NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
On s’accroche, parfois trop longtemps, à tout un tas de choses qui, pensons-nous, disent qui nous sommes, ce que nous avons accompli, ce que nous avons réussi à ne pas laisser échapper, ce que nous avons su préserver du monde et de ses dangers. En vieillissant, quand on a cette chance, on cumule parfois de grands monticules de ces choses qu’on place ensuite soigneusement sur les étagères de nos exploits. Ici, les livres que j’ai lus, là les espoirs que je n’ai pas déçus ; des diplômes, des carrières, des photos de toutes ces fois où nous nous sommes dit : « c’est maintenant la vie, il faut s’en souvenir ».
Plus bas, ou un peu cachés dans nos garde-robes, on jette les amitiés perdues, les quêtes éternelles de rétablissement de certaines de nos habitudes, qui, on le sait bien, nous détruisent à petit feu, sans qu’on soit vraiment capables de s’en défaire.
Nos espaces réels et mentaux deviennent ainsi habités par des choses qu’on pense précieuses, qu’on croit essentielles pour traduire le passage du temps sur nous. Comme des enfants voulant se réassurer avec des objets sécurisants, on en arrive parfois à oublier tout un tas d’autres choses, bien plus intéressantes, comme les autres, le vivant, le changeant, le désir, pour ne nommer que celles-ci. On s’entête parfois même à penser qu’il s’agira de cumuler le plus d’argent et de biens possible, de placer des sous dans des abstractions chiffrées pour qu’au soir, on puisse regarder ses comptes en se disant quelque chose comme : « Je suis en sécurité, le monde va bien. »
On croit aussi souvent, à tort, que cette sécurité nous est due, en raison de nos « bons choix ». C’est une des prémisses au jugement de l’autre, de celui qui n’aurait pas, lui, « fait les bons choix ». Or, on oublie souvent que la chance nous est souvent tombée dessus dès la naissance. C’est l’expérience du dépouillement subi, de l’événement de la malchance, qui nous rappelle que nous ne sommes pas à l’abri, comme le dit si bien le slogan de l’actuelle campagne de sensibilisation à la réalité des prestataires de l’aide sociale : « Ça m’est arrivé. »
C’est ce que se tuent aussi à nous expliquer toutes les personnes travaillant dans le milieu communautaire — toujours à boutte, en passant, même si elles ne sont plus en grève — qui viennent en aide aux personnes qui subissent, de plein fouet, toutes les inégalités de nos sociétés, qui se prétendent évoluées.
Là où plusieurs, par souci de différenciation, tiennent à poser sur des réalités complexes une explication faite de « mauvais choix, mauvaises vies, mauvaises gestions des priorités », elles, ces personnes faites d’un bois rendu trop rare dans notre monde, voient des humains à qui l’absurdité du monde arrive toujours en premier.
Tandis que les plus chanceux d’entre nous trouvent que l’épicerie coûte plus cher, qu’il ne sera pas possible d’aller en voyage cette année, que l’école privée est un grand luxe sur des budgets familiaux serrés mais équilibrés, d’autres, de plus en plus nombreux, voient l’étau se resserrer à même leur peau ou celle de leurs enfants, dans une réalité non imaginaire, dure comme l’asphalte de nos rues.
Le printemps est froid et pluvieux.
Je ne sais pas pour vous, mais, moi, j’y pense chaque fois que j’ai envie de me plaindre du prix des choses, de l’impossibilité de me sortir d’une course qui me permettrait de ne plus m’endetter. Je pense à la réalité des gens qui campent dans le froid et l’humidité, juste à côté de nous, tandis que nous évoluons au travers de nos préoccupations personnelles, nos drames, nos objets cumulés sur les vastes étagères de nos grandes maisons avec de plus en plus de pièces vides dedans.
Tandis que l’ancienne première ministre Pauline Marois réclame un sommet sur l’itinérance, ma ville organisait son forum sur l’itinérance, afin d’échanger sur les pratiques à déployer pour faire face au phénomène, déclaré maintenant « urgent », mais qu’on avait pourtant prédit depuis des décennies.
On apprenait aussi cette semaine que la Maison du Père de Montréal avait créé un fonds spécial d’urgence pour permettre à certaines personnes de conserver leur logement, sans quoi elles se retrouveraient à la rue. Ce fonds est venu en aide à des centaines de personnes, dont 40 % avaient plus de 60 ans. Ces personnes, pour la plupart, avaient travaillé toute leur vie, avaient toujours eu les moyens de boucler les fins de mois. Arrivées au bout de la course à la productivité, elles risquaient désormais de se faire mettre dehors de leur logement ou, même, de leur résidence pour personnes âgées. Peut-on prendre, ensemble, un petit instant entre nos deux gorgées de café latte à 15 $ ou de vin naturel, pour y penser vraiment ? Entre deux obligations, deux choses qui pressent dans nos calendriers qui deviennent souvent plus réels que les personnes qu’on croise dans la rue, pour penser au fait que nous laisserions des personnes âgées de plus de 60 ans, vivre, pour la première fois de leur vie, un « épisode d’itinérance » ?
Comment en sommes-nous arrivés là ? Les explications pleuvent sur nous depuis des années, la montée du phénomène ayant été prévue depuis des lustres par quiconque s’intéresse aux humains qui n’ont pas les mêmes chances qu’eux. La liste est longue, mais, pour nous rafraîchir la mémoire, ne nommons que quelques-uns des problèmes impliqués : compressions draconiennes dans les services en santé mentale menant vers la privatisation, montée des discours de droite qui enferment, stigmatisent et tiennent à distance l’autre tout en renforçant la tendance à vouloir se rassurer soi-même, perte de confiance dans nos institutions, effritement de la communauté, du tissu social, valorisation de la réussite personnelle, absence de légifération en matière de spéculation immobilière, désinvestissement des programmes sociaux de prévention, je m’arrête là, sans quoi je me mettrais rapidement à énumérer des sigles comme dans « le bon gars » de Desjardins.
L’itinérance provoque aussi un sentiment d’insécurité chez tous ceux et celles qui « ont peur de perdre », ce qui les mène alors à se réfugier dans des discours stigmatisants qui prônent la haine de tout ce qui ne leur ressemble pas.
Un ami m’a offert cette réflexion, que je vous propose en retour, parce qu’elle permet souvent de déjouer nos propres replis défensifs face à ce qui nous effraie : « Chaque fois qu’une réalité me menace, je me demande ce qu’elle me demande de perdre, ce à quoi elle voudrait que je renonce. »
Et si nous nous posions collectivement cette question, chaque fois qu’on pense que nous méritons mieux que ceux et celles qui n’auraient pas fait les bons choix, nous arriverions peut-être à repenser sérieusement notre manière de faire société, comme si, nous étions évolués, mais pour vrai cette fois-ci.


3 day_ago
33


























.jpg)






French (CA)