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Ce dirigeant promettait la démocratie — il règne depuis 32 ans sans élections

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Il avait promis de ne jamais ressembler aux vieux dictateurs africains. Il avait 45 ans, une victoire militaire historique derrière lui, et le monde entier applaudissait. Aujourd’hui, Isaias Afwerki, président de l’Érythrée, vient de célébrer 32 ans au pouvoir sans jamais avoir affronté une seule élection. L’homme qui devait incarner le renouveau africain est devenu l’exact opposé de ce qu’il avait promis.

De la promesse démocratique à l’autocratie assumée

En 1993, lors d’un sommet au Caire, le jeune président érythréen fustigeait publiquement les dirigeants africains « qui veulent rester au pouvoir pendant des décennies ». Il promettait un ordre démocratique, une constitution, des élections. Le monde y croyait. En 1995, Bill Clinton le recevait à la Maison-Blanche et saluait les débuts prometteurs du pays.

La Constitution a bien été rédigée et ratifiée en 1997. Des élections étaient prévues pour 1998. Elles n’ont jamais eu lieu. Une guerre avec l’Éthiopie a fourni le premier prétexte. Puis le 11 septembre 2001 a fourni la couverture internationale nécessaire pour frapper sans bruit : en une seule matinée, tous les journaux indépendants ont été fermés, leurs journalistes arrêtés — et jamais revus. Onze hauts fonctionnaires ayant réclamé des réformes ont été emprisonnés. Silence total depuis.

Isaias Afwerki, 79 ans, a lui-même tranché : « Je n’ai jamais eu l’intention de participer à des partis politiques », déclarait-il dès avril 2001. La démocratie ? Un « gâchis », selon ses propres mots.

Un pays à l’arrêt, une population qui fuit

Aujourd’hui, le gouvernement érythréen ne s’est pas réuni depuis 2018. Isaias Afwerki dirige depuis une résidence rurale perchée sur une colline à 20 km d’Asmara, recevant fonctionnaires et dignitaires comme un potentat lointain. Plusieurs ministères — dont celui de la Défense — n’ont pas de ministre.

L’économie est sous perfusion d’État, les infrastructures sous-développées, l’aide humanitaire refusée au nom de l’« autosuffisance ». Le président lui-même a reconnu en décembre dernier : « Nous ne sommes pas dans une meilleure position que beaucoup d’autres pays africains. »

Pour les jeunes, la réalité est plus brutale encore : un service militaire à durée indéterminée, une vie sans horizon politique ni liberté d’expression. Résultat : des centaines de milliers d’Érythréens ont fui en deux décennies. Ils sont aujourd’hui la troisième nationalité à obtenir le statut de réfugié au Royaume-Uni.

À l’approche de ses 80 ans, aucun plan de succession n’existe. Aucune opposition crédible non plus. L’Érythrée avance à l’aveugle, suspendue à un seul homme — celui-là même qui avait juré de tout changer.

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