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Causeur #148: La dette publique, c’est moi!

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Notre numéro de septembre est en vente. Découvrez le sommaire de notre nouveau numéro.


Le numéro de septembre est disponible dès maintenant dans la boutique en ligne, et mercredi 2 septembre chez votre marchand de journaux.

Aujourd’hui nous craignons la mélenchonisation des esprits, surtout chez les jeunes. Mais comme l’explique Elisabeth Lévy dans son introduction à notre dossier, si le rôle du croque-mitaine dans notre comédie électorale, longtemps tenu par Jean-Marie le Pen, échoit maintenant à Jean-Luc Mélenchon, ce serait une faute que de rejouer contre LFl le cirque antifasciste. Ses jeunes électeurs ne sont ni des monstres ni des imbéciles : ils sont nos enfants, et nous sommes responsables de leur crédulité.

Pour mieux comprendre leur état d’esprit, notre envoyé spécial, Jean-Baptiste Roques, est parti à Châteauneuf-sur-Isère assister à l’université d’été de LFI. Il y a trouvé que, certes, on a rangé les keffiehs et soigné son profil présidentiel, mais la rhétorique de l’extrême-gauche a tourné à plein régime. Dominants et dominés, frustrateurs et frustrés, chacun a trouvé sa place désignée dans ce grand bain de culture de colère politique. Gil Mihaely se penche sur le programme économique de Mélenchon. Pour ce dernier, dette, prix, propriété, rareté ne sont que viles oppressions à abolir par décret. L’État écrasera ainsi les riches et sauvera les braves gens. Mais quand LFI promet de brûler les créances, ce sera aux Français de payer les cendres. Pour Françoise Degois, femme de gauche, les colères des jeunes électeurs progressistes sont justes, mais leur champion, Mélenchon, l’est beaucoup moins. Leurs engagements sur la justice, l’écologie ou la Palestine méritent mieux que ses fureurs, ses slogans et ses calculs. Selon Rodolphe Cart, Mélenchon désigne à chacune des chapelles de LFI un ennemi à abattre : aux palestinistes, Israël ; aux antifascistes, le RN ; aux écologistes, le capitalisme ; à la « Nouvelle France », la vieille France. C’est la politique du baril de poudre. Renée Fregosi analyse la politique étrangère d’une présidence mélenchonienne : il s’agirait de prôner l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, de flatter Alger et de réhabiliter Moscou tout en ménageant Pékin et Téhéran. Autrement dit, de se soumettre aux régimes les plus déplorables de la planète. Enfin, j’examine les huit premiers mois du mandat du maire de New York, Zohran Mamdani, pour voir ce qui se passe quand le socialisme « génération Z » rencontre le réel.

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Un grand entretien avec Laurent Ruquier, qui se confie à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, introduit notre deuxième sujet du mois : l’état de l’humour aujourd’hui. Congédié sans élégance par France 2, Laurent Ruquier ne s’est pas plaint, n’a pas lancé de pétition ni dénoncé un complot fasciste : il a gardé les « grosses têtes » sur RTL et s’est tourne vers le théâtre, en reprenant la Comédie des Champs-Élysées. A 63 ans, ce fils d’ouvrier normand se lance dans une nouvelle carrière. On voulait le mettre au placard, le voilà sur les planches ! Pour Charles Rojzman, l’homme d’humour rit de lui-même, du public, du théâtre, de son propre camp, de celui d’en face. Un Pierre Desproges savait ainsi nous prendre au dépourvu. Mais au royaume de France Inter et de Radio Nova, on ne rit plus qu’au garde à vous, dans le sens du poil, et d’ennemis désignés d’avance. Gaël Nofri interroge le rire totalitaire qui s’oppose toujours aux bonnes blagues de ses adversaires, et Walter dresse une comparaison entre le grand Desproges et ses héritiers qui s’avèrent beaucoup moins drôles.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy cite les cas de Franz-Olivier Giesbert, de Xenia Fedorova et des amateurs de gangs-bangs. Que l’on approuve ou non leurs paroles ou leurs actions, tous sont victimes d’une offensive contre les libertés. Cette offensive est menée au nom d’un État de droit qui, aujourd’hui, prétend encadrer nos conduites privées et nos propos publics – autrement dit, faire régner en même temps l’ordre idéologique et l’ordre moral. « Je suis aussi horrifié par les idées de Rima Hassan que par celles de Xenia Fedorova » : voilà ce que déclare Frédéric Martel dans un entretien avec Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques. Le sociologue revient d’un voyage à travers 52 pays avec un bagage rarement déclaré à la douane intellectuelle : des remords. La gauche s’est trompée sur l’islamisme, comme elle s’était trompée sur Staline, Mao ou Castro, reconnaît-il. Exit Mélenchon, donc… Reste à ressusciter une gauche antitotalitaire et universaliste : l’espèce était portée disparue, mais elle n’est pas tout à fait éteinte.

Marine Le Pen a été condamnée et nul n’est tenu de lui donner l’absolution, nous dit Stéphane Germain. Les vertueux dénoncent sa coupable légèreté avec l’argent du contribuable européen. Mais avec Superphénix, Fessenheim ou Notre-Dame-des-Landes, les dirigeants du « cercle de la raison » ont jeté par les fenêtres des dizaines de milliards d’euros sans jamais en répondre devant un juge. Drôle de morale publique. Nous traversons l’Atlantique, d’abord avec Donatien Charlton qui nous présente les cerveaux du trumpisme qui, fait surprenant dans ce mouvement majoritairement protestant, sont des catholiques. Ensuite, en compagnie d’Etienne Fauchaire qui a interrogé Shabbos Kestenbaum. Ce graduate en études religieuses a fait front contre l’antisémitisme à Harvard. Malgré les menaces et les intimidations, il s’est battu pour dénoncer l’ostracisme des Juifs sur le campus.

Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles évoque les difficultés du vote du budget 2027, et Ivan Rioufol épingle l’« extrême centre », cette caricature d’un pouvoir paranoïaque, qui cet été est allé jusqu’à brandir un délit d’« ingérence intérieure » pour légitimer le délit d’opinion. Et Gilles-William Goldnadel juge les cas de Bally Bagayoko, Louis Boyard et – la vraie star de la rentrée – Salah Hamouri.

« J’écris, contre tout ce qui écrase la littérature ». Avec cette déclaration, Patrice Jean ouvre nos pages culture. Se confiant à Grégory Rateau, le romancier parle de son nouveau livre, Stay Free (le Cherche Midi), où trois adolescents des années 1980 découvrent le rock, le cinéma et la vie intérieure. Un roman qui revêt de chair et de singularité l’enfance de notre époque. Bérénice Levet a lu L’Écrivain français. Tombeau (Les Provinciales) de Richard Millet. En 2012, un mauvais titre a suffi à enterrer le romancier sous cent-vingt signatures indignées. Le proscrit revient d’entre les morts avec ce nouveau livre, selon lequel il n’y aurait plus ni langue, ni histoire, ni paysages capables, en France, de produire de grands hommes de lettres. Le fait divers est l’aphrodisiaque du romancier : du sang, des mystères, et la plume se dresse. Selon Alexandra Lemasson, Anne Plantagenet (En l’absence de corps, Julliard) et Philippe Jaenada (L’Inconnue du quai de Javel, Flammarion) résistent aux charmes tapageurs du coupable. Du procès Jubillar au meurtre oublié de Louise Cansot, ils rendent aux victimes leur nom, leur visage, et cet honneur posthume : le premier rôle.

Deux expositions – l’une sur Victor Hugo à Paris, l’autre sur le Danois Vilhelm Hammershøi à Zurich – ont attiré le regard averti de Georgia Ray. Si la demi-pénombre de nos architectures intérieures grouille de sens et de réminiscences, ces deux très grandes âmes ont fait du dévoilement de leurs pièces et gouffres intimes le centre de leur œuvre plastique. L’oreille fine de Stéphane Koechlin est capable de trouver, entre deux morceaux industriels de Taylor Swift ou de Billie Eilish, des nourritures âpres et authentiques. Jagger et McCartney, monstres sacrés de la pop anglaise, refusent la mort. Leurs nouveaux disques (Foreign Tongues, The Boys of Dungeon Lane) sont imparfaits, chevrotants, bruyants : humains, en somme. Selon le palais averti qu’est Emmanuel Tresmontant, l’agroalimentaire et la haute gastronomie déclinent à l’envi des aliments mous. Au McDo comme aux tables étoilées, c’est chaise-bébé pour tout le monde ! Une civilisation qui refuse le moindre croquant dans l’assiette finit par fuir les aspérités de la pensée. Enfin, pour le grand fréquenteur des salles noires, Jean Chauvet, le cinéma français, après un été placé sous le signe du général de Gaulle, fait sa rentrée avec le portrait d’un collabo ordinaire : deux belles leçons d’histoire sur grand écran. Quoi que l’on puisse dire, Causeur n’est jamais mou, toujours croquant !

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