C’est une découverte qui fait sourire autant qu’elle passionne la communauté scientifique internationale. Après quinze longues années sans aucune nouvelle espèce identifiée sur son sol, la Corée du Sud vient de dévoiler le Doolysaurus huhmini. Ce spécimen, dont le nom rend hommage à une icône absolue de la pop culture locale, n’est pas seulement « mignon » avec son pelage duveteux : il apporte des preuves cruciales sur l’origine asiatique d’une famille entière de dinosaures. Entre technologie de pointe et nostalgie enfantine, ce petit bipède redessine la carte du Crétacé moyen.
Un portrait-robot entre la dinde et l’agneau
L’histoire de cette découverte commence sur l’île d’Aphae, au large de la pointe sud de la Corée. C’est là que l’équipe du Dr Jongyun Jung a mis au jour ce qui semblait être au départ de simples fragments de pattes emprisonnés dans une roche d’une dureté extrême. En réalité, le bloc cachait un trésor : le premier crâne partiel de dinosaure jamais découvert dans cette région de l’Océanie. Le spécimen, un juvénile d’à peine deux ans, n’était pas plus gros qu’une dinde au moment de sa mort. Mais ne vous fiez pas à sa petite taille ; à l’âge adulte, ce dinosaure bipède aurait doublé de volume, tout en conservant une allure étonnante.
Les chercheurs de l’Université du Texas estiment en effet que ce jeune théropode possédait probablement un pelage duveteux, une caractéristique typique des spécimens juvéniles de son groupe. Julia Clarke, co-auteure de l’étude, n’hésite pas à le comparer à un « petit agneau » pour souligner son apparence fragile et attendrissante.
Le choix du nom, Doolysaurus, vient d’ailleurs sceller ce lien avec l’enfance : Dooly est le dinosaure vert star d’un dessin animé culte qui a bercé des générations de Coréens. C’est un hommage vibrant à la culture locale, doublé d’une reconnaissance envers le professeur Min Huh (dont le nom est porté par l’espèce huhmini), pionnier de la préservation des sites fossiles en Corée.
Crédit : Janet Cañamar, adapté de Jung et al 2026.Des rayons X pour percer les secrets de la roche
Extraire physiquement les ossements de cette gangue de pierre aurait pris des années de travail minutieux au burin, avec un risque permanent de briser les pièces les plus fines. Pour contourner cet obstacle, les paléontologues ont utilisé la microtomographie à rayons X. Cette technologie de pointe a permis de « scanner » l’intérieur du bloc rocheux et de reconstituer numériquement le squelette en trois dimensions.
C’est grâce à cet examen virtuel que les scientifiques ont pu identifier 17 dents parfaitement conservées et classer l’animal parmi les thescelosauridés, une famille de coureurs bipèdes dont l’origine était jusqu’ici débattue.
Cette découverte confirme enfin l’hypothèse d’une origine asiatique pour ce groupe de dinosaures, qui aurait ensuite migré vers l’Amérique du Nord. Mais l’examen numérique ne s’est pas arrêté là : il a également révélé la présence de gastrolithes dans l’estomac de la créature. Ces petites pierres, avalées volontairement pour broyer les aliments, prouvent que le Doolysaurus était un omnivore opportuniste. S’il se régalait de plantes et d’insectes dans sa jeunesse, il est fort probable qu’en grandissant, il soit devenu un prédateur agile capable de chasser de petits vertébrés.
Crédit : DoolynaraUne renaissance pour la paléontologie coréenne
Au-delà de l’aspect spectaculaire de cette « peluche » préhistorique, le Doolysaurus marque le réveil de la recherche de terrain en Corée du Sud. Si le pays est célèbre pour ses milliers d’œufs et d’empreintes fossilisés, les squelettes complets y sont extrêmement rares. Cette nouvelle espèce prouve que les sols coréens cachent encore des pièces maîtresses du puzzle de l’évolution. La découverte d’œufs de théropodes géants à proximité du site laisse d’ailleurs présager que d’autres géants dorment encore sous les îles de l’archipel.
Le Dr Jung espère que ce petit dinosaure au nom de personnage de dessin animé suscitera de nouvelles vocations. Pour les chercheurs, ce n’est que le début d’une aventure qui pourrait durer des décennies, tant les sites d’Aphae regorgent de traces encore non associées à des squelettes connus. Le Doolysaurus n’est peut-être qu’un « bébé », mais il porte sur ses épaules le futur de la paléontologie asiatique, transformant chaque caillou de l’île en une promesse de découverte majeure.
L’étude est publiée dans la revue Fossil Record.


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