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Ce petit frisson de plaisir quand votre pire ennemi échoue : pourquoi votre cerveau vous drogue à la vengeance

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C’est une émotion taboue, celle que l’on n’ose avouer qu’à demi-mot, même à ses amis les plus proches. Vous apprenez qu’un collègue toxique qui vous a pourri la vie vient d’être licencié, ou que votre ex qui vous a brisé le cœur traverse une période difficile. Immédiatement, un frisson incontrôlable vous parcourt : un mélange de satisfaction profonde, presque « sucrée ». Vous vous sentez peut-être coupable l’instant d’après, vous disant que c’est mal de se réjouir du malheur d’autrui. Pourtant, cette joie mauvaise (que les Allemands appellent Schadenfreude) n’est pas le signe d’une noirceur d’âme. C’est un mécanisme biologique complexe, une véritable « drogue dure » que votre cerveau vous administre pour assurer la survie du groupe.

Le circuit de la récompense en ébullition

Pendant longtemps, philosophes et moralistes ont vu le désir de vengeance comme une maladie de l’esprit, une passion triste. La science moderne révèle au contraire qu’il s’agit d’une passion joyeuse, du point de vue neuronal.

Pour comprendre ce qui se joue, des neuroscientifiques ont placé des volontaires dans des scanners IRM fonctionnels. Ils leur ont fait jouer à des jeux économiques basés sur la confiance. Certains joueurs étaient programmés pour tricher et trahir la confiance des participants. Lorsque les participants avaient l’opportunité de punir ces tricheurs, même si cela leur coûtait de l’argent, une zone très précise de leur cerveau s’illuminait : le striatum dorsal.

C’est le cœur du circuit de la récompense. C’est la même zone qui s’active lorsque vous mangez du chocolat, gagnez à la loterie ou consommez de la cocaïne. Le cerveau n’interprète pas la punition de l’autre comme une tâche morale désagréable, mais comme une anticipation de plaisir intense. Ce « shoot » de dopamine est si puissant que, dans ces expériences, plus le striatum d’une personne s’activait, plus elle était prête à dépenser ses propres ressources pour voir le tricheur souffrir. Nous sommes littéralement câblés pour apprécier la justice retributive.

vengeance sournoisCrédit : Khosrork/istock

Le ciment douloureux de la coopération

Pourquoi l’évolution a-t-elle conservé un trait de caractère aussi apparemment toxique ? Si le désir de vengeance existe, c’est qu’il a joué un rôle crucial dans notre survie en tant qu’espèce sociale.

Dans les petits groupes humains préhistoriques, la coopération était une question de vie ou de mort. Si un individu profitait des ressources du groupe sans jamais contribuer (un « passager clandestin »), il mettait tout le monde en danger. Mais punir ce tricheur est coûteux : cela demande de l’énergie, du temps, et implique un risque de représailles physiques.

Si la vengeance n’apportait aucun plaisir, personne ne prendrait jamais le risque de punir les transgresseurs. Chacun laisserait faire, par lâcheté ou économie d’énergie, et la coopération sociale s’effondrerait rapidement. La nature a donc trouvé une parade : elle nous « corrompt » avec du plaisir. Ce frisson de satisfaction est le « pot-de-vin » que l’évolution nous verse pour nous pousser à endosser le rôle de policier du groupe. C’est ce que les scientifiques appellent la « punition altruiste » : vous tirez une satisfaction personnelle d’un acte qui profite in fine à la collectivité en maintenant l’ordre social. Votre cerveau reptilien ne veut pas être méchant, il veut juste s’assurer que les règles du jeu sont respectées.

Vous pouvez retrouver l’étude fondatrice sur la base neuronale de cette « punition altruiste », publiée dans la revue Science par l’équipe du Dr. Dominique de Quervain : The Neural Basis of Altruistic Punishment

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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