la consommation d’eau après la première période, une hausse de 34 % après la deuxième période, une hausse de 24 % après la troisième période — et donc avant la prolongation — et, finalement, une hausse de 51 % à la fin de la rencontre. »

Avec Sarah Boumedda

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