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Il y a encore quelques années, imaginer une personne persuadée que l'apocalypse allait se produire prochainement s'accompagnait de quelques clichés peu reluisants. Des personnalités paranoïaques enfermées dans des caves, avec des boîtes de conserve et de quoi survivre à une guerre nucléaire... Eh bien, cette image du marginal s'attendant au pire vole en éclats selon une nouvelle étude parue dans la revue Journal of Personality and Social Psychology. Selon les auteurs, qui ont réalisé un sondage sur la question, près d'un tiers des Américains partagerait cette croyance.
Climat, pandémies, IA…
Les scientifiques ont fait passer un questionnaire à un peu plus de 3 000 personnes pour leur demander leur avis sur ces perspectives quelque peu pessimistes. Il leur était demandé si, d'après eux, la fin du monde allait survenir prochainement, s'ils pensaient que des humains allaient la provoquer, s'ils pouvaient y faire quelque chose et aussi s'ils voyaient cela comme quelque chose de positif ou de négatif.
La motivation des auteurs de l'étude était liée à l'ambiance actuelle qui, selon eux, se prête bien à ce type de questionnements. Entre les tensions géopolitiques, les catastrophes climatiques et même l'essor de l'intelligence artificielle, dont personne ne sait sur quoi elle va déboucher, les raisons de craindre l'avenir sont nombreuses.
Le Conseil scientifique et de sécurité du Bulletin of the Atomic Scientists vient de réévaluer l’heure qu’il est à l’horloge de l’Apocalypse. Sans grande surprise, nous nous sommes encore rapprochés de minuit… © Bulletin of the Atomic Scientists
Dans ce contexte, il n'est pas surprenant que la croyance en une fin du monde assez proche se répande. Mais les auteurs ont voulu aller plus loin et se sont intéressés à ce que révélaient ces croyances.
Matthew Billet, le principal auteur de l'étude, précise ainsi : « Quelqu'un qui croit que les humains causeront l'apocalypse à travers le changement climatique ne raisonne pas de la même façon aux politiques environnementales, par rapport à une autre personne qui va croire que la fin des temps est contrôlée par une prophétie divine ».
Des croyances qui ont des conséquences réelles
Ainsi, ils ont mis en lumière des différences de perception liées aux croyances religieuses, lesquelles sont associées à une autre façon de considérer le monde et son avenir. Cela dit, la majorité des personnes, croyantes ou non, disent penser que les humains jouent un rôle important dans leur destin. La différence se traduit plutôt sur la manière d'y faire face, puisque les personnes religieuses sont moins à même d'accepter des mesures restrictives afin d'empêcher cette apocalypse.
Pour Matthew Billet, c'est cette différence de réaction qui est décisive aujourd'hui : « Ces différences peuvent créer des désaccords parmi différents groupes culturels, ce qui rend difficile une coordination des efforts pour faire face aux risques globaux, à la fois à l'intérieur des pays, et entre les pays. »
Ainsi, un imaginaire de milieu religieux a désigné le vaccin contre la Covid-19 comme une « marque de la bête » en référence à des écrits bibliques, ce qui a contrecarré la politique vaccinale. De même, croire en une intervention divine peut empêcher des jeunes de se mobiliser face aux catastrophes climatiques.
Le vaccin contre la Covid a attiré les craintes de nombreuses sphères religieuses. © Tobias Arhelger, Adobe Stock
Les auteurs de l'étude insistent sur le fait qu'il ne faut plus considérer une pensée apocalyptique comme quelque chose d'irrationnel.
En effet, peu importe si cette fin du monde est un scénario crédible ou pas, l'important est de se rendre compte que cette perception du monde a des effets concrets sur l'établissement de politiques destinées à faire face aux épidémies, au dérèglement climatique ou à d'autres problèmes qui frappent le monde entier.
Savoir comment les différentes communautés interprètent ces épreuves est crucial pour pouvoir agir de la meilleure des manières.


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